Revue scientifique du 31 janvier
écrit : « L'idée d'une vérité, ropinion qu'on a sur un phénomène ou une cause, précèdent ordinairement la dé-^ monstration *. » On lit dans les œuvres de M. Cournot : « La plupart des vérités importantes ont été d'abord entrevues à l'aide de, ce sens philosophique qui devance la preuve rigoureuse ^ » Je n'admets pas que la pensée scientifique fasse un seul pas au delà de la simple observation des faits, sans que la faculté de supposer entre en exercice. Dans le texte de M. d'Omalius, J'eflFace le mot « totalement » ; dans le texte de M. Liebig, j'efface le mot « ordinairement » ; dans le texte de M. Cournot, j'efface « la plupart », et je pose en thèse que la spontanéité de Vesprit individuel^ manifestée par des hypothèses que suggère l'observation et que développe le raisonnement ^ est un des facteurs toujours présents de la science. Je n'ai pas la prétention d'émettre une vérité nouvelle ; mais je réclame une place nouvelle pour la vérité. Pour que mon but soit atteint, il faudrait que dans nos logiques l'hypothèse obtînt, au chapitre de la méthode, un rang égal à celui de l'analyse et de la synthèse. Il faudrait que nos psychologies signalassent explicitement l'acte propre du génie dans l'invention, et la nature personnelle de cette faculté. Il faudrait que, dans les traités relatifs à l'origine des idées, on fît la part de la spontanéité individuelle et créatrice de la pensée, et qu'on remarquât le caractère essentiellement actif de cette spontanéité, par opposition aux perceptions de l'expérience et aux données de la raison, à l'égard desquelles l'esprit
i. Le développement des idées dans les sciences naturelles^ p. 37. 2. Essai sur les fondements de nos connaissances, tome TT, § 247.
individuel est relativement passif. Il faudrait enfin que l'on constatât que toutes les sciences ont la même méthode : observer, supposer, vérifier, et que les variétés de cette méthode unique proviennent de la différence des procédés d'observation et de vérification, l'acte de la supposition en lui-même ayant toujours, au point de vue logique, le même caractère.