‹ La Logique D'une Idée-ForceChapitre 118 sur 134 · MA · texte numérisé non relu

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qu'il ne connaît guère les soldats de la liberté! Mais, c’en est trop. » Les citoyens de la section au nombre de plus de 300 réclament la déchéance du roi (« comme seul moyen de sauver la Patrie. »

Le 3 août, le maire de Paris présente à l’Assemblée une pétition collective des sections où étaient récapitulées toutes les fautes du roi. (Il a séparé, concluait-on, ses intérêts de ceux de la nation, nous les séparons comme lui... Louis XVI invoque sans cesse la constitution, nous l’invoquons à notre tour et nous demandons la déchéance »; l’Assemblée devrait nommer hors de son sein des ministres pour exercer le pouvoir exécutif en attendant la réunion d’une Convention nationale (1). Le 4, c’est la section des Gravilliers qui pétitionne pour réclamer la mise en accusation immédiate de Louis XVI (2). Le 8, ce sont les citoyens de Saint-Denis qui, en des phrases enflammées, exigent l’abandon des « demi-mesures », des vaines disputes sur l’attitude du roi, car le mal « mine sourdement la liberté. »—« Aux dangers imminents, il faut de grands moyens, disent-ils..… Représentants, le moment est venu où la majesté du peuple doit paraître dans tout son éclat. Prenez la massue qu’il vous remet et frappez le coup terrible qui doit sauver la liberté »; la pétition réclame la déchéance, le peuple, dit-elle, est prêt à marcher pour « soutenir » cette mesure (3). Un sieur Chaboulet (4), rue Mouffetard à Paris, demande véhémentement la punition du roi : Q1l faut, nous voulons, nous entendons que ça aille et, de par Dieu, ça ira. » — «Encore une fois choisissez d’être l’amour ou l’exécration de tous les peuples et de tous les siècles. » Un sieur Kautz, canonnier du bataillon

(1) Arch. nat. À xvirrc. 206: 3. Adresse à l’Assemblée Nationale rédigée par les commissaires des 48 RÉLÉLONE de Paris et adoptée à la majorité des sections, présentée le 3 août 1792.

(2) Arch. nat. C. 161. 350. 2. Pétition de la section des Gravilliers, s. d., 4 août 1792, d’après Tuetey : Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la Révolution, précit., t. IV, p. 246.

‘ (3) Arch. nat. D x. 14. 60. 112. Pétition des citoyens de Saint-Denis (79 signatures environ.) , (&) Arch. nat. D xL. 14. 60. 93. Adresse du sieur Chaboulet, rue Mouffetard,

& août 1792. «Pour plus de 25.000.000 Français qui ne veulent vivre que pour la liberté et la destruction des tyrans et des traîtres quelque part qu'ils se trouvent. »

des Feuillants, réclame qu’aucun ordre ne soit donné par les ministres avant que le pouvoir législatif n’en ait eu communication (1) et sa pétition reçoit un grand nombre de signatures.

Îl termine par ces mots : « Rien ne nous arrête dans les démarches que nous faisons pour le salut public et il n’est aucun de nous qui voulût céder sa place à un autre. Mais au moins, Messieurs, mettez-nous à même d’être convaincus que l’armée que nous allons composer ne sera point un simulacre apparent et que tout soldat puisse dire en mourant : j'avance d’un pas la Liberté française. »

En sens inverse, les sections de l’Arsenal (2), de Henri IV (3), du Temple (4), de la Bibliothèque (5) désavouent la pétition présentée le 3 au nom des sections de Paris. De même, des pétitions individuelles sont rédigées contre la déchéance, contre la république (6), pour le rétablissement de l’ordre, pour mettre l’Assemblée en garde contre l’action des tribunes (7) et l’abus du droit de pétition (8), pour dénoncer les manœuvres employées dans le but d'augmenter les signatures des pétitions collectives (9), pour que l’Assemblée interdise toute discussion sur l’abdication du roi (10)—car dansla crise on s’attache encore à la royauté (11). La pétition devient l'instrument de la lutte.

(1) Arch. nat. D x. 14. 60. 33. Adresse du sieur Kautz [Tuetey écrit Kantz], canonnier du bataillon des Feuillants, au nom des canonniers de l’armée parisienne, 24 juillet 1792 (70 signatures environ.)

(2) Arch. nat. D xz. 14. 60.135. Désaveu de la section de l’Arsenal, 5 août 1792,

(3) Arch. nat. D x. 14. 60. 153. Adresse de désaveu de la section de Henri IV 6 août 1792.

(4) Arch. nat. D xx. 14. 60, 157. Arrêté de la section du Ténnle, & août 1792.

(5) Arch. nat. C. 161. 350. 16. Arrêté de la section de la Bibliothèque, portant désaveu de l’Adresse au Corps législatif pour la déchéance du roi, 3 août 1792.

(6) Arch. nat. D x, 14. 69. 96. Lettre du sieur Benoît, citoyen actif de la section des Halles, à l’Assemblée législative, 4 août 1792.

(7) Arch. nat. D xL. 14. 60. 132. Adresse du sieur Étienne, citoyen de la section Notre-Dame, 7 août 1792.

