‹ La logique de l'hypothèseChapitre 55 sur 152 · Cours élémentaire d'astronomie · texte numérisé non relu

Cours élémentaire d'astronomie

Lorsque Newton réussit à ramener à la seule loi de la gravitation les trois lois établies par Kepler, l'enthousiasme presque sans exemple qu'excita sa découverte provenait avant tout de la simplicité majestueuse de cette conception nouvelle. Cette simplification obtenue dans les théories astronomiques, Newton l'avait cherchée. Ce grand maître de la méthode expérimentale était fort éloigné de l'empirisme de quelques-uns de ses prétendus disciples. Il savait que toutes nos théories doivent être soumises au contrôle de l'expérience ; mais il savait aussi que, dans la recherche des théories, l'esprit humain doit être guidé par des principes. En tête de son troisième livre des Principes mathématiques de la philosophie naturelle^ il indique les règles qu'il faut suivre dans l'étude de la physique, et sa règle première est celle-ci : « Il ne faut admettre de causes que celles qui sont nécessaires pour expliquer les phénomènes. La nature ne fait rien en vain, et ce serait faire des choses inutiles que d'opérer par un plus grand nombre de causes ce qui peut se faire par un plus petit. » Cette règle est empruntée presque textuellement aux écrits de Galilée, et Galilée lui-même l'indique comme un axiome admis par tous les philosophes. Laplace applique un génie mathématique de premier ordre à compléter l'œuvre de Newton. Il réussit à établir la stabilité du système du monde, c'est-à-dire à montrer que la loi de la gravitation doit rectifier par elle-même certaines aberrations du système solaire qui , dans la pensée de Newton, auraient nécessité, après un certain laps de temps, une intervention spéciale de la puissance créatrice. C'estlà une application magistrale de la première règle de New-

tOR, et un pas important dans le sens de Tinterprétation simple des phénomènes de la nature. Laplace a-t-il marché dans cette direction fortuitement, ou en suivant, sans s'en rendre compte, l'impulsion reçue de ses devanciers? Nullement. Il recherchait, en ayant conscience du principe directeur de ses travaux, « cette belle simplicité qui nous charme dans les moyens de la nature*, » et, lorsqu'il place la loi d'inertie à la base de son œuvre, le grand argument qu'il invoque à l'appui de cette loi est celui de la simplicité ^ Dans son Histoire des fondateurs de V astronomie^ M. Joseph Bertrand signale, au moins neuf fois, l'influence exercée sur les progrès de la science par l'idée de la simpicité des lois de la nature ; et ce fait est d'autant plus significatif que l'ouvrage de M. Bertrand n'est point écrit au point de vue spécial de la logique '.

Si de l'astronomie nous passons à la physique, nous trouverons les grandes hypothèses dirigées par le même principe. Dans un discours prononcé en 1845, M. de La Rive indiquait la substitution de la théorie de l'ondulation à la théorie de l'émission comme l'idée dominante de la physique au xix® siècle : « Cette idée , dont la conception est moins facile et qui se prête avec plus de peine au calcul, a pourtant sur la précédente une supériorité inconstestable , par sa simplicité réelle et par son degré plus grand de généralité. Un seul fluide répandu partout, au lieu de quatre ou six

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