‹ La Logique D'une Idée-ForceChapitre 65 sur 134 · HI · texte numérisé non relu

HI

premier besoin des constitutions (1); la science de la liberté est,pour Mirabeau liée à la perfection de la morale et le bonheur public ne peut s'établir que sur les vertus (2). Des études solides devront donc combattre la légèreté mondaine et préparer des citoyens utiles à la nation (3); après la constitution politique de la France vous fonderez, dit Pastoret, «sa constitition morale (4). » Condorcet reprend ces idées, la morale naturelle figure dans l’enseignement de ses écoles et instituts (5); 1l veut que ceux qui dirigeront le peuple analysent les sentiments moraux qui conduisent à l’idée de justice (6).

Enfin, l'éducation nouvelle tient compte d’un élément extrêmement important dans l’histoire du mouvement révolutionnaire : le sentiment, la passion. A côté de la raison, les réformateurs reconnaissent la force des idées affectives; l'instruction s’adressera au cœur, à l’imagination autant qu’à l'esprit pour faire chérir un idéal. Ce n’est pas assez de montrer à l’homme la vérité, «le point capital est de le passionner pour elle; c’est peu de le servir dans les objets de nécessité première, si l’on ne s’empare encore de son imagination. » On cherchera à émouvoir en faisant appel aux sensations, à faire aimer les lois, plus qu’à convaincre et à démontrer (7). Condorcet lui-même, si féru de logique, reconnaît aussi que l’homme s’attache par imagination et par sentiment (8). C’est à satisfaire cette disposition de l’âme humaine que pourvoient les fêtes publiques qui sont universellement recommandées; elles commémoreront les grands faits de la Révolu-

(1) Rapport de TarzeyrAnv, précit., p. 29.

(2) Papiers de MiraBEAU, précit. Premier discours sur l'instruction publique, ou de l’organisation du corps enseignant, p. 9.

(3) Motion de Gossin, precit., p. 6.

(4) Rapport sur la pétition du département de Paris, pour l’établissement des écoles primaires et la suppression du tribunal de l’Université, par M. PAsTORET,. député de Paris, 24 février 1792. Arch. nat. AD xvrrre. 188. “ p. 4.

(5) Rapport précit., p. 204, 205.

(6) Rapport précit., p. 202.

(7) Second discours sur les fêtes publiques, civiles et militaires. Die de- MirABEAU, précit., p. 82, 83. DDR

(8) Rapport, p. 202.

tion, comme l'abolition des ordres — ou rappelleront les idées de constitution, de déclaration, de régénération (1); par là, l'éducation vise à former l'esprit publie. Le cœur aidant la raison à soutenir l’édifice des idées politiques, voilà bien l’image de la pensée révolutionnaire.

CONCLUSION

L'AMALGAME DES PRINCIPES DANS L'INVENTION JURIDIQUE CHEZ LES RÉVOLUTIONNAIRES

Au terme de cette étude, les idées de liberté, d'égalité, de souveraineté, nous apparaissent comme des procédés d'investigation politique et juridique, comme des moyens qui servirent à élaborer les grandes théories ainsi que les définitions secondaires au cours de la réforme de l’État. À examiner leurs applications, on saisit le caractère architectural de l’œuvre des révolutionnaires, là loù les réformes se rattachent aux axiomes par un lien logique; et lorsque des dérogations sont apportées aux principes, on comprend mieux la conception que se firent de l’utilité sociale les Constituants.

Ces enseignements très généraux que nous laisse l’étude des textes sont susceptibles d’approfondissement si, considérant les axiomes en quelque manière de façon moins extérieure, on se prend à rechercher quelles triturations ils ont subies. Nous avons essayé de montrer, dans le jeu des principes, les rattachements qu'ils ont permis en vue d’applications pratiques. Nous voudrions, en conclusion, donner un aperçu de la méthode suivant laquelle les révolutionnaires ont manié ces axiomes, au cours de leur travail d'invention Juridique.

(1) Papiers de Mixaseau. Second discours sur les fêtes publiques, civiles et-

militaires, p. 84, 97 et suiv.

Page 1