Les principes de la philosophie, partie IV
d'autres déclarations du même ouvrage, est clairement indiqué, et cette fois sans passage contraire, dans le traité du Monde^ rédigé avant que Descartes eût connaissance de la condamnation de Galilée, et qui nous offre par conséquent la pensée de l'auteur dans toute sa pureté. Il affirme que Ton peut connaître les effets par leurs causes et avoir de toutes choses des démonstrations à priori. Il va si loin dans ce sens, qu'après avoir établi deux règles fondamentales du mouvement il écrit : (( Encore que tout ce que nos sens ont jamais expérimenté dans le vrai monde semblât manifestement être contraire à ce qui est contenu dans ces deux règles, la raison qui me les a enseignées me senable si forte, qae je ne laisserais pas de croire être obligé de le supposer ^ » Nous voici en présence du rationalisme pur et de la méthode de construction. Le plan même du traité du Monde met en pleine évidence ce procédé scientifique. Descartes entreprend de construire un monde nouveau par les seules lumières de la raison, assuré d'avance que ce monde imaginaire sera parfaitement semblable au monde réel. Il parle quelquefois de la nécessité de l'expérience, mais il l'admet seulement pour les cas où la déduction à priori en descendant des hauteurs de la théorie au détail des choses, voit que les détails peuvent avoir été produits de différentes manières. Il faut recourir alors à quelques expériences pour savoir quelle est entre ces possibilités diverses celle qui a été réalisée. Toutes les bases de la méthode ont été résumées par
î238 QUESTIONS ET RÉPONSES
Descartes dans un ouvrage de logique qui est demeuré inachevé, Les règles pour la direction de l'esprit. L'auteur se propose d'énumérer tous les actes de l'intelligence au moyen desquels nous pouvons atteindre la connaissance des choses, sans aucune crainte d'erreur. Il n'en reconnaît que deux, l'intuition et la déduction. L'intuition est la vue immédiate de la pensée et de ses éléments constitutifs ; la déduction est l'opération par laquelle nous atteignons toutes les vérités qui sont la conséquence nécessaire des données de l'intuition. C'est la logique de la mathématique qui est pour Descartes le type de la science universelle. Après avoir développé sa pensée, il écrit : « Voilà les deux voies les plus sûres pour arriver à la science ; l'esprit ne doit pas en admettre davantage ; toutes les autres au contraire doivent être rejetées comme suspectes et sujettes à l'erreur *. » Une dernière citation complétera ces renseignements. Descartes dit, en parlant de ses théories, à la fin du Discours de la méthode : « Je ne les ai nommées des suppositions qu'afin qu'on sache que je pense les pouvoir déduire de ces premières vérités que j'ai ci-dessus expliquées ; mais que j'ai voulu expressément ne pas le faire, pour empêcher que certains esprits qui s'imaginent qu'ils savent en un jour tout ce qu'un autre a pensé en vingt années, sitôt qu'il leur en a seulement dit deux ou trois mots, et qui sont d'autant plus sujets à faillir et moins capables de la vérité qu'ils sont plus pénétrants et plus vifs, ne puissent de là prendre occasion de bâtir quelque phiJo-