‹ La logique de l'hypothèseChapitre 57 sur 152 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Quelle est Torigine des principes directeurs que nous venons de passer en revue? Les principes des sciences particulières sont des hypothèses confirmées dont la valeur se mesure au degré de leur confirmation expérimentale. Si l'on réussissait un jour à réduire les phénomènes de la vie au pur mécanisme, la direction des r(^ cherches biologiques se trouverait modifiée, puisque la biologie disparaîtrait, à titre de science spéciale, pour se fondre dans la physique. Quant à la recherche de Tunité, ce n'est pas une hypothèse, mais le principe directeur de toutes les hypothèses ; c'est une loi de la raison qui constitue le postulat général de la science. L'homme n'a pas trouvé fortuitement l'harmonie des choses et la réduction de phénomènes complexes à des éléments simples. Ses recherches sous ce rapport ne sont pas le résultat d'une découverte faite par hasard dont il a généralisé les résultats. « L'image du cosmos, qui s'est révélée primitivement au sens intérieur comme un vague pressentiment de Thar-

munie et de Tordre dans Tunivers, s'offre aujourd'hui à Tesprit comme le fruit de longues et sérieuses observations. » Ainsi parle M. de Humbolt *. M. Helmholtz disait aux naturalistes allemands réunis à Inspruck, en 1869 : « La grande masse des phénomènes s'ordonne de plus en plus sous la main de la science; les doutes concernant l'existence de lois immuables des phénomènes disparaissent chaque jour; l'on découvre des lois toujours plus grandes et plus générales! Les résultats pratiques montrent qu'on est dans la bonne voie ^. » Ce sont les résultats pratiques, en effet, qui garantissent à la raison que ses lois fondamentales sont d'accord avec les lois de l'univers, et qui la prémunissent ainsi contre les atteintes du scepticisme ; mais les tendances de la raison que l'expérience vient justifier ont été le principe directeur et non pas le résultat de l'expérience. L'homme en effet, comme le dit M. Bertrand, « croit en dehors de toute démonstration à l'harmonie de l'univers et à la simplicité de son mécanisme ^ » Si la pensée de l'harmonie universelle était une induction dé l'expérience, on la verrait se développer et s'affermir à mesure que la base d'observation s'étend; or ce n'est point le cas. Les affirmations les plus hardies auxquelles puisse s'élever la science contemporaine ne sauraient dépasser sous ce rapport les doctrines des pythagoriciens. M. Bertrand observe à l'appui de sa thèse que l'histoire de l'astronomie nous montre l'esprit humain allant au devant de la vérité expé-

Page 1