‹ La logique de la poésieChapitre 20 sur 30 · Grundrlss dcr Psychologie'-, % 16 el · texte numérisé non relu

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est evidemment active et aperceptive. Entre I'une de ces operations psychiques et I'autre la frontiere est flottante. L'association passe graduellement a I'aperception comme I'inconscience a la conscience ; les relations qui existent entre les representations dans la conception associative deviennent conscientes, reflechies, dans la conception aperceptive, Et I'aperception, — ici mon expose ne vise pas a coincider entierement avec celui de Wundt bien qu'il s'y rattache, — I'aperception, dis-je, qui en elle-meme etablit simplement une relation entre des representations, comporte inconsciemment un jugement qui en devenant conscient devient par la-meme un acte logique. La conception aperceptive contient en germe la conception logique. II en resulte que la comprehension reproductive aussi bien que la comprehension productive sont en liaison etroite avec la pensee logique.

Je crois que les expressions figurees ont en vue ce genre de comprehension. Elles produisent dans le champ visuel du regard interieur un groupemeiit, un schema, une formation d'images. Ainsi par exemple une expression aussi usuelle que celle-ci : « Ici nos opinions commencent a divergers contient une metaphore qui evoque devant notre vue interieure limage d'un chemin se partageant en deux. Spencer a considere a ce point de vue quelques figures dans sa PJiilosophy of Style. Grace a elles on arrive a « economiser I'attention du lecteur », ce qui est pour Spencer le principe du bon style. Elles nous aident a grouper, a avoir une conception d'ensemble. Chez un estheticien allemand (Elster, Prlnzipien der LitleraturKvissenscJiaft , I, 358) je trouve les expressions figurees sous la rubrique. « Les formes d'aperception esthetiques », — denomination qui se rattache d'une fagon tres heureuse a la conception de Wundt. Mais elle presente I'incon-

venient qui resulte de la multiplicite des sens du mot « aperceplioii ».

Avant de considerer chaque figure a part, je dois faire observer que je n'attache pas grande importance a toutes les distinctions qu'etablissait entre elles Tancieniie rhetorique. Beaucoup de ces distinctions sont inexactes ou sans valeur essentielle. Elles sont a la fois trop nombreuses et pas assez noinbreuses; car elles n'epuisent certainement pas la matiere. Je ne considere pas non plus que la difference entre les tropes et les figures (au sens restreinl) soit suffisamment justifiee, si on les delimite de la maniere habituelle. Mais cela n'a pas d'importance pour le but que je poursuis. Je remplirais toutes les conditions voulues si je me contente de prendre en compte a peu pres toutes les figures, attendu que je dois rechercher si elles n'agissent pas toutes sur Timagination. Je les citerai tout simplement a la file; mais je tacherai cependant de les ranger de telle sorte que chacunesoit suivie de celle qui me parait sa plus proche parente. Cependant j'etablirai en deux ou trois points de la serie des frontieres que je motiverai a ces endroits.

Uantitliese.

II faut reconnaitre d'abord que c'est souvent la sensibilite qui amene la pensee de I'homme a prendre la forme de I'antithese. Un sentiment est necessairement uni a la representation, — on pourrait dire au pressentiment, — de son contraire. La loi de la relativite a

d'abord ete constatee dans le domaine de la sensibilite. La douleur que cause une perte comports de vives representations du bonheur perdu. Et le sentiment ne se contente pas d'evoquer la representation de son contraire, il a une tendance a se transformer, meme reellement, en son contraire, suivant la loi de la rythniicite : quand la joie de I'enfant s'est lassee, elle se transforaie endepit. G'est pourquoi la pensee passe en general si facilement de la pauvrete a la richesse, du calme a I'orage, etc.

Mais si la sensibilite est active dans cette operation, la faculte representative Test aussi. Car elle aussi est de sa nature et par sa naissance mSme antithetique. Elle est gouvernee par la loi de la relativite. La pensee germe pour ainsi dire entre deux cotyledons. Elle debute par I'opposition de deux termes. La conscience commence par opposer quelque chose a quelque autre chose; sur ce point la psychologic moderne s'accorde avec Hegel. Nous ne pouvons concevoir quelque chose qui ne soit pas en relation avec une autre chose, et cette relation est en definitive une opposition entre deux termes, une antithese. Voila ce que j'entends en disant que par sa naissance meme la pensee est antithetique. Je touche ici a ce point de metaphysique parce que je crois que telle est la raison derniere pour laquelle notre pensee se meut si aisement vers son contraire, meme quand la sensibilite n'y intervient pas. La representation meme de quelque chose enveloppe en soi son contraire. La representation de I'activite nous mene a celle de la paresse.

