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L’ApprocHE pu Dix-Aour

Les nerfs des Français sont depuis de trop longs mois tendus. Au moment de la destitution de Manuel et de Pétion, des adresses signalent déjà à l’Assemblée « que le sang est prêt à

(1) Arch. nat. D x. 6. 6. 11. Adresse du conseil général d'administration du département de l'Ardèche aux citoyens de ce département, 1er août 1792, précit.

couler (1). »— «Notre existence, celle de la liberté, de la nation, touchent-elles à leur fin ? », demande la société populaire de Marnay (2). Le 5 août, les citoyens de Briançon (3) s’écrient : «la patience nationale est à bout, le moment de la crise est arrivé », et l’Assemblée n’a pas une politique ferme. « Craignez, disent-ils, que les efforts isolés et opposés des amis de la liberté ne renversent l'arbre de la liberté, si vous ne donnez bientôt une direction commune à tous leurs mouvements. » C’est que le grand débat sur l’attitude du roi, et sur le sort qu’on lui fera ne s’est pas fermé, au contraire 1l s’est aggravé de tout le poids des circonstances. À la nouvelle du manifeste de Brunswick, les patriotes s’indignent de voir la cour et le roi recourir à des armées étrangères qui osent menacer Paris « d’une subversion totale (4). » Les Français ne sont donc plus libres de se donner le gouvernement de leur choix? Désormais le conflit qui met aux prises l’Assemblée et le pouvoir exécutif apparaît sous son vrai Jour : « Ce manifeste, écrit le conseil général de la commune de Pont-l'Évêque, vous a pénétrés d’indignation et vous offre l’occasion de dévoiler votre opinion relativement aux personnages qui fixent l’attention dans ce moment-ci. La patrie est dans le plus grand danger. » Il demande la tête de La Fayette et le châtiment de Louis XVI qui «a trahi »; que l’Assemblée prenne le « gouvernail » hardiment, mais si elle rencontre trop d’entraves, qu’elle le déclare à la Nation, alors, celle-ci «se lèvera et la patrie est sauvée (5). » — Ainsi, de danger en danger, l’idée de nation prend une puissance accrue. À côté de « l’insolence » des termes, les amis de la constitution de Perpignan relèvent dans le manifeste des offres qui lés révoltent : & il ose au milieu de son arrogance

(1) Arch. nat. C. 154. 291. 4. Adresse à l’Assemblée Nationale par les citoyens de la section des Tuileries, 1792. à

(2) Arch. nat. D xz. 4. 69. 5. Adresse de la société populaire de Marnay (Haute-Saône), 6 juillet An IVe,

(3) Arch. nat. D x. 6. 5. 1. Les citoyens de Briançon aux représentants de la Nation, 5 août 1792. (Une centaine de signatures.)

(4) V. le manifeste dans Arch. nat. D x. 7. 13. 72.

(5) Arch. nat. D x. 7. 13. 71. Adresse du conseil général de la commune de Pont-l'Évêque, 3 août 1792.

565 V-81 mêler adroitement des propositions paisibles et des promesses insidieuses, » À cela la société oppose sa foi en la liberté, qui « fera le tour du monde (1) », et elle envoie son adresse à Brunswick. En ee point du conflit entre l'exécutif et l’Assemblée, entre la France révolutionnaire, champion de la liberté et l’Europe monarchique et féodale, la pétition, — procédé politique d'expression, et traduction de sentiments collectifs, — devient un agent essentiel dans l’évolution de la crise ce sont les pétitions réclamant la déchéance du roi qui servirent à préparer l'insurrection dans les semaines qui précédèrent le Dix-Août.

Non seulement les sections pétitionnent individuellement, mais elles pétitionnent en groupe, favorisées par leur permanence sur laquelle l’Assemblée a fini par céder. Ainsi, le 25 juillet, la section Mauconseil rédige une adresse pour demander la déchéance du « roi de Coblentz (2). » — « La section vient vous dire... avec les citoyens de tout l’empire : sauvez, sauvez la Patrie. Louis XVI a trahi ses serments, les lois et la nation. Le peuple est sans soùverain, vous êtes ses représentants, par conséquent, votez la déchéance... Frappez, frappez, 1l est encore temps, ce grand coupable. Se pourrait-il qu'un seul homme puisse se flatter de balancer encore... les droits d’une grande Nation ? Non... ce peuple connaît ses droits. » — Suit une violente it contre La Fayette, «ce La Fayette qui trompe et fait tromper le général Luckner pour lui faire abandonner nos conquêtes dans le Brabant, après avoir incendié les faubourgs de Courtrai; lui qui quitte son armée pour venir insulter la nation dans son sanctuaire.…, ce La Fayette enfin, qui essaye de corrompre des armées de Français pour leur faire déchirer le sein de la Patrie. Ah !

(1) Arch. nat. D xz. 15. 65. 8. Réponse au manifeste de Brunswick prononcée dans la séance du 10 août 1792.

A Poitiers, le texte du manifeste de Brunswick est brûlé au pied de l’arbre de la Liberté. V. Arch. nat. C. 158. 332. 25. Procès-verbal de la séance du conseil

général de la commune de Poitiers, 5 août 1792, k (2) Arch. nat. D x. 14. 60. 61. Extrait du registre des délibérations de la section Mauconseil, 25 juillet 1792.

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