LES PÉTITIONS ET L'EXPÉRIENCE
La contribution des pétitionnaires à la régénération apparaît comme un élément essentiel de la réforme de l’État au début de la Révolution; plus particulièrement, elle constitue un approfondissement considérable de l’idée d’utilité sociale. En effet, les pétitionnaires se sont pris à dépister les abus, à compléter les décrets, à conseiller les Assemblées. Tantôt, ils précisent de grandes règles de droit, comme l’idée de responsabilité de l’État et de légalité en droit interne, comme l’idée
d'agression en droit international, — tantôt ils présentent des mesures de détail touchant tel point de la réforme administrative ou économique, par exemple. — Toujours 1ls se récla-
ment des idées de justice et de bien public, voulant moraliser les institutions. Leur activité est si intense qu’elle ne serait : guère facile à résumer et qu'il faut suivre leurs initiatives dans les faits à travers les chapitres les plus importants de la réforme de l’État, si l’on veut se faire quelque idée de leur travail collectif.
Nous avons indiqué de quelles acquisitions le dot publie leur est redevable, et nous nous sommes attaché à les présenter dans le cadre logique que les pétitions leur ont donné...
En conclusion de ces recherches, nous voudrions souligner l'importance pratique du mouvement des pétitions; c’est lui qui, dans une très large mesure, a permis aux décrets de l’Assemblée de se traduire en habitudes administratives et politiques; le désir intense de collaborer à la reconstruction de la société en vue de l'utilité sociale a propagé des habitudes intellectuelles.
D'abord les préoccupations de l'utilité sociale fortifient le besoin de tenir compte des faits, de l'expérience, cette tendance qui avait heureusement servi la science au xvurre siècle était non moins précieuse pour asseoir les nouvelles règles d’administration, de finances, et d'économie sociale que nous avons vues se constituer en étudiant l’œuvre des députés. Les pétitionnaires plus près de la réalité ont adapté le droit au fait, ils nous présentent une réforme de l’État en action, qui tient compte des nécessités locales, des réactions humaines au contact de la règle de droit, — fût-elle constitutionnelle, — des renversements de pensée, qui préludent au changement des institutions. Pour qui tient compte de ces documents concrets, il n’est plus possible de soutenir avec Taine que l’esprit révolutionnaire n’a été que théorique.
Îl y a plus; à force de penser avec passion à l’utilité sociale, au bien public, les pétitionnaires se sont servis de ces idées complexes comme d’un thème de raisonnement, qu’il s’agisse de requêtes à motiver ou de suggestions à formuler. Ainsi peu à peu, le cœur soutenant l'esprit et l’esprit donnant des raisons au sentiment, l’utiité sociale est devenue une sorte de valeur logique qu’il nous faut chercher à approfondir.