ESPRIT PUBLIC ET SENTIMENT
Pour compléter l’éducation nationale, les pétitionnaires poussèrent aussi à l’organisation des fêtes publiques qui jouèrent un grand rôle dans la vie politique et morale. Celles-ci sont
d’un «traité de morale » qui instruirait la jeunesse des devoirs de l’homme envers lui-même, envers la société, envers la patrie.
(1) Arch. nat. C. 141. 135. 9. Adresse par les maîtres et maîtresses de pension de la ville, faubourgs et banlieue de Paris, sans date (décembre 1791).
(2) Arch. nat. AD xvine. 82. 4. De Las, précit. eu
(3) Arch. nat. AD xvine. 82. 4. DE Las, précit.
«réclamées de toutes parts » pour «ranimer l'esprit public », écrivent les citoyens de Beaune (1). La société des Amis de la constitution de Bourbon-l’Archambault (2), qui venait de se former, propose de célébrer une fête annuelle en l'honneur des grands hommes; il est insuffisant, dit-elle, de faire un deuil et un éloge funèbre il faut «louer collectivement leur mémoire et instituer à cet égard une fête civique», car il faut «consacrer l’émulation nationale et déifier la vertu »; en conséquence, elle propose une fête civique en l’honneur de Mirabeau. Une autre pétition suggère de jalonner toute la vie publique d’anniversaires empruntés à l’histoire de la Révolution : le jour de l’ouverture des États généraux serait adopté pour la réunion des assemblées élémentaires, le jour de la proclamation de l’Assemblée Nationale correspondrait avec l'ouverture de toutes les assemblées électorales; le 14 Juillet serait choisi pour l’entrée en fonction des fonctionnaires publics et l’ouverture de chaque législature (3). Même en pleine agitation politique, on voit les fédérés de Beaune, après avoir demandé la tête de La Fayette, réclamer qu’on organise des fêtes publiques, tant celles-ci leur semblent nécessaires pour soutenir la Révolution (4). Et l’on sent combien les fêtes nationales comme la Fédération, la translation de Voltaire au Panthéon (5), la fête de la Liberté (6), développaient l'esprit public en mettant l’art de David, de Marie-Joseph Chénier, de Gossec au service de l’idéal politique et moral nouveau (7). Le facteur collectif fortifiait les convictions individuelles et les pétitions relèvent avec admiration la puissance de ce phénomène; lorsqu'on vient de célébrer la fête du 14 Juillet, on voit, écrivent les municipalités, l’allégresse, l’union, « l'oubli
(1) Arch. nat. D xz. 8. 20. 23. Adresse des citoyens de Beaune, 28 juin 1792. (2) Arch. nat. C. 125. 406. 51. Pétition de la Société des Amis de la constitution de Bourbon-l’Archambault (Allier), 6 juin 1791. (3) Arch. nat. D rv. 10. 140. Pétition anonyme, s. d. n. 1. (4) Adresse des fédérés de Beaune. Arch. nat. C. 154. 2924, 33. -(5) 11 juillet 1791.
- (6) 15 avril 1792.
(7) V. sur les fêtes nationales, RENOUVIER, Histoire de l’art pendant la révo-
lution, Paris, 1853, p. 416-438.
des rangs » se propager par l’enthousiasme collectif de la liberté (1).
Si l’éducation nationale comporte un plan de restauration morale; — « l'éducation nationale rajeunira, disent les pétitionnaires, nos mœurs vieillies et corrompues (2) » — ce plan reste en contact étroit avec un programme d’éducation de l'esprit public. L'idée morale et l’idée politique se mêlent dans les documents comme en cette pétition d’un sieur Verlac citoyen de la section des Quatre-Nations (3), qui invoque Talleyrand et Condorcet pour affirmer que « la morale est le premier besoin de toutes les constitutions.… afin que les hommes ne soient Jamais partagés en deux classes, k classe de ceux qui raisonnent et celle de ceux qui croient — c’est-à-dire, des maîtres et des esclaves. »