‹ La logique de la poésieChapitre 24 sur 30 · Wie dunkle Trdame stehen Die Hdaser in langer Eeih · texte numérisé non relu

Wie dunkle Trdame stehen Die Hdaser in langer Eeih

Grdce a I'image, la vision devient beaucoup plus intuitive.

Nous traitons ici de I'image en tant qu'elle rend visible le moral au moyen du physique.

Gomme les etymologistes peuvent nous I'apprendre, tons les mots et expressions qui ont une signification morale designaient a I'origine une chose materielle, par exemple coinprendre^ penser, se representer^ etc... En fait, toutes ces expressions sontfigurees, metaphoriques, bien que I'image se soit decoloree. Dans ce domaine la metaphore est le seul moyen d'expression. Gependant nous devons faire une distinction entre differents degres dans la qualite metaphorique des figures. Ainsi I'expression « repousser une objection », — deja sensiblement plus metaphorique que « refuter une objection », — pent etre transposee en images plus vivantes, plus frappantes, de fagon a constituer une petite scene ou deuxadversaires luttent avecdes amies immaterielles et oil I'un d'eux finit par « faire avancer la grosse artillerie » de ses arguments. En disant que la philosopliie est « subordonnee » a la theologie, on emploie une image, coninie quand on dit qu'elle est « la servante de la theologie » ; mais seule cette derniere expression serait coiisideree par le langage courant comme metaphorique. II convient, selon moi, de distinguer ici entre les metaphores fondanientales et les images proprement elites. Si I'expression imagee d'une notion morale est reduite a la forme la plus decoloree, la plus neutre, il nous reste la metaphore fondamen. tale : le verbe comprendre en est une.

Cette distinction a une certaine importance si Ton veut eclaircir ie rapport de la pensee logique avec I'image. La philosophie, qui doit chercher a amener a une forme logique nos conceptions du psychique^ en vient naturellement a se demander dans quelle mesure cette forme est compatible avec la qualite metaphorique; cette question a ete examinee dans une etude speciale de M. Rudolf Eucken, Ueber Bilderund Gleichnisse in cler Philosophie (1880). J'ajouterai quelques remarques a cette etude.

Je vais droit a un point ou je croistrouver la divergence essentielle entre I'opinion deM. Eucken et celle que je suis dispose a adopter.

A I'occasion des dangers que les images, — malgre la grande importance qu'il leur reconnait, — presentent pour la reflexion, M. Eucken remarque que ces dangers ont leur raison d'etre dans la nature generale de notre pensee. « G'est, dit-il, une question depuis longtemps debattue de savoir si la reflexion peut d'une fagon generale se tenir affranchie de representations sensorielles, et nous ne saurions contester que la pensee, consideree c<Dmme phenomene psychique chez I'individu isole, ne se libere jamais completement des images. Mais d'autre part, nous sommes persuade que toute science, et particulierement ce qu'il y a d'universel et de necessaire dans la science, depend de ce que la reflexion cree des concepts purs avec lesquels elle opere. » II n'est done pas heureux, d'apres M. Eucken, que la discussion philosophique porte souvent sur des images et que ceux qui veulent montrer les defauts d'une image s'efforcent de remedier a ces defauts ou presentent en echange une nouvelle image. Un exemple entre mille nous est donne par la comparaison de I'ame a une tablette de cire sur laquelle les objets laissent leur empreinte comme des cachets.

Gette image courante qui date du temps de Platon et d'Aristote est incontestablement grossiere, comme I'observe Eucken, et elle a entraine la conception d'apres laquelle I'ame recevrait passivement son contenu du dehors. Gependant elle marque un progres essentiel si on la compare a I'image immedialement anterieure, adoptee dans la jeune ecole ionienne, et d'apres laquelle de petites parcelles de I'objet pergu passaient litteralement, materieilement, dans Fame du sujet percevant et se melaient aux propres elements de cette ame. Dans la theorie d'Aristote ce n'est pas la matiere qui est ainsi transportee, mais seulement la forme. Neanmoins cette nouvelle conception meme est grossiere, et I'image a ete justement ciitiquee. Les adversaires, dit M. Eucken, n'eurent pas de peine a montrer que par cette image « I'intimite des processus intellectuels n'etait pas exprimee et que la fusion du multiple dans I'unite, la penetration reciproque des divers elements ne pouvaient, en partant de la, etre rendues comprehensibles ». En essayant d'indiquer ici les moments de I'activite de I'&me que neglige I'image ancienne, il me paraitque lui-meme emploie le procede centre lequel il veut mettre en garde et introduit de nouvelles images, car « la penetration reciproque » est aussi une image. Gependant il fait observer encore comme quoi les critiques en question, pour faire ressortir I'activite spontanee de Tame, se sont represente le developpement de la connaissance comme un ressouvenir ou un reveil. Mais cette image non plus n'esl pas adequate. Le reveil se fait subitement, mais I'eveil de la connaissance est lent, etc.. Ges deux images ont, selon M. Eucken, le meme defaut : elles presentent le contenu dela connaissance comme « une chose donnee a I'activite » [ein der Thatigkeit gegehenes)\ la discussion porte seulement sur le point de savoir si ce

contenu vient du dehors ou du dedans. Gelui qui voudrait pretendre que le contenu prend naissance avec I'activite meme de I'ame, aurait a repousser les deux images. « Quant a representer son opinion (meme approximativement), par une comparaison, il y devrait renoncer, car la vraie spontaneite ne saurait, non plus que la liberie, etre rendue visible a Tesprit par des analogies empruntees au domaine des sens. »

Nous devons ici nous demander d'abord si on pent jamais se passer de la metaphore fondamentale, et ensuite si Ton doit meme eviter de donner a la metaphore fondamentale une plus grande plenitude d'image.

