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LE vOocABLE GÉNÉRAL D'INTÉRÊT PUBLIC

L’ardeur pour l’utilité sociale imprègne la langue des péti- - tions qui affluent à l’Assemblée Nationale. Le fil de pensée qui avait conduit les philosophes, les ministres, les rédacteurs des Cahiers, le roi lui-même se poursuit, mais la voix s’est haussée avec le nombre des individus qui peuvent maintenant manifester librement leur opinion. Spontanément, 1l se forme autour de ces mots «utilité publique », « bien public », toute une phraséologie qui est le signe de l'intention politique des pétitionnaires en même temps qu'un symbolisme pour leur pensée.

« Utilité publique » — « Utilité commune » — « Intérêt

public », — voilà qui regarde le commerce et les routes, la construction des ports, explique-t-on (1); l'emploi de la partie des ventes de biens nationaux réversible aux municipalités (2) ; si une requête est jointe à une adresse, | « intérêt public » lui sert de fondement (3).

D’autres fois l’utilité sociale est appelée « bien public ». Le bien publie est un ensemble de «règles » qui s'imposent dans les opérations administratives (4), et à l’occasion de celles-ci les officiers municipaux devront se laisser conduire par leur « zèle pour le bien public (5). » [1 représente un sentiment très vif : les habitants d’Oisemont, près d'Amiens, se déclarent « voués au bien public (6) »; la commune de Festieux, aux environs de Laon, promet de «se sacrifier, s’il le faut, au bien général (7). » Le bien public est l’argument suprême des requêtes particulières (8) et des initiatives réformatrices : à Lamballe, dès 1789, on estime la réforme de l’État « commandée» par «l’intérêt public», et les distinctions réprouvées par le « bien public (9) »

Les sentiments eux-mêmes se teintent d'intérêt public. On exècre les € ennemis du bien public (10)»; l’admiration, la reconnaissance envers les députés est un hymne au bien

(1) Arch. nat. C 1144. 2992, 5. Adresse de la municipalité de Montfort-en- Chalosse (Landes), 12 avril 1790. j

(2) Arch. nat. C. 1144. 3001. 12. Adresse de la municipalité de Revel, 29 avril 1790 (il existe plusieurs Revel en France).

(3) Requête des procureurs généraux syndics des États de Dauphiné (Grenoble), 6 janvier 1790. D x1v, 4. SAcnac et CARoON, op. cit., p. 75.

(4) Arch. nat. AD xvir. 31. 737. Adresse à Nosseigneurs de l’Assemblée Nationale par les officiers municipaux et notables de la ville de Tours, 27 février 1790.

(5) Arch. nat. C. 117. 330. 20. Adresse de la municipalité de Domat (Yonne), 6 juin 1790. :

(6) Arch. nat. C. 1144. 2984, 1. FRResse des habitants d’'Oisemont (Somme), 12 avril 1790.

(7) Arch. nat. C. 1144. 2981. 14, Offres patriotiques de la commune du bourg de Fétieux, subdélégation de Laon, 20 avril 1790. (Orthogr. Festieux: Dictionnaire topographique du département de l'Aisne, par A. Marron, 1871).

(8) Arch. nat. C. 1144. 2992, 11. Adresse de la milice nationale de Din 12 avril 1790 (Côtes-du-Nord).

(9) Requête de la municipalité provisoire de Lamballe (Côtes- us 1789 (non daté). D xrv. 3. Saenac et CARON, op. cit., p. 156. =

(10) Arch. nat. C. 1144, 2981, 21. Lettre d’un soldat vétéran du régiment

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