‹ La locomotion chez les animauxChapitre 96 sur 130 · ALLES ARTIFICIELLES · texte numérisé non relu

ALLES ARTIFICIELLES

Borelli pense que le vol résulte de rapplication d'un plan incliné qui bat l'air, et qui fait Toffice de coin. En effet, il s'efforce de prouver qu'un oiseau s'insinue dans l'air par la vibration perpendiculaire de ses ai'es, les ailes pendant leur action formant un angle dont la base (c b e) est dirigée vers la tête de l'oiseau ; le sommet (a f) étant dirigé vers la queue. Cette idée est développée dans les propositions d95 et 496 de la première partie du livre de Borelli. Dans la proposition d95, il explique comment si un coin est poussé dans un corps, il tend à le séparer en deux portions ; mais que si Ton permet aux deux portions du corps de réagir sur le coin, elles communiqueront des impulsions obliques aux faces du coin, et le feront sortir la base la première, en ligne droite.

Poursuivant cette analogie, Borelli s'efforce de montrer dans sa 196<î proposition, « que si l'air agit obliquement sur les ailes (ce qui est, bien entendu, une action semblable à celle d'un coin) le résultat sera un transport horizontal du corps de V oiseau. » Dans cette proposition (196) Borelli dit : — « Si les ailes étendues d*un oiseau suspendu enTair impriment à l'air non troublé du dessous un mouvement perpendiculaire à Vhorizon, l'oiseau volera avec un mouvement transversal dans un plan parallèle à Thorizon. » En d'autres termes, si l'aile frappe verticalement vers le bas, l'oiseau volera horizontalement en avant. Il base son argumentation sur la croyance que les bords antérieurs des ailes sont rigides etinflexibleSy tandis quelespartiesetlebordpostérieursontpitts ou moins flexibles et cèdent aisément à la pression.jî Si les ailes d'un oiseau, ajoute-t-il, sont étendues, et si les surfaces inférieures des ailes sont frappées par Tair ascendant, perpendiculai^

rement à l'horizon^ avec une force suffisante pour empêcher Toiseau glissant vers le bas (c'est- à-dire ayant une tendance à glisser vers le bas) de tomber, il sera poussé dans une direction horizontale. Cela provient de ce que les deux baguettes osseuses formant les marges antérieures des ailes résistent à la pression ascendante de l'air, et conservent ainsi leur forme originale (littéralement extension ou expansion) tandis qwe les parties postérieures flexibles de l'aile (marges postérieures), sont poussées vers le haut et rapprochées pour former un cône dont le sommet (voyez af de la flg. 113) est dirigé vers la queue de Toiseau. En vertu du jeu de l'air qui comprime les faces du coin formé par les ailes, le coin est poussé en avant dans la direction de sa base (c 6 e), ce qui équivaut à dire que les ailes portent le corps de l'oiseau auquel elles sont attachées dans une direction horizontale. »

Borelli répète le même argument en des termes différents, comme il suit :

« Si, dit-il, Fair placé sous les ailes est frappé par les portions flexibles des ailes (flabella, littéralement chassemouches ou petites palettes), avec un mouvement perpendiculaire à l'horizon, les voiles (vêla) et les portions flexibles des ailes (flabella) céderont dans une direction ascendante, et formeront un coin, ayant la pointe dirigée vers la queue. Que l'air, donc, frappe les ailes par- dessous, ou que les ailes frappent l'air par-dessous, le résultat est le même, — les bords postérieurs ou flexibles des ailes cèdent dans une direction ascendante ^ei en agissant ainsi, poussent l'oiseau dans une direction horizontale. »

Dans sa 197« proposition, Borelli développe et complète les arguments contenus dans les propositions 195 et 198.

AILES ARTIFICIELLES hqi

Ainsi, observe-t-il, il est évident que l'objet du vol est d'élever les oiseaux, de les tenir suspendus en l'air et de leur permettre de se tourner dans un plan parallèle à rhorizon. La première chose (vol ascendant) ne peut s'accomplir que si l'oiseau est poussé vers le haut par de fréquents sauts ou vibrations des ailes, et si sa descente est empêchée. Et comme la tendance des corps lourds est de tomber perpendiculairement à Thorizon, la vibration des surfaces planes des ailes doit s'accomplir en frappant l'air au-dessous, dans une direction perpendiculaire à l'horizon; et c'est de cette manière que la nature produit la suspension des oiseaux dans l'air, i^

« Quant au second point ou au mouvement transversal des oiseaux (c'est-à-dire au vol horizontal), quelques auteurs se sont étrangement mépris ; car ils pensent qu'il est semblable à celui des bateaux qui, poussés à l'aide de rames, se meuvent horizontalement dans la direction de la proue, et en pressant sur l'eau résistant en arrière, s'é • lancent avec un mouvement contraire et sont ainsi portés en avant. De la même manière, disent-ils, les ailes vibrent vers la queue, avec un mouvement horizontal, et frappent également contre l'air non troublé, grâce à la résistance duquel elles se meuvent par une réflexion de mouvement. Mais c'est contraire au témoignage de nos yeux aussi bien qu'à la raison ; car nous voyons que les plus grandes espèces d'oiseaux, tels que cygnes, oies, etc., ne font jamais, en volant, vibrer leurs ailes vers la queue avec un mouvement horizontal comme celui des rames mais les courbent toujours vers le bas, et décrivent ainsi des cercles élevés perpendiculairement à l'horizon ^ .

^ U est clair d'après cela que Borelli ne savait pas que les ailes

En outre dans les bateaux, le mouvement horizontal des rames se fait aisément, et un coup perpendiculaire à l'eau serait parfaitement inutile, d'autant plus que la densité de l'eau empêche leur descente. Mais chez les oiseaux, un tel mouvement horizontal (qui en effet arrêterait le vol) serait absurde, et aurait pour résultat de faire tomber à terre Toiseau la tête en avant ; il ne peut être suspendu en Tair que par une constante vibration des ailes perpen^ diculdirement à l'horizon. La nature a été ainsiforcée de montrer sa merveilleuse habileté en produisant un mouvement qui, par une seule et même action, suspendit Foiseau en l'air et le portât en avant dans une direction horizontale. Cela s'effectue en frappant l'air au-dessous perpendiculairement à l'horizon, mais avec des coups obliques, — action qui n'est rendue possible que par la flexibilité des plumes, car les palettes des ailes acquièrent en frappant la forme d'un coin, par la réaction duquel l'oiseau est nécessairement poussé en avant dans une direction horizontale. »

Les points que Borelli s'efforce d'établir sont les suivants :

Premièrement, que l'action de l'aile est comme celle du coin.

Secondement, que l'aile consiste en deux portions — une portion antérieure rigide et une portion non rigide flexible. Il représente dans son oiseau artificiel (fig. 143,

des oiseaux frappent en avant aussi bien qu'en bas pendant le coup descendant, et en avant aussi bien qu'en haut pendant le coup ascendant. Ces points, comme la forme de torsion et de détorsion en 8 de chiffre, ont été pour la première fois décrits par l'auteur. Borelli semble avoir également ignoré le fait que les ailes des insectes vibrent dans une direction plus ou moins horizontale*

Page 1