I. Questions naturelles^ livre II, chap. vi
58 PLACE DE l'hypothèse DANS LA SCIENCE
par deux comètes voisines; en 1852, par deux comètes plus éloignées Tune de l'autre; et enfin, dans la nuit du 27 au 28 novembre 1872, par une averse d'étoiles filantes. Ce résultat de l'observation peut être énoncé ainsi : On a vu la comète simple, puis la comète brisée en deux parties, puis la comète résolue en une multitude de fragments. Cet énoncé, qui ramènerait tout à l'observation seule, ne serait pas exact. En réalité, on a vu un corps en 1826, deux corps en 1846 et en 1852, une multitude de corps en 1872, et l'on a supposé que les corps multiples étaient le produit de la désagrégation du corps unique observé au début. Pour constater, en ce cas, l'élément d'hypothèse, il suffit de savoir que, le 4 mars 1872, l'astronome Donati, de Florence, annonçait, à titre de supposition^ la venue des étoiles filantes de 1872, dont l'apparition a confirmé sa conjecture ^ En prenant l'histoire des découvertes à la source dans les textes originaux, on arriverait à saisir, sous la forme conjecturale qui a été nécessairement leur forme primitive, les vérités expérimentales les plus solidement établies aujourd'hui.
L'hypothèse a donc sa place nécessaire dans toutes les sciences, entre l'observation et la vérification. Il y a plus: elle intervient dans l'observation même et dans la vérification.
1. Archives des sciences physiques et naturelles de la Bibliothèque universellCf 15 janvier 1873.