LE VOL EST LA POÉSIE DU MOUVEMENT
(l'éphémère ou mouche de mai par exemple i), qui commencent leur carrière en nageant, et finissent par marcher, sauter ou même voler ^.
Tous les degrés et toutes les variétés de mouvements, particuliers aux animaux vivant sur la terre et à ceux qui naviguent dans l'air ou dans Teau, sont imités par d'autres qui n'abordent les éléments en question que d'une manière secondaire et par intervalles.
De tous les mouvements des animaux, le vol est sans contredit le plus beau. On peut le regarder comme la poésie du mouvement. Le fait qu'une créature aussi pesante, volume pour volume, que beaucoup de substances solides, peut, sans aide, par le seul mouvement de ses ailes, se transporter à travers les airs avec une vitesse peu inférieure à celle d*un boulet de canon, remplit l'esprit d'admiration. Le vol est (si je puis me permettre cette expression) un mouvement plus instable que la marche
* Les Ephémères à Tétat de larves et de chrysalides résident dans Teau, cachées pendant le jour sous les pierres ou dans les clapiers horizontaux qu'elles forment sur les bords. Quoique ressemblant à l'insecte parfait à plusieurs égards, elles en diffèrent matériellement par leurs antennes plus longues, leur manque d'ocelles, et la possession de mandibules cornées. Leur abdomen a en outre de chaque côté une rangée de palettes, le plus souvent disposées par paires, qui sont des sortes de fausses branchies, et qui sont employées non-seulement comme organes respiratoires , mais aussi comme rames. — Règne animal de Cuvier, p. 576. Londres, 1840.
* Kirby et Spence font observer que plusieurs insectes qui ne sont naturellement pas aquatiques savent cependant très-bien nager quand ils tombent dans l'eau. Ils citent une espèce de sauterelle {Aci^dium\ qui peut traverser un courant avec une grande rapidité à Taide des coups puissants de ses pattes de derrière. — (Introduction à l'Entomologie, 5^ édition, 1828, p. 360.) Nous ne devons pas non plus passer sous silence la remarquable découverte faite par Sir John Lubbock d'un insecte nageur {Polynema natans), qui se sert de ses ailes exclusivement comme Jiayeoires, — Linn. Trans., vol. xxiv, p. 135,
ou la natation, Tinstabilité croissant à mesure que le milieu à traverser devient moins dense. Il ne diffère cependant pas des deux autres, et je pourrai vous montrer dans les pages suivantes que les matériaiix et les forces employées dans le vol, sont littéralement les mêmes que ceux qui servent à la marche et à la natation. C'est une circonstance encourageante, en ce qui concerne le vol artificiel, que les mêmes éléments et les mêmes forces employés à la construction des locomotives et des bateaux à vapeur, puissent et doivent dans un avenir probablement peu éloigné être employés avec succès à la construction des machines volantes. Le vol est un problème purement mécanique. Il est inséparablement lié à celui des autres mouvements des animaux, et forme un anneau d'une, grande chaîne de mouvements qui traîne sa longueur infinie sur la terre, dans l'eau et, malgré son poids, dans l'air. Pour comprendre le vol, il faut comprendre la marche et la natation, et c'est en vue de simplifier nos conceptions sur cette forme la plus délicieuse de la locomotion que ce livre est principalement écrit. Les chapitres sur la marche et la natation conduisent naturellement à ceux consacrés au vol.
Dans le règne animal, les mouvements sont adaptés à la terre, à l*eau ou à l'air, qui constituent les trois grandd chemins de la nature. Il en résulte que les instruments à l'aide desquels la locomotion s'effectue sont spécialement modifiés. C'est nécessaire à cause des différentes densités et des différents degrés de résistance respectivement présentés par la terre, l'eau et l'air. Sur la terre les extrémités des animaux rencontrent le maximum de résiS'