Mais que ce soit la sensibilite ou la pensee ellememe qui soit la cause d'une opposition dans le cadre de I'antithese, Tantilhese apporte avec elle la clarte. Son schema est extremement simple et intuitif. L'un des termes est eclaire par I'autre, est compris

plus aisement et plus neltement par le contraste. Le but theoretique cle I'antithese la rend particulierement appropriee a la poesie didactique. La sagesse praticjue revet cette forme. Aussi n'est-ce point un hasard si cette poesie de la Frilhiofs Saga, de Tegner, oil les peres donnent aux fils leurs derniers conseils est d'uu; bout a I'autre construite sur des antitheses.

Ne sois pas dur, roi Ilelge, niais seulenient ferme : L'6p6e qui mord le plus dprement est la plus flexible. L'esprit de douceur pare le roi comme les (leurs le bouclier,. Et le prinlemps produit plus que \e froid de I'hiver;

et ainsi pendant toute la piece. Les personnages euxmemes sont des antitheses : Helge et Halvdan, el en face de tons deux, Fritiof.

L'antithese est en fait si propre a rendre distinctes nos representations que son intelligibilite pent etre trop sechernent logique pour la poesie. Elle risque dedevenir banale. Sa sagesse pent etre un article a trop bon marche. Quand ['inspiration homeriquesommeilie, la reflexion peut toujours ajuster d'elle-meme une antithese. Meme un jeu sublime d'antitheses comme celui qu'on trouve chez Schiller sent un peu trop la reflexion ; l'antithese devient facilement la forme paresseuse ou mecanique de la pensee. C'est le fait de is conscience encore non eduquee de voir les contrastes sans voir les intermediaires et les conciliations. C'est ce que Ton constate aussi dans la litterature non murie r il faut au roman populaire son coquin en regie aussi bien que son ange immacule.

La gradation.

Cette figure elle aussi produit un etat representatil avantageux. Le sommet de I'echelle est en pleine

lumiere. On voit bien que c'est uii point culminant. Une note excellente sur un bulletin scolaire n'apparait avec toute sa hauteur imposante que quand on parcourt les nombreux degres inferieurs, comme dans cette gradation que j'emprunte a un compte rendu : « I'exposition est claire, vivante, coloree, je dirai meme captivante ». Une gradation fait valoir les nuances, marque les rangs. — Mais, comme Tantithese, la gradation est conditionnee par la sensibilite; quand le sentiment deborde, on eprouve un besoin d'expressions de plus en plus fortes.

V hyperbole .

L'hyperbole est avant tout une explosion de sentiment, cela est assez clair. II ne convient pas toujours a la sensibilite vive d'employer une expression exacte, -comme il ne convient pas au noble seigneur de compter la monnaie qu'il jette. Ilfaut a chaque chose son temps. Parce que le sentiment est tue quand la reflexion intervient. Au point de vue representatif, l'hyperbole est done soumise avant tout a cette meme exigence qui fait eviter parfois a la poesie le choix des termes ou se sent la timidite critique, — exigence qui veutque I'expression ne soit pas en discordance avec la person nalite et son emotion du moment. 11 pent arriver cependant que l'hyperbole ait aussi des visees theoretiques plus directes. Certaines representations ne peuvent etre actualisees avec une vivacite suffisante, si I'aperception ne vise pas au dela du but. Si I'on est invite a imaginer quehpie chose de « plus blanc que la neige », on court en tous cas le danger de se representer le blanc immacule plutot trop faiblement que trop vivement. L'hyperbole indique une direction : allez aussi loin que vous le pouvez de ce cote !

Le paradoxe.

La consideration theoretique dont jouit le paradoxe ne parait pas des plus brillantes. II produit un certain effet, mais on ne le considere pas comme un moyen bien recommandable au service de la verite.

