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IV. En

Dans l’ambiance collective, les idée maîtresses de constitution, de liberté, d'égalité, de nation, de patrie, d'Assemblée Nationale, deviennent l’objet d’une ferveur quasi religieuse, comme le montrent les expressions dont sont remplies les pétitions, surtout lorsque les dangers extérieurs menacent.

La constitution, c’est le (temple (1) », « l'arche de l’alliance universelle (2) », — «l'arche sainte (3) », — «l'égide (4) », — «le sanctuaire (5). » Lorsqu'on parle d’elle on emploie des adjectifs « sacrés » : elle est la «loi sacrée (6) », —le «livre sacré (7) », — «la divine constitution (8) », — la «sainte constitution (9). » Elle a ses «dogmes (10)», ses «sacrilèges (11) »et ses capostats (12). » — Les axiomes qu’elle renferme sont empreints d’un caractère religieux. La liberté succédant au despotisme et à la féodalité prend la valeur d’un rachat (13); on parle, comme pour la

1) Adresse des électeurs du district de AE (Allier), 10 juin 1790. Arch. nat: -Cr4174 9805080

2) Adresse du conseil général du département de la Nièvre, 14 décembre 1791. Arch. nat. Fc III. Nièvre. 4.

3) Adresse de plusieurs citoyens de la ville de Lure, reçue le 25 décembre 1791. Arch. nat. D xz. 4. 69. 4; adresse des membres composant le conseil général de la commune de Nancy, 21 janvier 1792. Arch. nat. D xc. 3. 52. 1.

&) Pétition de Barbez, homme libre dans les fers. Arras, 24 juillet 1792. Arch. nat. C. 154. 292#. 13 ,

(5) Adresse du directoire du département de l’Aisne à l’Assemblée Nationale et au Roi, 9 juillet 1792. Arch. nat. C. 154. 291. 13.

(6) Adresse de Souchet, homme So loi; Angoulême, 15 juin 1792. Arch. nat. Dixz. 8. 45:24.

(7) Copie de la lettre écrite à M. Du Port... le 21 AE 1791 par le commissaire du roi près le tribunal d’Henrichemont (Cher) relativement à une circulaire par lui adressée à tous les tribunaux de l’empire. Arch. nat. D xL.8.17.3.

(8) Adresse de Filleu, caporal des volontaires du 1€ bataillon de la Moselle, 5 septembre 1792, au camp de Grampré. Arch. nat. D xL. 17. 86. 14.

(9) Adresse des citoyens de Cumières (sans indication de département), 18 mai 1792. Arch, nat. C. 149.252. 41.

(10) Adresse à l’Assemblée Nationale par les citoyens libres composant la société des Amis de la constitution, séante à Champlitte (Haute- Saône), 2 juillet 1792. Arch. nat. C. 153. 284. 38. |

(11) Adresse des administrateurs composant le conseil du département del’Allier, renvoyée à laCommission extraordinaire, le 26 juillet, an. 4e. Arch. nat. Dxr. 6.5.2.

(12) Adresse des officiers et volontaires du 2€ bataillon des Hautes-Alpes. Arch. nat. D xL. 17. 84. 4 ; 20 juillet 1792, l’an 4 de la liberté.

(13) Adresse de la municipalité de Saint-Sernin- RAP 20 avril 1790. Arch. nat. C. 1144, 2981, 24. :

constitution, d’un temple et d’un sanctuaire de la liberté (1) qui n’est autre que l’Assemblée Nationale. Il y a un Dieu de la Liberté (2) et sur son autel les pétitionnaires viennent, disent-ils, brûler « le grain d’encens (3). » Leur ferveur pour la ee idée se traduit par des formules d’une sensibilité mystique : ils sont « idolâtres de la liberté (4) »; le « saint amour de la liberté (5) », —« le feu sacré de la liberté » les embrasent (6). Une adresse nous montre les Français transfigurés par l’idée nouvelle, « nos cœurs, dit-elle, sont autant d’autels de la patrie où brûle sans cesse le pur encens de la liberté (7). »

L'égalité, les droits de l’homme, ont aussi leur phraséologie sacrée (8). Les lois participent du même caractère (9); elles sont, suivant une pétition, le « feu nouveau qui se faisait à Rome sur les autels de Vesta (10).» Ainsi, les notions juridiques sont transformées en idées religieuses. Le patriotisme, écrit-on, est «la religion dominante de tout l’empire français (11). » Cette religion a ses autels (12) sur lesquels on sacrifie en versant

(1) Discours prononcé à l’Assemblée Nationale par P. Debour, prêtre citoyen curé de Gentilly (département de Paris), le dimanche 1€ juillet de l’année 1792, en annonçant l’offrande civique de sa paroisse pour les frais de la guerre. Arch. nat.-G:153. 284.13. <

(2) Adresse anonyme, s. L., lue à l’Assemblée le 19 février 1792. Arch. nat. D xL. 4. 88. 4. 1

(3) Adresse de citoyens français, ouvriers horlogers à [La] Chaux-de-Fonds, comté de Neufchâtel en Suisse, 15 mai 1792. Arch. nat. C. 149. 253. 13.

