Traduit en frangais sous ce litre « Axel Borg
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evidemment au large apergu qu'il nous clonne des stades de revolution, et non a un voile poetique jete sur des choses prosaiques en elles-memes.
En fait I'image doit toujours ceder ; cela ne veut pas dire qu'elle disparaisse necessairement, mais elle cesse d'etre une image ou, si Ton veut, elle devient, en tant qu'image, completement transparente. Dans ses Lettres sur V education esthetique, Schiller a caracterise le nouveau stade de civilisation ou I'image est percee a jour et ou on ne la prend plus, a la maniere barbare, au pied de la lettre, mais oii on la prend en tant qu'image, oil I'appareiice est comprise comme une apparence et ou par suite elle ne trompe plus , ce qui pent s'exprimer aussi en disant qu'a ce stade nous nous sommes liberes de ce qu'il y avait de concret dans I'image concrete pour ne conserver d'elle que ce par quoi elle designe une realite, de sorte qu'elle n'est plus que dans la forme une periphase imagee.
II arrive ordinairement qu'une certaine superstition attache a I'image ou au symbole un faux eclat qui disparait bientot, laissant apres soi I'impression d'une fleur fletrie et deteinte. Or, il s'en faut de beaucoup que cette superstition atteigne son plus haut degre dans la poesie pure, pour decliner ensuite jusqu'au point ou la poesie fait place au langage de la realite. Tout au contraire, cette superstition ne se trouve ni dans la poesie classique ni dans la langue dela realite^ mais dans la region intermediaire oii I'image est a moitie une circonlocution poetique et a moitie une realite, C'est sans doute a cet etat intermediaire que pense Schelling quand il pose le mythe comme mediateur entre la realite et la contemplation esthetique. La philosophic allemande de son temps est evidemment mystique, a demi poetique, en ce sens que I'image
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qui repiesente les notions philosophiques n'arrive pas a tlepouiller son vetement de superstition. Schiller a, €omme F'ichte et Schelling, une forte tendance a pousser I'image jusqu'au mythe. Les termes de « forme » et de « matiere » sont a mi-cheniin entre des termes philosophiques et des personnifications mystiques et non metaphoriques ; la forme devient reellement, pour employer I'image meme dont se sert Schiller, une sorte de Zeus qui acheve le regno de Saturne. Goethe, par contre, — en particulier tel qu'il apparait dans ses dernieres annees au cours de ses entretiens avec Eckermann, — etait remarcjuablement libre de mysticisme. 11 peut se servir des memes expressions que Schiller et les philosophes, ou encore de termes theologiques, mais dans sa bouche ces expressions ne sont que des images et des designations tout a fait transparentes de processus psychiques ou autres. Son element est tout a fait I'image poetique, qui represente ce que Schelling comprend justement comme le stade plus eleve, la vision esthetique. Dans la vision esthetique regne uneharraonie parfaite qui rend indifferente la fagon de s'exprimer ; le symbole ou la denomination toute nue sont egalement vraies, egalement simples, appropriees au but, exemptes de mystification.
La crise de transition a laquelle correspond I'analyse est une crise que subit en general tout developpement et elle est toujours, a un certain degre, inevitable ; mais dans la mesure oil cette transition s'effectue avec habilete et aisance dans la poesie, dans la science, dans ia pedagogie, la culture perd de plus en plus son caractere barbare pour entrer dans la periode d'art qui est le but de I'avenir.
Si la conception intuitive a quelque importance, nous devons la rencontrer avant tout dans la science qui est la plus centrale, c'est-a-dire dans la philosophie. Peut-
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etre le role qii'elle y joue sera-t-il mieux saisissa])le si nous considerons d'abord les decisions de caractere intime qui ont lieu dans la vie de I'individu et od le processus intuitif est tout a fait manifesto.
