Revue des cours scientifiques du 8 janvier 1870, p
3. Les fondateurs de tastro7iorme modeime, 3» édition, p. U3.
rimentalement établie, pour affirmer par avance la beauté et l'ordre général du système du monde. Des exemples tirés d'autres sciences nous offrent la confirmation de cette pensée.
Les progrès de la chimie ont eu pour effet d'augmenter considérablement le nombre des corps considérés comme simples; mais ces corps irréductibles, dans l'état actuel de la science, sont-ils vraiment des éléments primitifs? Le 9 janvier 1866, M. le professeur Marignac disait, à l'Athénée de Genève, que différents faits révélés par l'observation éveillent naturellement la pensée que nos corps simples pourraient bien avoir une origine commune, c'està-dire être les combinaisons diverses d'atomes primitifs semblables. Il ajoutait que les agents physiques dont nous disposons et que nous voyons agir dans la nature : la chaleur, l'électricité, l'affinité, ne peuvent pas décomposer nos corps simpl.es et ne paraissent pas avoir contribué à leur formation première, d'où il concluait que l'existence d'une seule matière primitive restera toujours une pure théorie. Nous ne pourrons pas, dans nos laboratoires, désagréger les éléments primitifs d'un corps pour en faire un autre, nous ne pourrons pas séparer les atomes élémentaires du plomb et les combiner autrement pour en faire de l'or; mais nous pouvons concevoir que ce que nous ne saurions faire ait été réalisé dans la nature. On voit ici l'idée de l'unité apparaître dans l'esprit d'un savant éminemment circonspect et sérieux. Cette idée s'est-elle produite à la suite des observations relativement récentes qui ont révélé les équivalents chimiques, les rapports «ntre le poids des atomes, etc.? Nullement. En 1815,
William Prout avait émis Thypothèse que les corps que nous appelons simples, parce que nous n'avons pas réussi à les décomposer, sont des multiples de Thydrogène, en sorte que Thydrogène serait la matière primitive dont les agrégats divers ont constitué tous les autres corps. L'idée de Prout n'a pas résisté à l'examen en ce qui concerne l'hydrogène ; mais on voit qu'elle n'a pas disparu de l'esprit des savants, en ce qui concerne la recherche d'un élément unique de la matière. Longtemps avant Prout, Boyle avait émis l'idée que toute la diversité des corps pourrait provenir d'éléments qui ne différeraient entre eux que par la grandeur et la^figure. « Quel que soit le nombre des éléments, on démontrera peut-être un jour qu'ils consistent dans des corpuscules insaisissables , de formes et de grandeurs déterminées, et que c'est de l'arrangement de ces corpuscules que résulte le grand nombre des composés que nous voyons. Si, avec des briques de même dimension et de même couleur, nous construisons des ponts, des routes, des maisons, par un simple changement dans la disposition de ces matériaux de même espèce, quelle multitude de composés ne doivent pas produire les groupements variés de ces corpuscules primitifs que nous ne supposons pas tous d'égale forme, comme les briques *. » Il est impossible de ne pas reconnaître dans ce passage la pensée de l'explication mécanique des phénomènes chimiques, pensée conçue, sans aucun doute, sous l'influence de Descartes. Boyle avait onze ans, en 1637, au moment de la publication du Discours de la méthode, Leibnitz se plaint avec vivacité de