(4) Adresse des volontaires formant la compagnie dé Nontron (Dordogne); s. d: Arch. nat. C. 149. 258. 6.

(5) Adresse des cultivateurs libres du canton d’Aubière (Puy-de-Dôme), 261août.1792 Arch nat. D'xLc. 5/:62.11:

(6) Adresse anonyme, s. L. Rec. le 3 février 1792. Arch. nat. D xL. 4. 88. 5.

(7) Adresse anonyme, s. 1. n. d. Arch. nat. C. 153. 284. 9.

(8) On parle aussi de |’ « évangile de ‘l'égalité ». Adresse des officiers et volontaires du 2 bataillon des Hautes-Alpes, 20 juillet 1792. Arch. nat. D xL. 17. 84. &, > —

(9) Pétition de Pierre Rolland, s. 1, 2 août 1792. Arch. nat. C. 158. 328. 2.

(10) Adresse de Daniel Borelly, homme de loi, suppléant au district de Pamiers, 6 décembre 1790. Arch. nat. D 1v. 18. 342. 9.

‘11 ‘on patriotique et pétition à l’Assemblée Nationale DAË les élèves de Mlle Ballot, s. d. Arch. nat. C. 153. 284. 6.

(12) Lettre du président de l'assemblée primaire de Morterolles { Haute-Vienne), 4 juin 1790. Arch. nat. C. 117. 327. 18. |

des offrances patriotiques (1); le « feu sacré du patriotisme » anime les Français (2), et des formules de cette nature reviennent à tout instant dans les textes.

Même phraséologie enfin pour exprimer le respect et la ferveur en l’Assemblée Nationale. € Sanctuaire » des lois nouvelles (3), on lui confert un caractère auguste (4) et les décrets qui en émanent sont sacrés (5); ses membres sont les «anges tutélaires de la France (6) », des dieux même, qui dans le danger devront lancer la foudre (7); on leur érige des autels (8), on leur adresse des actions de grâces (9), on vient chercher dans leur sein l’ardeur qui nourrit la Révolution. « Des jeunes gens de notre commune, écrit-on, se rendent auprès de vous pour s’embraser du feu sacré de la liberté qui brûle au milieu de vous et que vous êtes chargés de communiquer à tous les citoyens de l’empire (10). »

On trouverait dans les textes bien d’autres traces d’inspiration mystique, depuis « l’anathème » lancé contre La Fayette (11), jusqu’à la métaphore d’une constitution servant de scapulaire (12) — mais on aurait encore une idée trop

(1) Adresse des commis souscripteurs [souligné à l'original] du département de l'Indre. Châteauroux, 29 avril 1792. Arch. nat. C. 149. 247. 21.

(2) Pétition par les citoyens libres de la ville d'Autun (Saône-et-Loire), 31 août 1791. Arch. nat. C. 124. 4042. 71.

(3) Adresse des fédérés de divers départements à l’Assemblée Nationale, 17 juillet 1792. Arch. nat. C. 154. 2924 26.

(4) Les citoyens commis des bureaux établis près le directoire de district de Château-Thierry (Aisne), 9 juillet 1792. Arch. nat. D x. 1. 2.1.

(5) Pétition des maires et officiers municipaux de Viviers, 26 janvier 1790. Arch. nat. D 1v. 219. 7 (il existe un grand nombre de Viviers en France).

(6) Adresse des administrateurs du directoire du département de la Mayenne, Laval, 17 juin 1792. Arch. nat. D xx. 3. 51. 2.

(7) Les membres composant le conseil général de la commune de Nancy, 21tanvier 4792 Arch-inat.Dxrt 352.41

(8) Pétition de Pierre, Laon, 21 septembre 1789. Arch. nat. D 1v. 13. 240. 16.

(9) Adresse individuelle des citoyens composant la société fraternelle, séante à la Bibliothèque des Jacobins-Saint-Honoré (290 signatures environ), s. d. Arch.onat..C141% 4135.22, |

(10) Adresse des officiers municipaux de Carcassonne, 11 juillet 1792. Arch. nat D Lot 0 ; :

(11) Adresse des citoyens de la ville d'Angers, s. d. Arch. nat. C. 154. 2992. 37,

(12) Adresse des citoyens de Lorient à l’Assemblée Nationale, 25 janvier 4792: Arch nat) x203"5 4041)

imparfaite de la puissance de l'élan affectif qui emporte le peuple. Il est nécessaire de lire les pétitions une à une, ligne à ligne, pour entendre le serment de ceux qui jurent « de maintenir la constitution de toutes leurs forces, d’en être les apôtres, d’en mourir s’il le faut, les martyrs (1) », vaste écho «que répète » la France entière (2),— pour écouter la voix de ceux qui, dans leur ferveur inquiète, supplient l’Assemblée d'écouter les «inspirations célestes » de la sagesse (3); il faudrait, en un mot, sentir le «saint enthousiasme (4) » de ces.« moments sublimes », où le peuple ne voit plus qu’une issue : la guerre, la guerre sainte (6), le feu sacré de la liberté « dévorant » les despotes (5) — et où la France «est en extase (7). »

ConcLusIOoN.

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