‹ La logique de l'hypothèseChapitre 108 sur 152 · Faraday inventeur, par John Tyndall, p · texte numérisé non relu

Faraday inventeur, par John Tyndall, p

science. Le cas est le même que pour les vues divergentes de M. Sainte-Claire Deville et de M. Naquet sur raffinité. Il est théoriquement possible que la science puisse remonter au delà de la loi de Newton, bien qu'on n'ait pas encore réussi à le faire. L'idée que la pesanteur est inhérente à la matière arrêterait les recherches et risquerait donc de nuire aux progrès de l'esprit humain. C'est ce qui arriverait inévitablement si Tempirisme triomphait d'une manière définitive. Le monde savant admettrait, avec Auguste Comte, que toute tentative pour remonter au delà du fait de la pesanteur serait « profolidément illusoire aussi bien que parfaitement oiseuse * ». L'erreur est grave, puisqu'elle arrêterait la science sur la ^oie d'un progrès considérable qui est certainement possible. D'où vient l'erreur? De ce que l'on prend une hypothèse explicative pour une loi absolue, loi que l'on transforme en une propriété essentielle et primitive des •corps. Une vue juste de la méthode coupe le mal par sa racine et laisse la voie librement ouverte aux recherches. La gravitation est-elle un fait primitif ou un résultat? Ce sont deux hypothèses à examiner.

D'une manière générale, la connaissance de la méthode détruit l'esprit systématique et forme la pensée au respect de la réalité, puisque l'expérience pose les problèmes et demeure le seul contrôle valable de leur solution. L'esprit systématique s'alimente à deux sources : le rationalisme et l'empirisme, parce qu'on croit avoir, ou dans la raison, ou dans l'expérience, le moyenMe parvenir aux lois né- 4^essaires des choses. Or une vue saine de la méthode

K Cours de philosophie positive, tome II, p. 246.

fait comprendre que , pour la science des faits , nous sommes en présence de lois qui peuvent être certaines, mais jamais nécessaires, et le plus souvent en présence d'hypothèses probables arrivées à des degrés divers de confirmation.

La recrudescence de Tesprit systématique, caché sous le manteau de la méthode expérimentale, est un fait assez apparent pour attirer Tattention des observateurs. « Nous sommes confondus d'étonnement, dit M. Renouvier, toutes les fois que nous observons dans cette école prétendue de Texpérience, non seulement le penchant aux anticipations , qui se comprendrait encore s'il s'agissait d'une hypothèse claire et simple à poser et à vérifier, mais la facilité aux suppositions accumulées , formelles ou latentes, le relâchement d'un raisonnement (on ne sait souvent s'il faut dire inductif ou déductif) dont l'auteur ne prend seulement pas la peine de tirer au clair les prémisses et postulats, et de dégager l'argument topique. Si c'est cela qu'on appelle une application de la méthode expérimentale, il faut avouer qu'on est en train de fonder une religion qui ne redevra rien, quant au parti pris de croire, à l'ancienne foi, que les théologiens soutenaient aussi être démontrée par les faits et l'histoire *. »

Il est donc convenable, dans la disposition actuelle des esprits, de rappeler quelle est la véritable nature de la science, de ne pas laisser prendre de simples conjectures pour des axiomes, et de bien constater la nécessité de l'hypothèse et sa présence continuelle dans toutes les opérations de la pensée scientifique. Ce n'est pas encou-

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