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LES FIGURES POKTIQUES 145

trer comme quoi une description prend naturellement la forme de la synecdoque. Seulement nous ne remarquons pas toujours ce trope quand il n'a pas regu la meme richesse, la meme allure litteraire — purement litteraire — que dans les brillantes pages de Taine.

Mais la synecdoque est tout specialement un procede pedagogique. G'est le trope de I'exemple, que celui-ci soit donne sous forme de mot, d'action ou de symbole. Le pere qui voulait enseigner I'union a ses enfants par I'exemple du faisceau de baguettes, imprima dans leur memoire un fait particulier, un detail, sachant bien que ce detail declencherait les representations et les pensees qu'il avait entendu y associer. La synecdoque est, d'unefagon generale, la vraie forme de la concentration pedagogique. La somme des objets d'instruction augmente sans cesse, et I'ecole doit s'el'forcer de suivre cet accroissement. EUe a a choisirentredeuxmethodes, dont Tune consiste a enseigner tout, mais d'une fagon schematique, I'autre a enseigner des particularites choisies, mais riches de sens. Gette derniere methode parait avoir pour consequence necessaire des exposes incomplets; mais il n'en est pas ainsi si les details sont choisis sur le modele de la synecdoque : ils representent alors tout ce qu'on a du exclure.

StCONDE PARTIE

Lcs Images.

Je comprends sous cette denomination les tropes qui se fondent sur un rapport de ressemblance : comparaisons, metaphores, symboles, allegories, personnifications. Les differences entre ces categories d'images ont peu d'importance pour mon dessein.

II est dans la nature des choses que les images doivent echanger :

1° Le physique contre le physique^ par exemple quand la colonne de fumee du Vesuve est comparee a un pin parasol;

2° Le moral contre le physique; exemple : la glace du coeur se mettant a fondre;

3" Le physique contre le moral; exemple : le vent soupire;

4° Le moral contre le moral; exemple : 0 douleur, forte comme la mort. (Gf. CI. Wilkens, Poesien.)

Nous nous demandons aussitot quel est le role des images au point de vue theoretique. L'idee qui nous vient immediatement a I'esptit, c'est que la chose moins connue nous est rendue plus claire quand on la compare a ce qui est plus connu.

Tel est aussi le cas bien souvent. L'agriculteur comprend facilement des images empruntees a son milieu, et quand le marin entend employer dans un sens moral les termes de son metier, il s'y reconnait mieux que si on lui parlait sans figure. Gependant, ce n'est pas une loi absolue que I'image doive recourir a une representation plus connue. Une comparaison pent etre en elle-meme evocatrice et apte a projeter de la lumiere. C'est le cas, par exemple, pour cette image du poete Tegner :

... et silencieuses comme des prgtres d'Egypte, Les ^toiles commencerent leur cortege.

Le critique Palmblad trouve la comparaison absurde par la raison que nous connaissons tous beaucoup mieux la marche des etoiles que les pretres d'Egypte, et une telle critique est de nature a nous 6ter une fois pour toutes la confiance en celui qui I'a faite. Tout le monde comprend que « cette image fortifie I'impression de la marche lente des etoiles sur le firmament ». (Ljunggren, Tegners bildsprdk^ p. 14.)

Que I'image puisse etre un moyen provisoire d'obtenir une representation plus claire d'un objet eloigne a I'aide d'un objet plus proche, cela est incontestable, mais elle a sa vraie raison d'etre dans le fait que m6me

ce que nous avons journellement sous les yeux et que nous connaissons de point en point ne se laisse pas toujouis saisir d'ensemble et retenir par noire imagination representative. II en est ainsi du mouvement des etoiles sur la voute celeste. En fait, nous ne pouvons pas contempler immediatement ce mouvement a cause de sa lenteur. Nous pouvons seulement, apres des intervalles assez longs, constater par des comparaisons avec des observations precedentes que les etoiles se deplacent. Et pourtant elles ont continue a se mouvoir sans interruption; et qu'on disc ce qu'on voudra, I'image des pretres egyptiens nous aide a nous representer leur marche silencieuse.

Les vers suivants de Lenau, traduits en suedois par Eroding, ne nous decrivent pas des phenomenes plus inaccoutumes :

Sur la face du ciel chemine lourdement une pens^e,

Une colonne de nuage, aux bords de cuivre, grise et blanche,

Et cetle masse se lord au vent, gaet la,

Comme un malade de I'dme sur son litde souffrances.

Mais, meme si Ton s'attache seulement au cote descriptif de cette poesie, elle rend une si riche complexite de phenomenes qu'il est tres difficile de maintenir uni un tel groupe sans le secours vigoureux donne ici par le poete.

G'est a cause de notre incapacite a former des syntheses que I'image devient necessaire pour notre activite theoretique. Au reste, il n'y a pas aujourd'hui d'homme competent qui ne tienne pas compte de ce fait. En particulier les linguistes ont attire I'attention sur ce que les mots isoles eux-memes et un grand nombre d'expressions usuelles sont originairement des images, des metaphores : blanc comme neige, un discours saisissant, un spectacle edifiant, etc.

C'est pourquoi on ne saurait, je crois, signaler un seul cas ou une image ne vise pas a rendre plus claire la representation. On a pretendu, meme dans une des etudes les plus recentes^, au sujet des metaphores ou un terme materiel est compare a un terme spirituel, que ces metaphores ne serventnaturellement pas « a la clarte de la representation, mais seulement a la vivacite de I'impression, du sentiment »; mais je ne puis approuver cette these. Les exemples que choisit I'auteur ne confirment pas, selon moi, son assertion. L'un est tire du Juif Errant de Lenau :

Pour des pelerins pensifs le monde primitif a laiss^, Epars daas cette vallee, ses reves p(^trifi6s 2.

Ces reves petrifies signifient ici des blocs erratiques. Je ne vois pas d'autre explication, sinon qu'il s'agissait pour le poete de faire retenir la representation de la haute antiquite de ces blocs de pierre. Nous aurions pu rester en contemplation devant eux en nous repetant com])ien il est merveilleux qu'ils datent d'une epoque aussi reculee, sans que tous nos efforts eussent reussi a nous faire embrasser vraiment du regard toute la suite des ages. L'image, me semble-t-il, nous aide a sortir de peine, et nous permet de nous reporter a ces temps prehistoriques qui ont abandonne ici un fragment de leur reve ; le lien entre le passe et le present se trouve none. 11 en va de meme de cet autre example de Heine :

Comme des r6ves obscurs, se dressent Les maisons en longues files ^...

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