‹ La locomotion chez les animauxChapitre 90 sur 130 · MONTER, DESCENDRE, TOURNER · texte numérisé non relu

MONTER, DESCENDRE, TOURNER

s'élevant du sol, comme on le voit aisément chez la corneille, le pigeon et le marlin-pêcheur (fig. 402, p. 252) la queue est épanouie et le cou tendu, de façon que le corps se convertit en plan incliné et agit mécaniquement comme un cerf-volant. Le centre de gravité et la position du corps se changent à la volonté de Toiseau par les mouvements du cou, des pieds et de la queue et en augmentant ou diminuant les angles que la surface inférieure des ailes fait avec l'horizon. Quand un oiseau veut voler dans une direction horizontale, il fait faire à la surface de ses ailes un léger angle en avant avec Thorizon. S'il veut monter cet angle s'accroît; s'il veut descendre, il fait faire à la surface inférieure de ses ailes un angle légèrement en arrière avec l'horizon. Quand un oiseau vole vers le haut, ses ailes frappent en bas et en avant. Quand il vole vers le bas, ses ailes frappent en bas et en arrière. Quand une hauteur suffisante est atteinte, la longueur du coup descendant est ordinairement diminuée, la simple extension et la flexion de Taile aidées par le poids du corps suffisant en de tels cas. C'est spécialement le cas si l'oiseau avance contre une brise légère, l'effort voulu dans ces circonstances n'existant au total que de nom. La faible dépense de pouvoir est prouvée par les détours sans fin des freux et des autres oiseaux qui les continuent pendant des heures. Chez les oiseaux qui glissent ou planent, il me semble que l'aile est ramenée beaucoup plus vite et le coup descendant donné plus lentement que dans le vol ordinaire — en fait, que la rapidité avec laquellel'aile agit habituellement pendant la montée et la descente est dans quelques cas renversée ; et c'est ce à quoi nous devions naturellement nous attendre, si nous nous rappelons que pour planer

les ailes doivent être étendues pendant la plus grande partie du temps. Si celte observation est correcte, il s'en suit que les oiseaux ont le pouvoir de modifier à leur gré ladurée des coups ascendant et descendant. Quoique l'aile de Toiseau frappe ordinairement l'air sous un angle qui varie de 45 à 30 degrés, cet angle peut s'accroître au point de renverser la position de Toiseau. Le pigeon culbutant par exemple peut en poussant ses ailes en avant et rejetant brusquement sa tête en arrière, faire une cabriole. Quand les oiseaux sont convenablement sur leurs ailes, Pair, à moins qu'il ne soit agité par une tempête, reste complètement sous leur contrôle. Ceci provient de ce qu'ils ont un plus grand poids spécifique et un mouvement indépendant. S'ils veulent tourner, ils n'ont simplement qu'à incliner latéralement leur corps, comme s'incline un chemin de fer qui tourne i, ou à accroître le nombre des battements donnés par Tune des ailes par rapport à l'autre ; ou de garder une aile étendue pendant que l'autre est en partie fléchie. Le cou, les pieds et la queue peuvent ou non contribuer à ce résultat. Si l'oiseau veut s'élever, il incline tout son corps (avec la participation du cou et delà queue) dans une direction ascendante (fig. 59, p. 475, fig.. 402, p. 252); ou il s'élève principalement par l'action des ailes et des efforts musculaires, comme il arrive pour l'alouette. L'oiseau peut également de cette manière con-

1 « Si l'albatros veut tourner à droite il relève légèrement la tête et la queue, en même temps que le côté et l'aile gauches, et abaisse le droit en proportion avec l'accentuation de la courbe qu'il veut suivre, les ailes restant pendant ce temps tout à fait rigides. Il fait cela dans une telle étendue que souvent ses ailes sont dirigées presque perpendiculairement à la mer ; et cette position des ailes plus ou moins inclinée sur l'horizon se voit toujours et seulement quand l'oiseau tourne >. — Sur quelques oiseaux habitant les mers du Sud. » Ibis, 2« série, vol. i, 1865, p. 227«

TOURNER, DESGENDRE, MONTER 279

server sa position dans 1 au comme on le voit quand le faucon voltige au dessus de sa proie Si 1 oiseau veut descendre, il peut renverser le plan incliné formé par le corps et les ailes et plonger la tele en avant et les ailes étendues (fig i06} ou bien fléchir les ailes, et ainsi a

lérer sa vitesse, ou encore étendre les ailes et tomber à la façon d'un parachute (fig. 55, p. 155 ; g 3 de la fig. 82, p. 218); ou même enfin voler dans une direction descendante — quelques coups brusques, une courbe plus ou moins abrupte, et un certain degré de mouvement horizontal étant en tout cas nécessaires pour rompre la chute avant d'arriver à terre (fig. 107). Les oiseaux qui pèchent en volant comme l'orfraie et le fou, se précipitent de hauteurs incroyables et tombent dans l'eau avec la rapidité d'une météorite — le momentumqu'ils acquièrent pendant la descente les aidant naturellement dans leur vol sub-aquatique. Ils émergent et de nouveau sont sur l'aile, avant qu'aient disparu les ronds formés par leur descente précipitée, dans quelques cas s'élevant en apparence sans efforts, dans d'autres, courant à la surface de l'eau et la battant pendant une courte période de leurs pieds et de leurs ailes.

Le vol des oiseaux peut se rapporter à l'effort mus ■ ctilaire et au poids. — Les mouvements variés exécutés pour monter, descendre, tourner, planer, et progresser

horizontalement, sont tous, les résultats de )a puissance musculaire et du poids, convenablement dirigés et agissant sur des surfaces appropriées — la faculté apparente de se soutenir en l'air qu'ont les oiseaux, et que nous estimons si fort, provenant non d'une légèreté supérieure, mais de ce qu'ils possèdent ce degré de solidité qui leur permet de dominer l'air — le poids et le mouvement indépendant, c'est-à-dire , le mouvement associé à la vie animale ou ce qui lui est équivalent, étant deux choses indispensables au succès de la progression aérienne. Le poids chez les insectes et les oiseaux est dû, en grande partie, au grand développement de leur système musculaire, celuici se trouvant en cet état délicat de tonicité qui leur permet d'agir par son moyen avec une dextérité et une puissance merveilleuses, et de dépenser, ou de réserver leur énergie, ce qu'ils peuvent faire avec la plus parfaite exactitude dans leur vol en apparence interminable.

Page 1