‹ La Logique D'une Idée-ForceChapitre 86 sur 134 · IV-124 AE · texte numérisé non relu

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des alliances et des nations (1), aux « tracasseries sourdes » des ambassadeurs royaux, on substituera la « politique franche et loyale » qui sied à une nation libre (2), le langage fier d’un personnel diplomatique renouvelé (3). Ils préconisent un système d’alliances établies sur les affinités politiques. « Appelons à notre secours, disent les citoyens de Dieppe (4), les deux peuples qui nous ont précédés dans la conquête de la liberté, cimentons par un traité national d’alliance offensive et défensive nos rapports politiques et commerciaux; qu’on voie marcher sous les drapeaux réunis anglais, américain, des soldats dignes de soutenir la cause qui nous est commune. » Les Ligues Gfises n’ont-elles pas déjà encouragé un rapprochement à la faveur des idées nouvelles : « Un peuple libre ne saurait, disent-elles, espérer de véritables amis que là où le pacte social repose sur cette base sacrée : la voix du peuple est la source des lois (5). »

On examine jusqu'aux dispositions générales de l’Europe. « La Pologne, notent les Amis de la constitution de Soissons (6), a les mêmes intérêts que nous à soutenir..…., la Porte ottomane des humiliations à venger, l'Angleterre ne voit plus en nous que des frères, son ministère peut être ébranlé par les sollicitations d’un peuple libre... La Prusse même doit craindre l’agrandissement de la puissance autrichienne; pourquoi nos ambassadeurs ne profitent-ils pas de ces circonstances pour opérer une diversion qui nous serait avantageuse ? » Des idées analogues jointes au sentiment d’ « humanité » nous commandent, écrit-on de Pecquencourt, de secourir les Belges (7).»

(1) Adresse de l’assemblée électorale du département de Paris à l’Assemblée Nationale, prononcé à la séance du 14 décembre 1790. Arch. nat. AD xvarre. 5. 14. 11.

(2) Adresse de la société des Amis de la constitution de Nantes, 28 février 1791. Arch. nat. D xxrr. 2, 34.

(3) Les citoyens Amis de la constitution de Cherbourg, sans date. Arch. nat. Duran

(4) Pétition des citoyens de Dieppe, 26 janvier 1792, précit.

(5) Adresse des Ligues Grises, 11 mars 1790. Arch. nat. C. 38. 335. 3.

(6) Adresse à l’Assemblée Nationale, par les citoyens Amis de la constitution de Soissons, 16 janvier 1792. Arch. nat. D xL. 1. 2. 10.

(7) Adresse des citoyens de Pecquencourt (Nord), 10 juillet 1792. Arch. nat. C. 154. 2922, 42.

4 — La « CROISADE ) POUR LA DÉFENSE DE LA LIBERTÉ.

Au-dessus des mesures diverses qui sont proposées à l’Assemblée une idée féconde émerge, c’est qu’il existe un « droit des nations (1) », — «un pacte des nations (2) » qui comprend, comme le droit public interne applicable aux citoyens, des droits naturels et impreseriptibles (3). Ce droit nouveau trouve une application immédiate dans la guerre et se résume dans l'idée de guerre juste que nous voudrions maintenant replacer dans le courant de pensée des révolutionnaires.

Les pétitionnaires affirment que la guerre qui est déclarée est « Juste », «loyale (4) », parce qu’elle a été « provoquée (5) » cette formule des citoyens de Thionville introduit l’idée d’agression si importante de nos jours depuis la rédaction du Pacte de la Société des Nations, et le mot lui-même se trouve dans les pétitions (6). Il suit de cette idée centrale que le conflt qui oppose les idées de la France révolutionnaire à l’Europe monarchique et féodale (7) prend une signification nouvelle. La France est attachée à la paix, les pétitionnaires l’affirment. « Nous désirons qu’il soit possible d'éviter la guerre (8). » La

(1) Les citoyens de Honfleur, 24 juillet 1792. Arch. nat. D xL. 7. 13. 64.

(2) Adresse des citoyens de Vesoul, 23 janvier 1792, précit.