(8) Arch. nat. D xr. 14. 60. 142. Adresse du sieur Vincent Derepas, citoyen de la section Notre-Dame, 7 août 1792.

(9) Arch. nat. D x. 14. 60. 136. Lettre du sieur Ch. Brunau, citoyen de la section Mauconseil, au président de l’Assemblée législative, 6 août 1792.

(10) Arch. nat. D xz. 14. 60.116. Pétition du sieur Magnen, à l’Assemblée législative, 8 août 1792.

(11) Arch. nat. D x. 7. 9. 5. Adresse à l’Assemblée Nationale de Guélon' l’aîné, négociant à Troyes, 9 août 1792.

Quoi qu’il en soit, on note qu’au sein des sections des noms nouveaux apparaissent, issus de la petite bourgeoisie, et qui remplacent la grande (1); la résistance du parti constitutionnel devenait difficile si l’on songe, par ailleurs, que Îles fédérés bretons et marseillais étaient dans Paris, queles citoyens passifs se répandaient dans les sections, souvent à leur appel, que le 17 août, le manifeste de Brunswick a soulevé la colère dans la capitale dont la résistancé morale était à bout. L’Assemblée d’ailleurs, tendait à se séparer du peuple, elle avait annulé sous le grief d’inconstitutionnalité la pétition de Mauconseil (1), comme si la conception de la légalité constitutionnelle ne se fût pas déplacée, sous la pression des faits dans l’esprit des pétitionnaires. — Parallèlement, l’idée de souveraineté du peuple a acquis une force considérable, c’est le peuple qui désire dénouer la crise politique; s’agissant de la question de la déchéance, un pétitionnaire s'exprime, à la veille de la révolution du Dix- Août, en ces termes impératifs : « [Il faut avant tout connaître l'esprit public, en voici l’occasion; ordonnez le rassemblement de tous les citoyens du royaume tant actifs que passifs et militaires en assemblées de sections de communes, et dites au peuple : tu es souverain, voilà la conduite de ton roi, Juge-la et nous agirons d’après ton vœu (2). »

Si nous voulons interpréter le mouvement du Dix-Août dû point de vue qui nous occupe, — la recherche de la partici-

-pation des individus aux grands événements et de l’influence des convictions collectives sur la marche de la Révolution —, les manifestations de la conscience populaire en face des faits politiques complètent l’effort pour collaborer à la réforme de l’État. Les pétitions nous montrent l'utilité sociale dont nous connaissons l’œuvre intellectuelle s'appuyant sur la volonté du plus grand nombre, se compliquant de facteurs humains, cherchant son substrat social.

De ce point de vue, les pétitions représentent l’esprit public

(1) Sacnac. Hist. de Lavisse, p. 378.

(2) Arch. nat. C. 155. 302. 32. Séance du 4 aôut 1792 au matin. . (3) Arch. nat. D x. 8.21. 7. Pétition de Marie (Côtes-du-Nord),s. L., R[eçue] 12 août.

en marche. Moyen d'appréciation des faits politiques, elles donnent naissance à une action collective originale dont les documents permettent de retracer, en oros, l’évolution. On a vu comment les individus, les sociétés populaires, les corps. locaux réagissent devant les faits d'ordre intérieur ou extérieur On a senti croître leur angoisse à chaque danger qui menace une constitution qu'on veut sauvegarder à tout prix. Et comme, de pétition en pétition, ces émotions se répètent à rythme accéléré tandis que les événements se précipitent, que les mêmes accusations politiques sont renouvelées contre un exécutif qui arrête l’Assemblée, contre des princes dont l’alliance avec l’étranger provoque l’indignation de la Nation (1), — il se produit à la fois des certitudes communes sur la conduite politique à suivre, des craintes communes de voir les réformes accomplies se désagréger, des enthousiasmes communs pour la défense de la liberté menacée et de la France envahie. Tous ces sentiments éprouvés individuellement et en groupe — et d’autant plus fortement que les pétitionnaires sont citoyens et enflammés du désir de participer au sauvetage de l’État — ont créé dans la partie la plus ardente de la nation une sorte de consensus. Fait à la fois de volontés exprimées et de poussées affectives confuses, celui-ci tendra à s’exprimer, à un moment donné, dans des actes; le consensus devient alors action collective. On peut dégager dans celle-ci deux moments, depuis 1789 jusqu'au Dix-Août. D’abord les pétitionnaires affermissent les premiers pas de la Révolution en soutenant en toute occasion, avec la chaleur que nous savons, les Assemblées, particulièrement la Constituante, au moyen de leurs adresses d’adhésion — c’est l’action collective constitutionnelle des pétitionnaires. Puis, ils en viennent à orienter eux-mêmes l’évolution politique lorsque les faits et les conditions psychologiques les favorisent —— c’est alors que commence une action collective révolutionnaire. Cette dernière amorcera un état de droit nouveau :les pétitionnaires, en préparant la journée du Dix-Août, installent le suffrage universel et la République.

(1) Ardi: nat. D xz. 8. 15.18. Adresse des citoyens d'Angoulême, 23 juin 1792 Plus de 450 signatures.

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CONCLUSION

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