Et il merite aussi dans une certaine mesure cette mefiance. G'est qu'en effet il apparait souvent sous des formes peu sympalliiques. Le paradoxe pent etre une des figures les plus mediocres, mais aussi I'une des plus excellentes, suivant qu'il sonne faux ou qu'il sonne A'rai. En tant que faux, c'est une verite apparente; en tant que vrai, c'est une contre-verite apparente.

Le paradoxe de la premiere categoric peut etre assez bon comme jeu de societe. II peut petiller d'esprit. On se contente alors de jouir un instant d'une combinaison bardie, audacieuse. On ne regarde pas de trop pres si le paradoxe supporte I'examen. II apparait comme une verite pendant quelques secondes, et on n'en demande pas davantage. Mais il a besoin, pour ne pas fatiguer, d'etre releve par de la verve ou de I'enjouement. « Si les gens savaient combien le cognac est bon pour la sante, ils en boiraient jusqu'a en mourir » ; — ce n'est point la un paradoxe de bon aloi, mais il faut tenir compte non seulement de ce qu'il a de paradoxal, mais aussi de ce qu'il a de comique, — le meme genre de comique dont Kant trouvait I'expression typique dans la phrase sur « un couteau sans manche auquel manque la lame ».

Le paradoxe juste doit etre parfaitement vrai une fois qu'on I'a compris comme il faut. « Ma lettre s'est allongee:... je n'ai pas le temps de la faire plus courte »; cela est vrai au fond, attend u qu'une lettre plus courte peut prendre un temps plus long. G'est

comme une dissertation que Ton a redigee avant que le sujet ait pu etre suffisamment eclairci. Nous avons encore un paradoxe vrai dans cette phrase du Peer Gynt d'Ibsen : « etre soi-meme c'est se tuer soi-meme » ; c'est la meme verite que la Bible exprimait ainsi : « Quiconque vit doit etre mort. »

Si I'absurdite apparente d'un paradoxe peut apparaitre comme une verite apres reflexion, cela tient a ce que nous nous sommes accoutumes a considerer comme inseparables des notions qui ne le sont pas. Des phenomenes qui s'accompagnent generalement sont si etroitement conjoints dans notre imagination que nous ne nous les representons plus separes. Une liaison de ce genre s'est etablie entre un temps long et une lettre longue, bien que cette proportion soit toute fortuile. De meme entre le respect de son moi et I'egoisme. L'expression « etre soi-meme » entraine aisement ce contre-sens qui a etc si fatal a Peer Gynt; elle devient synonyme de « sesuff ire a soi-meme )).Les tendances idiopathiques ont ete plus remarquees lorsqu'elles sont entrees en conflit avec les tendances sympathiques ou ideales^ que quand elles se sont manifestees comme un besoin d'harmonie interieure, de developjjement interieur, comme un besoin d'actualiser sou idee. C'est pourquoi on s'est habitue a considerer toules les tendances idiopathiques comme etant egoistes dans I'acception usuelle de ce mot. Des lors on comprend qu'il ait paru etrange d'entendre dire que le respect dii moi pouvait avoir quelque chose a faire avec i humilite, I'esprit de sacrifice, et meme avec le renoncemeat a soi. Et cependant la chose est tres simple. Et celui qui pense ainsi est oblige d'operer un renveri-ement des valeurs et des termes et de s'ex-