(3) Adresse de plusieurs citoyens de la ville de Lure, lue à PAssemblée le 26 février 1792. Arck. nat. D xL. 4. 69. 4. Adresse des citoyens de Honfleur, précit.

(4) Adresse de Drobecq (s. 1.), janvier 1792. Arch. nat. C. 141. 153. 2. Adresse du directoire, procureur général syndic et secrétaire général du département du Lot, 20 mai 1792. Arch. nat. C. 149. 253. 30. Les officiers municipaux de Carcassonne, 11 juillet 1792. Arch. nat. D xL. 5. 10. 1.

(5) Pétition des citoyens- -soldats du district de Thionville, 11 février 1792. Arch. nat. D x£. 8. 55.50

(6) Les citoyens du chef-lieu du département du Lot, s. d. (170 signatures environ). Arch. nat. C. 154. 2921. 12.

(7) Les pétitionnaires ont très bien vu ce caractère du conflit : « La guerre est là et tout entière là, disent les citoyens du bataillon de la section du faubourg Montmartre, entre l'égalité et le monstre féodal. » Pétition du 18 décembre 1791. Arch. nat. C. 141.137. 12 (plus de 80 signatures).

(8) Les membres composant le conseil général de la commune de Nancy, 21 janvier 1792. Arch. nat. D xz. 3. 52. 1.

guerre, en effet, est inséparable, pour eux, de la politique des rois, «les guerres sont une des calamités les plus exclusivement dues aux rois, elles les ont toujours pour principe et pour objet (1). » Et cependant, ils réclameront de partir aux frontières avec enthousiasme; ce brusque revirement, les pétitions l’expliquent par la volonté intense de conserver les conquêtes politiques déjà faites, volonté qui s’est traduite dans une effusion de sentiments que nous aurons à montrer : il s’agit de défendre cette « liberté précieuse »-sans laquelle «les Français ne veulent plus vivre (2). » Le peuple français, disent les employés des bureaux du district de Châtillon-sur-Seine «est forcé de faire la guerre pour l’affermissement de notre nouvelle Constitution (3). » Cette guerre (n’a pour but, écrit un sieur Letellier de la section des Invalides, que de soutenir notre hiberté! (4) ». — «La liberté, écrit une demoiselle Firmin (5), doit être regardée comme le souverain bien, toute guerre entreprise pour la soutenir doit passer pour mal peu considérable. » Et si on se souvient de la ferveur qu’éveille l’idéeforce de constitution, on s'explique que lorsque cette dernière se trouve menacée, les pétitionnaires en viennent à des formules comme celles-ci : « La France désire la paix, mais elle est prête à la guerre (6). » — « [1 nous faut la paix, la Nation veut la paix, si elle ne peut l’obtenir que par la guerre... nous sommes prêts (7). »—« La guerre, la guerre le plus promptement possible... C’est notre vœu le plus ardent (8). » Dans tous les

(1) Pétition de Prévost, volontaire du département de la Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Saint-Victor, r[eçue] le 11 septembre 1792. Arch. nat. D'xcuE.272%10,

(2) Adresse des administrateurs composant le directoire et procureur général syndic du département de l'Ardèche, Privas, 23 janvier 1792. Arch. nat. D xz 1. 6. 2.

(3) Les commis et employés des bureaux de l’administration de Châtillonsur-Seine (Côte-d'Or), 28 avril 1792. Arch. nat. C. 153: 284. 41.

(4) Pétition de Fr. Letellier, s. d. Arch. nat. C. 149. 248, 8.

(5) Pétition de Thérèse Firmin, s. d. n. 1. Arch. nat. C. 149, 253. 34.

(6) Adresse du bataillon des Filles-Saint-Thomas, s. d. Arch. nat. C. 141. 137.046:

(7) Les volontaires du bataillon de la Vendée, Fontenay-le-Comte, 12 janvier 1792. Arch. nat. D x. 4. 84.5,

(8) Pétition des citoyens de Chalon-snr-Saôue (Saône-et-Loire), 2 janvier 1792, | lue à l’Assemblée le 26 février 1792. Arch. nat. D x. 4. 70.2 (140 signatures).

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