‹ La Logique D'une Idée-ForceChapitre 90 sur 134 · IV. A · texte numérisé non relu

IV. A

connaissance de la vérité (1) », il ne tient qu’à la qualité de l'instruction que les nouvelles conquêtes politiques soient durables : l'instruction doit « compléter la révolution (2). »

L'idée est très affermie (3); les éducateurs religieux proclament : (il n’y a dans cet état de choses qui est le nôtre qu’une seule ressource pour donner de l’activité aux lois, et à la constitution une stabilité qui en assure la durée, c’est l’éducation (4) »; et encore : « vous n’ignorez pas, Messeigneurs, que le grand art de former les hommes est étroitement lié avec le gouvernement. En effet... si les sentiments des individus forment par leur réunion le vœu général, si l’opinion publique dirige les gens en place, si les vertus publiques contribuent à la tranquillité nationale..., douterez-vous un moment de l’in-

-fluence puissante de l’éducation sur les mœurs, sur les lois, sur le maintien de la constitution de l’État et voudriez-vous laisser encore, comme abandonnée au hasard, une partie aussi essentielle de l’administration et d’où dépend tout le succès de vos sages opérations ?.….. Oui, Messieurs, c’est en substituant au plan d'éducation actuel, ridicule, absurde, un plan d’éducation nationale bien combiné que vous pourrez parvenir à consolider la constitution de l’État (5). » Les pétitionnaires

(1) Adresse des curés et vicaires de l’archiprêtré de Bourgoin (Isère), 21 juin 1790. Arch. nat. C. 125. 406. 79.

(2) Arch. nat. AD xvinie. 116. 8. Adresse de la société des Amis des noirs à l’Assemblée Nationale, à toutes les villes de commerce, à toutes les manufactures, aux colonies, à toutes les sociétés des Amis de la constitution, rédigée par E. CLa- VIiÈRE, membre de cette société, 10 juillet 1791.

(3) Carnor signale en août 1792 que des vœux en Hier d’une éducation nationale se font entendre de toutes parts : Compte rendu présenté à l’Assemblée Nationale par LAcomBe-Sarnr-Micnez et CarNor de la mission remplie au camp de Soissons; 6 août 1792. V. Correspondance générale de Carnot, par Cna- RAVAY, t. I, p. 21; v. par ex.: Adresse des fédérés de Beaune; Arch. nat. C. 154. 2924, 33, et Adresse des citoyens de Castelnaudary amis de la constitution, à l’Assemblée Nationale, 25 juin 1792. Arch. nat. C. 154. 2995. 4

(4) Arch. nat. AD xvinit. 82. 5. Bonnefoux, général de la Doctrine chrétienne Mémoire sur les principaux objets de l'éducation publique.

(5) Arch. nat. AD xvrrrt. 82. 2. Villier. Nouveau plan d'éducation et d’instruction publique dédié à l’Assemblée Nationale, dans lequel on substitue aux universités, séminaires et collèges, des établissements plus raisonnables, plus utiles, plus dignes d’une grande nation, aussi propres à former des négociants ,

diront d’une façon concise, et en reprenant les liaisons de pensées que nous connaissons : la « base » de l'éducation publique est la constitution, « son but: la liberté, l'égalité, le bonheur de tous les Français (1). »

Cette instruction publique si nécessaire sera, nous le savons, une € éducation nationale. » Par le mot national, on entend qu’elle sera bâtie sur l’idée d’uniformité que l’on cherche à introduire dans toute la réforme de l'État; l’enseignement sera € commun à toutes les écoles publiques de la Nation »; on veut encore signifier qu’elle satisfera toutes les aspirations du tempérament français (2).

Or cette unité dans l’enseignement suppose un droit de regard de l’État; « pour que l’éducation soit une, il est nécessaire que la masse d’instruction que les maîtres enseignent à leurs élèves soit la même partout : ce qui suppose que la nation Pa déterminée et qu’elle en surveille l'exécution »; l’enseignement privé devra donc se soumettre à cette surveillance (3).