1. Voir mon Lin-ohok i psykologi (Manuel de psychologic), p. 36.

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primer d'une fagon paradoxale. La mission du paradoxe est de briser les groupes associatifs errones qui se sont inveteres dans les esprits. II leur porte un coup vigoureux, presque violent. 11 nous contraint a voir les choses sous un angle nouveau, — si du moins nous ne nous detournons et ne haussons pas les epaules en presence de telles absurdites. Est-il besoin ^'ajouter qu'un pardoxe soutient la memoire et y grave profondement une sentence ? Qu'on pense a des formules telles que : credo quia absurdiun ou : credo, ut intelligain. On ne saurait nier cependant qu'il se trouve parfois, meme dans le paradoxe vrai, un certain entetement a aller directement a I'encontre des fagons habituelles de s'exprimer. II se fondesurle double sens de quelque terme. Le mot « soi-meme » dans le vers d'Ibsen, est d'abord synonyme du moi meilleur, et dans le second emploi, synonyme du moi plus mauvais. Un logicien scrupuleux souhaiterait peut-elre que ces doubles sens fussent expressement signales afin de ne pas compliquer inutilement la pensee. Je concederai volontiers moi aussi que des paradoxes qui paraissent inutiles deviennent par la-meme insupportables, je veux dire quand ils veulent ^tre pris an serieux. Mais je ne crois pas qu'on doive toujours considerer une expression comme peu correcte parce qu'elle n'est peutetre pas assez explicite et circonspecte. On a le droit de sousentendre ce qu'un etre doue de reflexion pent comprendre de lui-meme. II faut recourir souvent a I'adage sat sapienti. Sans quoi un expose serait a la fois ennuyeux et obscur, c'est-a-dire non intuitif. Un^ lacune dans I'argumentation est toujours une faute de logique quand elle signifie une lacune dans la suite desi dees. Mais si la pensee, par un saut vigoureux, fait pour ainsi dire plusieurs pas en un seul et si I'expression se ressent de cet elan, le procede n'en est pas

moins logiqiie. L'argumentation euclidienne prend son temps, mais ce n'est pas toujours un raisonnement ideal qui marque chaque premisse at chaque conclusion nouvelle. La logique, selon moi, n'a pas assez pris garde qu'au contraire nous nous exergons sans cesse a abreger la demonstration en appuyant sur certains points importants et en passant rapidement sur les autres, Meme quand ii s'agit d'enseigner la geometric d'Euclide, on peut amener I'eleve a mieux « voir » la preuve en la condensant sous une forme moins circonstanciee, Les deductions abregees appartiennent aussi aux formes logiques autorisees, et I'art de penser comme celui d'exposer consistent pour une bonne part dans I'aptitude a employer ce moyen. Mais des lors la barriere est enlevee. II peut etre arbitraire de fixer une limite precise. Le chainon intermediaire qui est necessaire a I'un pourrait n'etre qu'un obstacle pour I'autre. Et la concision paradoxale, que d'aucuns jugent desagreable et insolente, est peut-etre pour d'autres naturelle et juste a point. Le poete, en ce cas, agit comme il I'entend. C'est son privilege d'ecrire avec plus de liberte souveraine. Mais je presente ces excuses en faveur du paradoxe pour qu'on lui rende plus de justice, meme quand il se presente en dehors de la litterature.

II semble presque qu'il soit parfois impossible d'eviter le paradoxe. Certaines verites doivent revetir cette forme. Precisement les verites les plus hautes. Quelqu'un a dit que dans I'estlietique cela seul est vrai dont le contraire est egalement vrai. II y a beaucoup de verite dans cette parole. 11 ne faut pas que Tart ait pour but d'instruire, cela est vrai. Et pourtant je voudrais soutenir en meme temps, la these diametralement contraire; parce que Tart n'instruit jamais si bien que quand il n'a pas pour but Tinstruction.

De meme qii'en general il realise le mieux ses tendances quand il n'a auciine tendance. La contemplation estlietique embrasse Tensemble, et elle se repose dans le detail. Plusieurs font beaucoup de bruit autour de contradictions de ce genre et s'y arretent avec une certaine satisfaction, au lieu de chercher a les expliquer et a les resoudre en une verite simple : un paradoxe est d'autant meilleurqu'on I'a mieux penetre etqu'on s'en est mieux libere en le penetrant.

Ce n'est nullement par hasard qu'un element de paradoxe se manifesto precisement dans les verites supr^mes. Tant qu'on s'en tient aux verites courantes, aux opinions aisement accessibles a tous, on se sert de notions qui sont assez claires pour la generalite des esprits. Mais a mesure qu'on s'ecarte des idees communes, on penetre dans un domaine de distinctions qui ne sont pas claires pour la conscience de tous. G'est ce qui arrive pour les questions d'esthetique auxquelles nous faisions tout a I'heure allusion. Les opinions contradictoires sur la valeur instructive de I'art se concilient si Ton veut bien eclaircir la notion d'instruction. Quand I'art vise a enseigner, il a oublie son role propre, qui est de nous mettre a meme de voir intuitivement, pour le role beaucoup plus restreint qui est de nous comniuniquer un savoir abstrait. Ce qu'il nous enseigne alors parait plus important, mais c'est au fond peu de chose. Quand on songe a cela, la contradiction s'evanouit. II en est ainsi de I'incompatibilite apparente entre la fierte et I'humilite, entre la culture du moi et I'abnegation. Le vrai supreme, le bien supreme, le beau supreme paraissent constituer une unification de notions opposees que nous n'avons pas I'habitude d'unifier.

