L'ÉTAT DE LA SCIENCE
Passons aux conditions des hypothèses sérieuses qui se rencontrent dans l'état de la science. L'état da la science |i résulte des observations faites, des exphcations déjà trou- \i vées et vérifiées, des instruments matériels dont le savant \, peut disposer, enfin des instruments intellectuels, et prin- | cipalement du développement des sciences mathémati- i ques, qui ne sont qu'un instrument pour la science des faits. ,
V Base d'observation.
II est manifeste que, pour faire une hypothèse, il faut avant tout avoir connaissance de l'objet sur lequel elle doit porter. Aucune théorie sur la faune et la flore de l'Australie n'a pu précéder la découverte de ce continent ; c'est pourquoi le travail des collectionneurs et des voyageurs scientifiques est la base nécessaire de tous les systèmes d'histoire naturelle. Pour chercher Texplication du mode de vie des animaux microscopiques, la condition préalable est d'avoir le moyen de les voir.
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Une base suffisante d'observation est la condition régulière, sans être toutefois absolue, des hypothèses séripuses. Lorsqu'une classe de faits n'est connue que d'une manière générale et vague, le champ des conjectures est illimité ; à mesure que les observations s'accumulent, la fantaisie perd du terrain. Tôpfer fait remarquer combien les hypothèses géologiques ont des fondements peu sûrs, puis il ajoute : « C'est précisément parla que j'aime cette science. Elle est infinie , vague comme toute poésie ; comme toute poésie , elle sonde des mystères , elle s'y abreuve, elle y flotte sans y périr. Elle ne lève pas les voiles, mais elle les agite, et, par de fortuites trouées, quelques rayons se font jour qui éblouissent le regard. Au lieu d'appeler à son aide les laborieux secours de l'entendement, elle prend l'imagination pour compagne*. » La géologie n'est point assise encore sur des bases inébranlables ; toutefois, depuis l'époque où Tôpfer a écrit ces lignes, elle a réuni bien des observations sérieuses, et la part de l'imagination qui charmait le conteur genevois ) occupe une place moins souveraine.
Par la base d'observations nécessaires aux hypothèses sérieuses, il faut entendre non seulement les faits constatés, mais toutes les lois qui résument un grand nombre de phénomènes et prennent , à l'égard des développements supérieurs de la science , la place qu'occupaient les faits quant à ses développements inférieurs. C'est la connaissance de ces lois qui importe surtout, car une multitude de faits isolés encombrerait l'intelligence et
1, La vallée de Trient ^ dans les Nouvelles genevoises.
chargerait la pensée sans l'enrichir. Un fait historque met en vive lumière la position relative de la base d'observation, qui est la condition de la science, et du génie, qui en est l'agent producteur. Tycho-Brahé et Kepler se rencontrèrent à Prague, à la suite de vicissitudes étranges qui les avaient chassés l'un et l'autre de leur domicile antérieur ; ils réunirent leurs travaux. Tycho possédait un trésor d'observations exactes ; Kepler, le génie des découvertes. Sans Tycho, l'esprit aventureux de Kepler risquait de s'égarer ; sans Kepler, les observations de Tycho restaient des faits mal expliqués. L'un des plus grands progrès de l'astronomie est dû à la rencontre de ces deux hommes.
2° Moyens de vérification.
Les moyens de vérifier les hypothèses varient avec les époques, et ces moyens constituent une des conditions importantes de l'exercice normal de la faculté de supposer. La possibilité de la vérification résulte avant tout | de l'état des observations, qui est à la fois la base des suppositions sérieuses et leur moyen de contrôle. Nous considérerons spécialement ici l'influence qu'exercent sur cette possibilité les instruments scientifiques. Il est des hypothèses qui ne demandent pour être vérifiées que le simple exercice des sens activé par l'attention ; mais il en est d'autres qui réclament des appareils spéciaux, sans lesquels le génie même peut se trouver frappé d'impuissance. Les instruments de précision que nous possédons pour la mesure des longueurs, des poids et du temps, permettent de vérifier bien des hypothèses dont le contrôle