On voit dans l’uniformité de l’instruction publique un moyen d’atténuer les oppositions de vues, d'introduire une certaine unité dans la conception de l’intérêt général; « c’est alors que l’influence de l’éducation sur les mœurs et celle des mœurs sur les lois seront sensibles. Tous les citoyens façonnés, si Je puis dire de la même manière, imbus des mêmes principes, instruits des mêmes maximes, familiarisés avec les mêmes vérités, n'auront qu’une même façon de voir, de penser, d’agir

instruits, des bons marins, des militaires sur lesquels on puisse compter, que des ecclésiastiques respectables, des magistrats éclairés, ete. Saumur, le 20 novembre 1789.

(1) Arch. nat. C. 150. 255. 1. Pétition anonyme, s. d. n. 1.

(2) Arch. nat. AD xvrrre. 82. 4. De Las, prêtre à l’Oratoire, «de l'Éducation publique », Paris, août 1790, p. 2.

(3) Arch. nat. AD xvirre. 82. 4. DE Las, prêtre à l’oratoire, « de l'Éducation publique », août 1790, précit. V. encore dans le sens d’une éducation nationale : Arch. nat. AD xvurre. 83. 4. Organisation des écoles nationales, rédigée par l’abbé Auger, de l’Académie des inscriptions, des belles-lettres, d’après des conférences tenues chez M. Gossin, député de Bar-le-Duc, avec M. Paris, de l’Oratoire, M. Cerisier, professeur émérite de l’Université de Paris et d’autres personnes, 1791.

Arch. nat. C. 125. 407. 14. Adresse à l’Assemblée Nationale de la société des Amis de la constitution de Cahors, par M. Baudus, avocat, membre de cette société, envoyée le 6 octobre 1790.

dans tous les objets d'intérêt public (1). » D'ailleurs, cette unité suppose une méthode : « L'éducation ne sera uniforme qu’autant qu'il n’y aura qu’une seule méthode suivie dans toute l’étendue du royaume. Ce n’est que de cette manière que l'esprit de tous les enfants de la patrie peut également et en même temps, être frappé des mêmes vérités, des mêmes maximes et des mêmes principes, et qu'il prendra dans tous les individus une tendance vers un centre commun (2). » Et cette méthode qu’il est nécéssaire d'appliquer dans l’éducation publique représente une forme de l’utilité sociale. « Les jeunes citoyens qui doivent remplacer la génération actuelle, écrit-on, sont les enfants de la Patrie, leur éducation doit être son ouvrage : elle doit la conduire et la régler d’après ses différents besoins de manière à pouvoir les remplir tous avec avantage; elle y doit veiller avec la tendresse et la fermeté d’une mère éclairée; elle doit avoir dans cette éducation la même prépondérance d'intérêt que le bien public a sur le bien particulier (3). » Nous retrouvons dans ces lignes le thème favori de la suprématie de l’intérêt général sur l’intérêt particulier, en même temps qu'une nouvelle justification du droit de regard de l’État. L’instruction publique sera répandue le plus largement possible. Un plan d'éducation publique doit s’adresser au grand nombre, être «mis à la portée des esprits médiocres qui forment toujours la classe la plus nombreuse des citoyens (4) »; s'adresser à «tous les enfants de quelque condition qu'ils soient (5). » Tous les enfants, propose-t-on, devront recevoir l’éducation du premier degré, les enfants nécessiteux obtiendront des bourses qui leur permettront, après examen, de poursuivre leurs études (6). Dans le même désir de répandre

(1) Arch. nat. AD xvrre. 82. 5. Bonnefoux, Mémoire sur les principaux objets de l’éducation publique, précit.

(2) Arch. nat. AD xvirre. 82. 4. De Las, «de l'Éducation publique», avril1790, précit.

(3) Arch. nat. AD xvrrre. 82. FA Ro précit.

(4) Tbid.

(5) « Éducation française pour tous les enfants de quelque condition qu'ils soient », Plan anonyme. Papiers d'Emmery. Bibl. nat. Mss. fr. nouv. au 2634, CAL 10 ‘37.