La co'incidentia oppositorum^ dit Nicolas de Cusa, « est le mur qui enclot le Paradis, oii Dieu habite ».

Et cela est assez vrai. A I'interieur de cette frontiere des « coincidences », tout est change. Les sages seuls y parviennent, — qu'ils y soient venus avec leur ingenuite ou avec leur savoir. Ce qui est vrai dans cet enclos n'est pas vrai chez nous.

On pent trouver dans cette coincidence un fait de metaphysique. L'existence est peut-etre organisee de telle sorte qu'elle est en elle-meme une unification de contradictoires. Pour rnon compte je considere jusqu'a nouvel ordre la coincidence surtout du point de vue logique. Si nous ne la comprenons pas, cela tient a notre conception imparfaite. Nous ne sommes pas alles assez loin dans les distinctions de concepts. On pent y remedier par I'enseignement, mais par malheur la difficulte git precisement dans cet enseignement. II y a des choses qui resteront necessairement un secret, une contradiction.

II y a pour le non initie bien des paradoxes qui n'en sont pas. Lorsque Kant a dit que ce n'est pas notre entendement qui se conforme aux choses, mais les choses qui se reglent d'apres notre entendement, il a exprime une pensee qui etait pour lui une simple verite et qui ne pouvait s'exprimerautrement : tel Gopernic mettant le soleil au lieu de la terre au centre du monde. On trouverait a de tels « paradoxes » bien des analogies. Et en effet tout ce qui est au plus haut degre nouveau, tout ce qui fait epoque doit sembler paradoxal. Aussi la mefiance a Tegard du paradoxe me parait-elle dangereuse pour la seule raison qu'elle s'en prend souvent a ce qu'il y a de plus precieux parmi les nouveautes.

Ainsi done, si le paradoxe, comme je le disais au debut, pent etre une des figures de style les plus miserables, il pent etre aussi une des plus excellentes. II peut nous arriver comme porteur de la grande verite. Et il a sa forme la meilleure quand il manifeste le de-

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sir d'etre penetre et reconnu pour une verite, Un livre peut bien commencer par un paradoxe, mais il doit finir par une simple verite, qui n'est pas autre chose que le paradoxe eclairci.

'L'o.rymore est voisin du paradoxe. L 'expression « un silence eloquent)) n'enferme qu'une contradiction apparente.

Vironie. La litolc. La pretention.

L'ironie fournit une preuve indirecte. En admettant comme juste I'idee absurde, on fait eclater aux yeux son absurdite. L'ironie s'accompagne d'un effort intense pour demontrer, pour eclaircir quelque chose.

« Non loin de l'ironie, dit M. Gederschiold ', se place la litote, c'est-a-dire I'emploi d'une expression faible, et notamment negative la ou on attend une expression forte, et oii par suite I'expression faible non seulement surprend mais produit plus d'effet que ne Taurait fait I'expression forte attendue. En general la litote s'accompagne d'un ton de superiorite blasee. » Exemple pas bete (pour : tres intelligent); Une le deteste pas (pour: il I'aime beaucoup).

La preterition {ou parallpsis), autrement dit le procede de rhetorique qui consiste a passer quelque chose sous silence ou a la mentionner negligemment donne du relief a certaines representations. « Celui qui parle presente une chose comme ayant si peu d'importance qu'il ne veut pas s'y arreter. Mais si ce qu'il veut (ou fait semblant de vouloir) passer sous silence apparait neanmoins comme nuUement negligeable, ce procede donne plus d'importance au point oii il veut en venir. )) (Gederschiold, op. cit., p. 233.)

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