‹ La logique de l'hypothèseChapitre 82 sur 152 · Règles pour la direction de Veépriij règle III · texte numérisé non relu

Règles pour la direction de Veépriij règle III

Sophie extravagante sur ce qu'ils croiront être mes principes et qu'on m'en attribue la faute. » En réalité, ces théories étaient des hypothèses, et c'est avec raison que Newton et les newtoniens ont désigné sous ce titre les doctrines cartésiennes qu'ils ont rejetées ; mais, pour Descartes lui-même, l'hypothèse était, il le déclare expressément, un voile sous lequel il cachait sa méthode véritable, et sa méthode était la déduction d priori^ à partir des principes rationnels.

Descartes a été le grand destructeur de la scolastique ; il a rejeté avec raison dans l'étude de la nature l'autorité d'Aristote et l'autorité des théologiens ; mais sa méthode, envisagée d'une manière générale et abstraction faite du point de départ, est la même que celle des hommes qu'il a combattus. Comme eux, il établit sa doctrine en dehors de l'observation et de l'expérience. Seulement, au lieu de prendre pour bases de ses déductions les textes d'Aristote ou les décrets des théologiens, il prend un certain nombre de principes abstraits qu'il considère comme le patrimoine de l'esprit humain. Cette méthode s'est développée dans son école, et à la table rase de Locke, s'est opposée la monade de Leibnitz. La monade intelligente développe sa pensée par une virtualité propre et indépendamment de toutes les données de l'expérience ; mais, en vertu de l'harmonie préétablie, le développement purement spontané de la monade se trouve représenter fidèlement les réalités extérieures. C'est ici l'apogée de la méthode d priori; l'élément expérimental de la connaissance se trouve absolument supprimé, et il n'y a plus aucun moyen d'établir la différence des vérités nécessaires et des vé-

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rites contingentes. Telle est la conséquence métaphysique de la méthode à priori^ conséquence que Spinoza a mise en lumière dans son affirmation que le monde dans la totalité de ses manifestations procède nécessairement de son principe, de même que toutes les propriétés du triangle sont le résultat nécessaire de son essence.

Le xvii« siècle scientifique, qui renferme le commencement du xvin'' siècle de la chronologie ordinaire, appartient à Descartes ; la place de Thypothèse dans la théorie de la méthode y est généralement supprimée. Je rencontre ici la remarque de l'un de mes correspondants qui, après avoir donné son adhésion à mes thèses générales, les confirme par le résultat de sa propre expérience, en disant que « souvent il s'est plaint de passer près du gibier sans le voir », puis me demande si Pascal n'a pas fait très expHcitement la place de l'hypothèse lorsqu'il a écrit : « On peut avoir trois principaux objets dans l'étude de la vérité : l'un, de la découvrir quand on la cherche; l'autre, delà démontrer quand on la possède ; le dernier, de la discerner d'avec le faux quand on l'examine. Je ne parle point du premier ; je traite particulièrement du second, et il renferme le troisième *. » Ces lignes indiquent nettement que les moyens de découvrir la vérité doivent être l'objet d'une étude spéciale. Il est regrettable qu'un esprit de la trempe de Pascal ne s'en soit pas occupé ; mais le fait est qu'il ne s'en est pas occupé, du moins à notre connaissance. Si l'on ouvre la Logique de Port-Royal, sur la composition de laquelle l'influence de Pascal n'a pas été nulle, o

1. De l'esprit géométrique dans les Pensées , édition Fàugère, tome I, p. 123.

y trouve un chapitre intitulé : La méthode des sciences réduite à huit règles principales *. Or, de ces huit règles, deux concernent les définitions, deux les axiomes, deux les démonstrations, c'est-à-dire, en somme, les procédés déductifs de la pensée. Les deux dernières concernent la méthode, et les voici :

7. « Traiter les choses, autant qu'il se peut, dans leur ordre naturel, en commençant par les plus générales et les plus simples, et expliquant tout ce qui appartient à la nature du genre, avant de passer aux espèces particulières. »

8. <( Diviser , autant qu'il se peut, chaque genre en toutes ses espèces, chaque tout en toutes ses parties, et chaque difficulté en tous ses cas. »

On voit que dans ces deux règles l'hypothèse ne figure en aucune façon.

Leibniz a souvent combattu les cartésiens, dont la pensée était plus étroite que celle de leur maître, ce qui arrive assez souvent chez les disciples. Il appartient toutefois d'une manière générale, et très spécialement sous le rapport de la méthode, à l'école dont Descartes a été chez les modernes le représentant le plus illustre. Sa doctrine des monades conduit, comme nous venons de le voir, au procédé de construction, et ce procédé est bien celui qu'il considère comme légitime. On trouve dans ses œuvres dix maximes relatives à l'art d'inventer. Si la place de l'hypothèse doit être marquée quelque part, c'est assurément là. Or ces règles prescrivent de parvenir par

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