Partie I, Hecherche des classes
de la pensée doive se traduire par risolement, par une rupture totale avec la tradition. Il est bien difficile à l'esprit humain de garder un juste équilibre. Bacon en a appelé à l'observation de la nature contre la tendance à admettre servilement les opinions reçues, dans l'école, et, sous ce rapport, son œuvre est exempte de reproches; mais il s'est livré à une réaction violente et passionnée contre les anciens et a perdu toute mesure. Il injurie les plus grands noms de l'histoire de la pensée. Il qualifie Aristote de « détestable sophiste, ébloui d'une subtilité vaine, vil jouet des mots ; » Platon est désigné comme un « pointilleur harmonieux, poète gonflé, théosophe en délire ! ! » Galien est un homme d'un esprit fort étroit, un dissertateur frivole, Hippocrate est une réputation usurpée sous laquelle Galien et Paracelse s'abritent « comme à l'ombre d'un âne » ^ Ce ne sont pas là les paroles d'un homme libre, mais celles d'un esclave affranchi qui insulte ses anciens maîtres. Descartes secoue le joug de toute tradition scientifique, pour en appeler à sa raison seule ; mais il est facile d'établir qu'il est victime d'une illusion, et que la tradition avec laquelle il estime avoir entièrement rompu se glisse dans sa pensée par l'influence de la parole. Galilée, plus sage que la plupart de ses contemporains, en appelle à la raison et à l'expérience; mais il ne dédaigne point le secours de la tradition ; il conserve et applique les bonnes maximes qui avaient cours dans l'école, et il explique sa position à l'égard d'Aristote dans ces termes pleins de mesure : « Je ne prétends pas qu'on