(6) Arch. nat. AD xvnre. 82. 4. De Las, précit 4

l’enseignement, on préconise d’ériger l'instruction primaire en service public salarié par l’État; un pétitionnaire remarque que c’est la seule façon d'empêcher «qu’il n’y ait que les enfants [des riches] qui puissent apprendre la lecture à mesure qu’ils sont riches pour payer les mois d'école, et nous, pauvres misérables, n'ayant pas de moyens, nous ne pourrons jamais faire aller les nôtres aux écoles. (1) »

On voit que sont nombreuses les raisons qui incitent les pétitionnaires à pousser l’Assemblée Nationale à se hâter de légiférer (2). « Nous vous demandons instamment de vous occuper de l’instruction publique », écrit le conseil général de la commune de Bayonne en 1792, car c’est un «objet essentiel pour porter la lumière dans toutes les classes de citoyens et faire ainsi triompher la raison et la philosophie (3). » Ils suggèrent même des mesures provisoires; les habitants de Castelnaudary demandent, par exemple, qu’en attendant l’établissement de l'instruction publique, on facilite aux habitants des campagnes « à l’aide d’une instruction périodique sortant de votre sein, la connaissance de vos travaux, de leurs droits et de leurs devoirs. (4) »

Le désir de connaître est tel qu’on sollicite l’ouverture de cours gratuits dans les régiments — objet important, note une pétition, « maintenant que tous les Français se portent à vouloir réunir le titre de soldat à celui de citoyen; quelle pépinière de bons sujets il en résulterait pour remplir les places, les fonctions... qui vont être créées pour le service de la nouvelle organisation du royaume ! (5) » Il faut, aussi, réclame-t-on,

(1) Arch. nat. Div. 3. 18. Pétition de Lacadière, en Provence, près de Toulon (Var), reçue le 29 octobre {en tête de la liasse : courant 1790).

(2) Arch. nat. D 1v. 13. 194. Pétition de Bataille, à Veines, 13 juillet 1790 [Les Veines- Petites] (Vaucluse). V. aussi : C. 141. 135. 9. Adresse par les maîtres et maîtresses de pension de la ville, faubourgs et banlieue de A sans date décembre 1791]. ,

(8) Arch. nat. D xL. 8. 63. 1. Adresse du conseil général de la commune de Bayonne, 3 juillet 1792.

(4) Arch. nat. C. 154. 29%, 4. Adresse des citoyens de Castelnaudary amis de la constitution, à à l’Assemblée Nationale, 25 juin 1792. in

(5) Arch. nat. D rv. 13. 195. Pétition anonyme, sans date, mention : reçue 2 décembre.

que les décrets de l’Assemblée soient envoyés avec plus de promptitude dans les provinces, car ils servent à l'instruction civique du peuple (1); que des bibliothèques publiques soient installées dans la capitale, « dépôts publics de connaissances où tout citoyen puisse aller chercher des leçons salutaires de morale et de civisme », et cette mesure est présentée comme le « palladium » de la hiberté : par là «vous porterez des lumières bienfaisantes dans toutes les classes des citoyens. » Le but de tous ces projets est de former l'esprit public, de créer une éducation morale afin de protéger les principes politiques, « vous le savez, Pères de la patrie, les peuples éclairés n’ont rien à craindre des tyrans... D'ailleurs, c’est la morale des peuples qui renverse le trône des despotes (2). »

À côté de ces initiatives figurent des vœux de réforme touchant des abus déterminés, on demandera que certains établissements d’enseignement supérieur soient réorganisés. C’est ainsi que le conseil du département de l'Hérault attire l'attention de l’Assemblée sur les vices qui se sont glissés dans l’administration de la célèbre école de médecine de Montpellier (3). 11 se plaint que le choix de ses maîtres est « à la discrétion des ministres, ou d’un premier médecin du roi », et signale « qu’un favori du despotisme est venu souvent partager les profits de la renommée de l’École » — aussi le nombre des étudiants va-t-1l en diminuant. Il demande que l’on octroie des franchises aux universités, qu’on imite l’exemple de l’université d’Edimbourg, que les élèves soient libres de s'inscrire aux cours qu'ils préféreront. Quant aux riches collections du jardin botanique, il est urgent de les mettre à l’abri de la gestion gaspilleuse du chancelier incapable de l’université de Montpellier. |

(1) Arch. nat.C. 1144. 2991, 5. Adresse de l’assemblée primaire du canton de Lépaud (Creuse), 24 avril 1790.

(2) Arch. nat. D 1v. 13.194. Pétition des Amis de Ja constitution de Cherbourg à l’Assemblée Nationale, 8 août 1791, renvoyée au Comité de constitution.

(3) Arch. nat. D xur. 1. 8. 16. Pétition du conseil du département de l'Hérault concernant les établissements relatifs aux sciences et arts, 14 décembre 1790.

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