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DEUXIÈME PARTIE

LE PARLER DES PÉTITIONNAIRES ET L'ENCHAINEMENT DE LEURS IDÉES FONDAMENTALES

L'État nouveau s’est fait, nous l’avons montré, de déduction en déduction, à partir de quelques principes supérieurs dominés eux-mêmes par l’idée d'utilité sociale.

En étudiant la collaboration du pays à l’œuvre de ses députés nous avons considéré dans les pétitions leur apport juridique, nous voudrions maintenant les envisager d’un point de vue intellectuel et psychologique, rechercher comment les idées sociales nouvelles se sont traduites dans le parler populaire en une manière originale de penser et de sentir.

Si nous avons emprunté au livre fameux de Cournot (1) la rubrique de ce chapitre, c’est qu’il nous a semblé que la pensée des pétitionnaires se développait par enchaînements successifs opérés sur un certain nombre d'idées essentielles de la philosophie politique d’alors. Sans doute, les Constituants ont enchaîné, eux aussi, des raisonnements à partir d’une axiomatique, on l’a longuement montré, mais leur attitude n’est pas celle des pétitionnaires. La pensée des premiers est, en principe, un véritable raisonnement, elle cherche à démontrer et utilise le plus souvent une logique dont la déduction est

(1) Cournor, Traité de l’enchaînement des idées fondamentales dans les sciences et dans l’histoire. Paris, 1861.

l'instrument. [ei le processus de pensée est différent. La pensée des pétitionnaires possède une démarche qui lui est propre. Elle n’argumente pas à la manière de la précédente; elle suit un thème général, celui de l'utilité sociale, qui lui fournit des liaisons d’idées, qui ne sont pas nécessairement établies sur des idées rationnelles, car elles sont très souvent véhiculées par des sentiments et des faits. Nous n’entendons pas dire que la pensée des révolutionnaires est entièrement différente de la logique des Constituants, puisqu'elle utilise les notions mises en circulation par ces derniers, nous disons seulement que ces enchaînements s'offrent à la pensée, en quelque manière par le caractère affectif ‘et spontané des représentations qui les escortent et qui gravitent autour d’une idée centrale : réformer l'État; ces liaisons semblent se propager par contiguité, sans se préoccuper d'établir rigoureusement entre elles un lien causal; elles sont d’ailleurs d’autant plus aisées et nombreuses que les événements politiques s’aggravent, que la pensée collective s’amplifie. On peut donc dire que les rattachements que l’on rencontre dans les pétitions sont le mouvement même du thème d'utilité sociale qui les suscite; aussi, à l’image de cette idée, sont-ils très souples, et à la différence de ceux que nous avons étudiés chez les Constituants, des facteurs historiques et humains — et non les seuls axiomes — sont les éléments déterminants de leur progrès.

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