‹ La Logique D'une Idée-ForceChapitre 66 sur 134 · ITI · texte numérisé non relu

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On a constaté dans les textes que telle solution est rattachée par eux à la liberté, tellé autre à légalité, telle autre à la souveraineté, — et sur cette remarque nous avons établi un classement très général qui forme le cadre de cette étude. Mais le plus souvent, la solution adoptée relève à la fois de la liberté, de l’égalité et de la souveraineté; on observe alors que les révolutionnaires, lorsqu'ils cherchent à assurer leurs constructions Juridiques, lorsqu'ils vont, pourrait-on dire, à la découverte en matière politique et sociale, ne se contentent pas d’un axiome unique, ils éprouvent instinctivement le besoin de s’appuyer sur une allégation composée; il s’agira le plus souvent de ce que nous avons appelé le procédé du doublement dans la recherche d’un fondement pour l’institution qui s’élabore. Ce procédé consiste à accoupler deux axiomes, liberté et souveraineté, par exemple; mais il revient aussi, nous l’avons vu, à utiliser, à côté de l’axiome — et pour mieux étayer les créations Juridiques — un thème de pensée souple, comme celui de l'intérêt public. Dira-t-on qu'il ne faut voir là qu’abondance d’arguments ? Nous ne le croyons pas. Le phénomène se reproduit trop souvent dans les discours ou les écrits de députés dont beaucoup sont des juristes, pour qu’il soit fortuit ou ne traduise qu’une négligence. Nous pensons que ce phénomène porte plus loin, et qu’il intéresse la forme même des inyéstigations de la pensée sociale chez les Constituants.

Si l’on observe leurs constructions juridiques, en examimant de près les raisonnements qui se réclament des axiomes, on constate que la pensée qui s’applique aux faits est, en dépit de la simplicité des axiomes, une pensée toujours compliquée que l’on mutilerait si l’on voulait la ramener, en toute hypothèse, au simple. La pensée sociale telle qu’elle se manifeste dans les jugements ou schémas de raisonnements qui ont été rapportés, répugne à l’explication unique, elle tend incessamment au mélange. Aussi, les cadres que nous avons adoptés et qui correspondent aux axiomes, s’ils sont commodes pour délimiter une recherche et très suffisants pour la pensée courante, ne peuvent satisfaire qui s'efforce de reconstituer, autant qu'il est possible, le contenu d’une institution dans

l’instant où elle s’élabore à l’Assemblée. Lorsqu'on se place à ce point de vue on saisit non pas des principes, présentant des individualités nettement tranchées et qui s’exeluraient l’un l’autre, mais des liaisons entre des idées encore friables : la marche du connu vers l'inconnu chez les révolutionnaires s'appuie évidemment sur les principes, mais elle les combine, les utilise à sa guise comme thèmes de pensée préformés dont. la généralité laisse du champ à ses évolutions. L’essentiel pour cette pensée sortie de la force d’un sentiment initial, la régénération, c’est de multiplier des rattachements entre cet idéal central et des solutions à des questions pratiques qui se posent. Si les haisons ne s’opèrent pas toujours entre des no-tions circonscrites, se suffisant à elles-mêmes, s’il lui faut, le cas échéant, procéder à un amalgame d’axiomes ou de complexes, comme celui d'utilité publique, qu'importe. L'invention politique et juridique possède ses modes spontanés de connaissance. C’est ce qui apparaîtra mieux encore lorsqu'on examinera la collaboration des pétitionnaires à la réforme de l’État.

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