Que se passe-t-il quand nous recevons aun moment donne une indication de I'instinct ? — Que se passe-t-il quand nous apercevons avec clarte, aux heures decisives, le cliemin que nous devons prendre ? C'est sans doute que nous reussissons alors a produire au jour tous les facteurs avec lesquels nous devons compter, a les maintenir ensemble de telle sorte que nous puissions les mettre en balance, eprouver I'effet produit par I'un d'eux en combinaison avec les autres et le degre d'energie que lui-meme pent conserver en presence de la reaction de tous les autres, connaitre Taction totale des facteurs reunis et la resultante de leur tension mutuelle. La plupart du temps il n'est possible d'operer qu'avec un petit nombre,un tres petit nombre de circonstances. Rien que pour une decision aussi simple que le choix d'une profession, il y a une masse immense de particularites qu'il faut prendre en consideration quand il ne s'agit pas seulement de choisir le metier qui donne le plus d'avantages economiquos, — ce qui peut generalement, mais non toujours, se calculer avec le bon sens ordinaire, — mais aussi de tenir compte des aptitudes et des besoins et des penchants individuels. Quelle infinite d'elements entrent deja dans la conception qu'un individu se fait de luimeme ! Sa reflexion conscienle peut difficilement embrasser autre chose qu'un petit nombre de traits, un petit nombre de besoins avec leur direction toute generale et non point avec leur originalite speciale dont tout depend. Et ensuite, quelle multiplicite insaisissable dans les circonstances ou nous pouvons avoir la pensee de nous engager ! Plus est intime la decision
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en question, plus sont nonibreux les facteurs avec lesquels il faut compter ; et tout specialement, cela va de soi, dans les cas de nature si delicate que le honheur le plus profond de I'individu doit etre I'objet d'un calcul. II faut alors que la balance soit d'une finesse extreme; on ne pent plus calculer en gros, avec les facteurs ordinaires, il faut faire entrer en ligne les moindres elements et les comparer et les pescr, et la reflexion n'a pas la main assez delicate pour cette operation. Elle trouble souvent par ses disputes la meditation silencieuse de I'instinct. II se pent fort bien que I'interesse comprenne tons ces facteurs consideres chncun separcment ^ et qu'aucun n'echappe a son attention, — la reflexion et la deliberation ([uotidienne consistent precisement a parcourir sans cesse la serie des arguments et a passer de I'un a I'autie, — mais tout depend justement de leur contemporaneite. (cQuand j'en tiens un dans la balance, celui qui devait se trouver sur I'autre plateau s'en est alle Dieu salt oii. Quand je me suis rendu compte de I'effet d'un certain groupe de motifs, je n'ai peut-etre pas la force d'en tenir dans ma main un plus grand nombre, et alors tout cela git de nouveau inerte quand je veux prendre aussi les autres groupes. Et si je reussis un moment a tenir tout I'ensemble a lafois, — alors se produit precisement ce que j'ai appele I'intuition, la compvchcnsio sesthetica^ laquelle rassenible sous une vue direcle un groupe qui, d'apres Kant, ne pent trouver place tlans une notion abstraite. » (Begriff.) II pent se faire que j'arrive a maintenir mon intuition pendant une duree assez longue, a contempler en paix et longtemps, — du moins a ce qu'il me semble, — ma vie et ses circonstances et d'avoir le loisir de decouvrir et de soumettre au calcul des choses auxquelles jen'ai pas acces par d'autres moyens, et c'est pour moi comme si j'etais
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parvenu a un temple dont la pretresse repondrait aux questions queje lui poserais sur moi et ma destinee. Get etat peut etre plus ou moins bref, mais il est a supposer qu'il ne dure guere plus d'un moment et qu'en un clin d'oeil les portes de Toracle sont aussi fermees pour moi que jamais, — et que je ne puis guere conserver qu'en gros le souvenir des mots que j'ai entendus. 11 est bien clair que ces minutes sont le moment de notre plus grande tension, le plus haut point atteint par notre force de pensee, en fait un etat de surmenage qui ne peut etre que momentane.
Les questions qu'agite laphilosophie n'exigent-elles pas aussi pour leur solution cette contention extreme de la pensee qui se trouve dans I'intuition, cet effort pour hausser la reflexion a un degre si eleve qu'elle cesse d'etre elle-meme et prend un autre nom ? Gar qu'est-ce que I'intuition sinon la reflexion lorsque celle-ci a accompli lieureusement sa tache ?
