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L'ÉLABORATION COLLECTIVE DE LA RÉFORME DE L'ÉTAT

La réforme de l’État ne fut pas seulement l’œuvre de l’Assemblée; les citoyens y participèrent largement. C’est là une conséquence très importante de l’idée de liberté.

Les particuliers, devenus citoyens, « fiers de leur nouvelle existence », selon leur propre expression, puisent dans cette qualité les moyens de collaborer à la marche des affaires publiques. Qu'il s’agisse des réformes politiques, qu’il s'agisse même des réformes les plus techniques, cette disposition d’esprit, faite du désir intense d’être utiles à l’État, les poussera à « coopérer au grand œuvre public (1) » et ils donneront à l’idée d’utilité sociale un très grand développement, une interprétation collective et concrète.

Déjà avant la Révolution, la préoccupation de l’utilité sociale s'était fait jour; dans les « chambres de lecture », au sein des académies de province, les individus avaient pris l’habitude de penser au bien public. Puis les Cahiers avaient montré que le désir de connaître les choses de l’État se répandait de plus en plus dans le pays. Maintenant, grâce aux premières réformes de l’Assemblée Nationale et à l'immense espoir qui l'accompagne, ces tendances se traduisent en actes : l’utilité

(1) Arch. nat. D xvu. 5.59. Pétition de Millot, lieutenant-général du bailliage de Noyers (s. d. sans indication de département).

sociale n’est plus un sujet de méditation réservé à une élite. Il est à noter que les représentants de la nation ne s’en sont pas attribué le monopole; sans doute eux seuls, en vertu du principe représentatif, se réservent l’œuvre législative, mais l'initiative d’une idée, la suggestion d’une retouche administrative, la formulation d’un avis, sont à tout moment possibles pour les citoyens, grâce à la pétition.

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