‹ La logique de l'hypothèseChapitre 89 sur 152 · Un volume, in · texte numérisé non relu

Un volume, in

t254 QUESTIONS ET RÉPONSES

naire philosophique de Krug (en allemand), dont le cinquième et dernier volume a paru en 1838 ; mais Fauteur, dans un article assez court, ne la mentionne guère que pour l'exclure. Il n'en est pas de même du Dictionnaire des sciences philosophiques publié, de 1844 à 1851, sous la laborieuse direction de M. Franck. L'hypothèse y a obtenu un article de deux pages environ. On y lit : « L'hypothèse ne doit pas être rejetée d'une manière absolue du domaine de la science ; il faut un commencement dans toutes les recherches, et ce commencement est presque toujours une tentative imparfaite et sans succès. La vérité est comme un pays inconnu dont on ne peut trouver la

bonne route qu'après avoir essayé de toutes les autres

Les anciens accueillaient trop favorablement et trop facilement les hypothèses ; les modernes ont eu beau les

proscrire en principe ; il leur a été impossible de les

éviter C'est par des hypothèses que Kopernik, Kepler,

Huyghens, Descartes, Leibniz, Newton, Cuvier, ChampoUion ont signalé leur génie et fait marcher la science. » Il y a dans ces lignes une réclamation analogue à celle de Diderot, juste, mais insuffisante. La nécessité de faire une place à l'hypothèse dans la théorie de la méthode est indiquée plutôt que cette place n'est faite.

Il y a donc dans la pensée contemporaine une réaction prononcée contre l'exclusion de l'hypothèse ; mais le mouvement n'est point encore parvenu à son terme, et n'a pas produit toutes ses conséquences. Pour bien entendre la situation des choses sous ce rapport, il est indispensable de prendre en considération les remarques suivantes.

Il y a une grande différence entre le fait de parler incidemment de remploi de Thypothèse, ce qui est presque impossible à éviter lorsqu'on traite de la marche des sciences, et le fait de marquer sa place dans la théorie de la méthode. Locke, par exemple, dira très bien : « Quiconque veut éviter de se tromper soi-même doit établir son hypothèse sur un point de fait et en démontrer la vérité par des expériences sensibles, et non pas se prévenir sur un point de fait en faveur de son hypothèse ^ » Il reconnaîtra ailleurs que « nous pouvons nous servir de quelque hypothèse probable pour expliquer les phénomènes de la nature » ^ ; mais ce sont là des semences mortes dans l'ensemble de son œuvre. Les ouvrages de Condillac présentent un fait plus significatif encore. Il consacre à l'hypothèse un chapitre de son Traité des systèmes^ et il écrit :

« On peut tirer différents avantages des hypothèses, suivant la différence des cas où l'on en fait usage.

« Premièrement, elles sont non seulement utiles, elles sont même nécessaires, quand on peut épuiser toutes les suppositions et qu'on a une règle pour reconnaître la bonne. Les mathématiques en fournissent des exemples.

« En second lieu, on ne saurait se passer de leur secours en astronomie ; mais l'usage en doit être borné à rendre raison des révolutions apparentes des astres. Ainsi elles commencent à être moins avantageuses en astronomie qu'en mathématiques.

1. Essai philosophique concernant l'entendement humain ^ livre II, chap. I, § 10.

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