Voir ses Esquisses de philosophie morale^ § 3, 4 et
en général. Cet ouvrage, remanié dans une seconde édition, a paru, en 1803, sous le titre de Principes fondamentaux de l'équilibre et du mouvement, Carnot veut laisser de côté l'idée abstraite des forces, pour ramener toute la mécanique à la seule théorie de la communication des mouvements. Ceci est digne de remarque et place Carnot au nombre des hommes qui ont eu Tintuition la plus vive de la direction de la physique moderne ; mais ce n'est pas là mon objet actuel. Il débute, selon l'usage du temps , par énoncer la théorie sensualiste ; il considère l'affirmation que toutes nos idées viennent des sens comme incontestée et incontestable , mais ce n'est là qu'une thèse philosophique répétée sur la foi des maîtres. Après l'écolier trop docile de Condillac, le savant prend la parole et exprime ainsi la règle fondamentale de la méthode : « Nous établissons d'abord certaines hypothèses, d'après lesquelles nous supposons que s'opère en effet la communication des mouvements ; nous comparons ensuite les conséquences qui en résultent avec les phénomènes, et, si nous trouvons qu'ils s'accordent, nous concluons que nous pouvons considérer ces hypothèses comme les véritables lois de la nature '. » Suivent sept hypothèses, dont la première est la loi d'inertie, et qui sont, aux yeux de Carnot, les principes de toute la mécanique. Donner explicitement le nom d'hypothèses aux lois fondamentales du mouvement, c'était assurément la réaction la plus nette qu'il soit possible d'imaginer contre l'opinion régnante telle que Reid l'a formulée. Ampère émet des vues semblables à celles de Carnot. Il
1. Principes fondamentaux de Véquilibre et du mouvement, p. 48.
avait reconnu que, au delà des intuitions immédiates, les vérités accessibles à l'esprit humain ne sont et ne peuvent être que des hypothèses démontrées. En conséquence, « il . avait un grand respect pour l'hypothèse », qu'il avait pratiquée avec tant de succès et dont il aimait à exposer les conditions J .
Liebig a abordé le sujet qui nous occupe, soit dans deux écrits spéciaux ^, soit dans son écrit sur Bacon. La terminologie laisse quelque chose à désirer, parce que l'hypothèse se trouve désignée sous les termes d'imagination «t d'induction ; mais le fond des idées de l'auteur est fort clair : « La pensée doit nécessairement et dans tous les cas précéder l'expérience, si l'on veut que celle-ci ait une signification quelconque. Une investigation empirique de la nature, dans le sens ordinaire du mot, n'existe pas du tout. Une expérience qui ne se rattache pas d'avance à une théorie, c'est-à-dire à une idée, ressemble tout autant à une véritable investigation que le bruit d'une crécelle d'enfant ressemble à la musique ^. »
J'ai déjà eu l'occasion d'invoquer, en faveur des thèses que je défends, l'autorité de M. Chevreul. Aux citations déjà faites de son écrit sur la méthode, il ne sera pas superflu de joindre celle-ci : « En admettant l'influence de l'observation et de la raison, nous ne repoussons pas celle de certaines idées qui apparaissent si soudainement qu'elles semblent spontanées quand on en recherche l'ori-