‹ La logique de l'hypothèseChapitre 94 sur 152 · HUITIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

HUITIÈME QUESTION

On m'a demandé, à la suite d'une des expositions orales de ma pensée : « Pourquoi prenez-vous la peine de nous dire des choses si claires? » Ces brèves paroles renfermaient une adhésion complète à mes vues et un doute sur l'importance de la question. La réponse à ce doute fera le dernier objet de mon étude.

1** CONSmÉRATIONS GÉNÉRALES.

La pensée personnelle ne peut rien construire de solide sans les conditions de la science ; mais la science ne naît pas de ses conditions : elle résulte de l'œuvre du génie, et le génie est toujours personnel. La logique de l'hypothèse met ainsi en évidence la valeur de l'individualité. Il n'est pag nécessaire d'insister pour faire sentir l'importance psychologique de cette pensée.

S'il existe vraiment une seule méthode qui , avec les diversités qui naissent du mode de vérification des hypothèses, est la même pour toutes les sciences et pour la

philosophie, la vue de cette vérité contribuera à mettre un terme à la séparation nuisible des philosophes et des savants, séparation qui reflète la lutte stérile de l'empirisme et du rationalisme, et qui conduit trop souvent les sciences spéciales à ramper sur le sol et la philosophie à se perdre dans les nuages.

S'il est admis qu'un système de philosophie ne peut être, comme toute autre théorie, qu'un ensemble d'hypothèses confirmées, il en résultera des conséquences considérables pour les rapports de la philosophie avec les données traditionnelles, et pour la solution du problème universel qui est l'objet propre de la philosophie.

Le développement de ces diverses considérations trouvera sa place convenable dans une exposition d'ensemble des matières que doit aborder un cours de philosophie. Je continuerai à me placer ici sur le terrain spécial de la logique, et j'examinerai l'influence de la théorie de l'hypothèse sur le développement des sciences particulières, et plus spécialement des sciences physiques et naturelles, qui m'ont fourni la plupart de mes exemples.

Les hommes les plus compétents pour prononcer sur des matières de cet ordre, Humboldt *, Herschell % Liebig3, sont d'accord pour signaler, à l'aurore du xvii® siècle, une époque sans pareille dans l'histoire de la science. De grandes hypothèses furent conçues, à un moment où les observations accumulées, par les astronomes surtout, permettaient d'en commencer la vérification. La véritable

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