II me semble qu'il en est des questions scientifiques comme des decisions de la vie privee : quelques-unes de ces questions peuvent etre elucidees et resolues d'une fagon plus mecanique que les autres, parce que les materiaux sur lesquels elles portent sont toujours a portee et faciles a fixer, de sorte que leur concentration peut se faire progressivement, et se poursuivre de jour en jour, chaque travailleur prenant la tAclie au point oil le precedent I'avait laissee ; par contre,certaines questions ne peuvent se resoudre de la sorte, parce qu'elles sont plus compliquees, parce que les divers facte urs ne sont pas susceptibles d'etre reunis et evalues par des procedes semblables, ne sont pas susceptibles de rester en place de fa^on qu'on puisse
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les enregistrer en toiite tranquillite ; mais c'est seulement en des moments fugitifs que la pensee peutavec un effort extreme en prendre une photographie instan tanee et interpreter leur constellation ; — en d'autres termes les questions de cette categorie dependent de I'intuition et ne peuvent etre traitees n'importe quand et par n'importe qui, mais doivent rester en suspens jusqu'a ce qu'une revelation les eclaire, qui nous parait toujours plus ou moins mysterieuse.
Que les questions philosopliiques, d'une fagon generale, appartiennent a cette derniere categorie, c'est ce dont notre epoque n'a pas une conscience bien claire, et c'est pourquoi elle est peu disposee a aborder les regions vers lesquelles conduit I'intuition et s'en ticnt avec une certaine satisfaction a I'horizon moyen que parcourt la vue quotidienne, et jene puis m'empecher de constater que notre epoque est en general dans la meme situation qu'une personne qui dans sa vie la plus intime ne recherche pas les conseils de cet instinct divinateur immediat qui observe avec une sensibilite plus grande et conclut avec une plus grande finesse que la reflexion lineaire, trop grossiere.
Les questions philosopliiques sont de cette espece, — mais pas toutes. II existe aussi dans la philosophic des recherches dans des domaines plus peripheriques oil I'intuition n'est pas indispensable. II y a des faits psychologiques qui peuvent se constater de la meme maniere que des faits d'histoire naturelle, et certaines lois que Ton pent demontrer d'une fagon si evidente et si claire pour tons qu'elles sont desormais hors de conteste et entrent dans cette provision de notions acquises que nous appelons exactes et sur lesquelles il n'y a qu'une opinion possible, la meme dans tous les pays. La philosophic contient des questions de ce genre, mais elles ne sont pas toute la philosophic et
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elles n'en sont meme pas la partie la plus impoitante. Par exemple une question comme celle du libre arbitre envisagee avec ses consequences morales, n'appai-tient pas a la categorie susdite. II n'existe pas de philosopheserieux qui ne considere comme tout aussi deraisonnables le determinisme et I'indeterminisme sous leur forme populaire, avec les notions adventices dont ils se sont charges. Meme chez un deterministe moderne tel que Stuart Mill, chez un adepte comme lui de la methode exacte en philosophie, il apparait que cette question est placee a un niveau si protondqae la plupart des partisans de Stuart Mill ont eu peine a suivre sa pensee, et au reste le maitre lui-meme a declare expressement que le determinisme populaire, meme celui qui peut se manifester chez les hommes de science, etait une conception qui ne concordait nullement avec la science. Gela indique un problems de caractere mysterieux.
Pour resoudre des questions de cette nature Tetat general de la personnalite joue comme dans la vie privee un role tres important, et une certaine subjectivite y regne, — de quel droit ? c'est la un point qu'il serait du plus haut interet d'elucider. haErste Einleitung ill (lev WissenscJiaftslehre '^ , de Fichte, contient quelques declarations interessantes a ce sujet. Fichte y developpe cette idee que c'est le caractere qui decide en fin de compte du choix d'une philosophie. II est evident qu'il ne peut vouloir dire ainsi qu'il n'y aurait pas de raisons intellectuelles a I'idealisme qu'il soutient, — toute sa WissenscJiaftslehre est une tentative pour exposer ces raisons, — que le choix entre des conceptions de la vie antagonistes dependrait seulement des preferences subjectives de chacun et qu'il