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L'HYPOTHÈSE DANS LES SCIENCES DE FAITS

Si nous passons aux sciences de faits, nous rencontrons partout rhypothèse, soit dans rétablissement des classes et des lois, soit dans la détermination des causes et des buts.

1° Recherche des classes.

Placer un être dans sa classe, c'est lui assigner une nature que Ton suppose constante, de telle sorte que la désignation de la classe entraîne Taffirmation légitime d'un certain nombre de propriétés. Je donne à un corps le nom d'argent, à un végétal le nom de palmier, à un animal le nom de lion : l'imposition de ces termes, si elle est juste, renferme l'affirmation de propriétés que je puis attribuer sans erreur à ce végétal, à cet animal, à ce corps. C'est la base de toute induction et de toute déduction, c'est-à-dire, comme nous l'avons vu, la base indispensable de la science. II est presque superflu de le répéter, tant la chose est manifeste, s'il n'existait pas de classes naturelles, s'il

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nV avait que des molécules sans propriétés communes, des individus végétaux ou animaux ne formant pas des groupes caractérisés par la présence d'éléments identiques, toute affirmation générale serait fausse. Or, sans les idées générales, sans les noms comniuns qui les expriment, la parole et la pensée demeureraient également impuissantes. L'existence de classes naturelles est donc la -condition de la pensée scientifique, et la découverte de ces classes en est le fondement. Le but le plus élevé de la science est de découvrir des éléments primitifs dont les faits qui se présentent à l'observation immédiate sont les <îomposés. La recherche de ces éléments primitifs, ou classes premières des êtres, joue un rôle considérable en chimie. Lavoisier définissait la chimie ; « la science qui a pour objet de décomposer les différents corps de la nature, » c'est-à-dire de remonter à leurs éléments. Lorsqu'un physicien se demande quelle est la nature de la lumière, et qu'il hésite entre la théorie de l'émission et la théorie de l'ondulation, il agite au fond un problème de dassification, puisque la question est de savoir si l'élément objectif de la lumière est une matière spéciale ou le mouvement particulier d'une matière commune. Une des recherches capitales de la physiologie est de déterminer nn -certain nombre de tissus élémentaires dont les combinaisons diverses produisent les organes. Le résultat de cette classification serait la possibilité de nommer des tissus <lont on pourrait affirmer telles propriétés particulières et <i'expliquer les phénomènes de la vie par l'action combinée de ces propriétés. On sait enfin toute l'importancfi de la classification dans les recherches de la botanique et

l'hypothèse dans les sciences de faits 31 de la zoologie. La question des espèces, si elle est un problème de théorie et non une simple affaire de nomenclature plus ou moins arbitraire, est la question du nombre et de la nature des classes primitives dans lesquelles se répartissent les êtres vivants.

Comment l'esprit du savant procède-t-il dans la recherche des classes? Il peut arriver par exception qu'une découverte de cet ordre se fasse d'une manière fortuite ; un chimiste peut voir apparaître dans ses appareils un corps nouveau qu'il ne cherchait pas. Mais, dans la règle, le savant commence par soupçonner ou conjecturer, puis il cherche, et enfin, s'il est sur la voie d'une découverte véritable, il trouve. La part de l'imprévu diminue à mesure que la science fait des progrès.

« L'empirisme a fait son temps, disait naguère M. Wurtz; la science ne pourra atteindre son but que par l'expérience guidée par la théorie *. »

Nous savons, par le propre témoignagne de Lavoisier, qu'ayant observé qu'une portion de l'air est susceptible de se combiner avec les substances métalliques pour former des chaux, tandis qu'une autre portion de ce même air se refusait constamment à cette combinaison, « il soupçonna que l'air de l'atmosphère n'est point un être simple, qu'il est composé de deux substances très différentes *. » Il présuma que les terres (chaux, magnésie, alumine, etc.) cesseraient d'être comptées au

1. Discours à rAssociation française pour l'avancement des sciences, réunie à Lille en août 1874. Voir la Revue scientifique du 22 août 1874, p. 174.

2. Jowmal d'expériences de Lavoisier à la date du 14 février 1774. Voir Hœfer, La chimie enseignée par la biographie de ses fondateurs, p. 85.

nombre des substances simples, el, en émeltant cette opinion, il ajouta : « Ce n'est au surplus qu'une simple conjecture que je présente ici *. » Voilà deux grandes vérités relatives aux éléments primitifs des substances chimiques présentées à Tétat de soupçon et de conjecture, c'est-àdire sous la forme embryonnaire de toute vérité, Thypothèse. Davy cherche à vérifier expérimentalement la nature composée de corps que Ton supposait simples. Son frère nous informe * que lorsqu'il réussit à dégager le potassium de la potasse par le moyen de la pile « il ne put plus contenir sa joie : il se promenait dans sa chambre en sautant, comme saisi d'un délire extatique. » Que venait-il de faire? Il venait de vérifier avec Fart d'un expérimentateur consommé une conjecture féconde du génie.

Ce qui prouve jusqu'à l'évidence le caractère hypothétique des classifications, c'est la nécessité absolue des classifications provisoires. Ces classifications sont néces-

saires, puisque, je le répète, sans classement, toute affirmation générale serait impossible. Elles sont remplacées par d'autres, lorsqu'elles sont reconnues insuffisantes ou fausses. C'est ainsi que les quatre éléments des anciens : la terre, l'eau, l'air et le feu, ont été remplacés par le catalogue considérable de nos corps simples, dont il est permis de croire que les progrès de la chimie réduiront le nombre. On sait les contestations relatives aux véritables espèces végétales ou animales, et nous aurons l'occasion de reconnaître, en avançant dans notre étude, le earac-

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