Je suis convaincu que la metaphore fondamentale €st indispensable non seulement pour la communication de la pensee mais pour Facte meme de penser, Les mots les plus abstraits que nous puissions employer pour exprimer une idee comportent cependant un schema d'ordre sensible, quelque rapport de lignes ou de points. Celui qui veut bien s'observer lui-meme quand il pense le mot « contraste », constatera qu'il se represente quelque chose qui va a I'encontre d'une autre chose. Mais les deux termes opposes n'ont pas besoin de prendre la forme concrete de deux adversaires plantes face a face ou de deux couleurs antagonistes placees I'une pres de I'autre : on se borne a se representer que quelque part en un point il y a comme une tension de deux forces opposees ; ce schema n'a forme ni ombre, mais pourtant il existe. 11 en va de meme pour les notions d'unite et de multiplicite. Et il en est de meme encore si nous disons qu'une chose est sans contradiction ou manque de multiplicite. Alors nous nous servons d'un schema en ajoutant que tels et tels elements doivent etre elimines. Personne ne pent penser aucune de ces notions sans avoir un schema dans son introspection.

Mais, — et ceci est tout different, — nous pouvons et devons necessairement nous representer qii'il existe quelque chose a quoi ne correspond aucune analogic sensible. C'est juslement la ce que Fichte veut demontrer au sujet de la liberie, — cetLe notion que, dans le passage cite plus haut, M. Eucken considerait comme ne pouvant pas etre rendue directement perceptible au moyen d'une analogic tiree du monde des sens. La liberie, d'apres Fichte, est complelement en dehors du monde phenomenal de I'espace et du temps. Des que nous nous imaginons I'acle de liberie comme engage dans le temps, il devient une conlradiction. Dans la mesure ou M. Eucken a voulu dire cela, son assertion contient une verite metaphysique. Mais M. Eucken en a fait une application methodologique erronee. Car pour prouver que I'acte de liberie n'est comparable a aucun schema d'ordre sensible on a besoin de recourir dans cette demonstration a des analogies sensibles. G'est ce que fait Fichte. Sa deduction, dans I'ensemble, invite a une construction graphique. Dans ses propositions sur le moi qui se pose lui-meme ou qui pose en face de lui un non-moi, le schema sensible est si evident que le debutant ne pent s'empecher de voir toute cette scene d'une fagon assez concrele ; et cela parce qu'en realite le schema n'est pas devenu suffisamment clair : il est trop schemalique pour reproduire, sans que la reflexion personnelle s'y ajoute, les actes qu'il designe.

C'est aussi conformement a ces principes que Fichte dans ses Discours a la nation allemande attache tant d'imporlance a ce que nous prenions conscience de la signification primitive des mots. II considere, comme on le sail, que la nation frangaise, qui s'est approprie une foule de racines d'une langue etrangere, a perdu par la le lien avec les representations

originelles qui sont a la base des mots, par suite de quoi toute sa fagon de penser est devenue abstraite, tandis que les peuples germaniques ont toujours ele a meme de s'abreuver a la source de rintiiilion immediate. Bien que je ne croie pas a cette theorie de psychologic ethnique et que je ne m'inquiete pas de trancher la question de la superiorite respective des Allemands ou des Francais, je considere que Fichte a touche ici du doigt la condition vitale de toute culture^ et que s'il y avait une nation dont I'introspection ne serait pas assez vigoureuse pour parvenir a des images sensibles et claires, cette nation serait plus ou moins etrangere a la culture spirituelle et demeurerait attachee a tout ce qui est exterieur dans la science, dans la morale, dans Tart; en un mot, cette nation serait exclue de la philosophie, en prenant ce terme dans son acception la plus centrale et en meme temps la plus large. Ce que je viens dire s'applique aussi a i'individu qui souffre d'un tel manque.

Un grand avantage est obtenu si I'ecole pent elever ses eleves a une plus grande conscience etymologique* ; des lors ils n'emploient plus des mots ni des tournures a I'aveuglette. Je pretends qu'un individu ne saurait recevoir une education logique s'il ne s'accoutume pas a des constructions de iignes dans le champ de la vision interieure ; car alors il n'est pas dresse aux mille et mille distinctions elementaires que d'autres font sans cesse chaque fois qu'ils emploient un mot ; il est perpetuellement expose a commettre des bevues ; il n'est pas theoretiquement sensible.

Ge que je veux done maintenir avant tout, c'est que la metaphore fondamentale est indispensable. Mais je

1. Je parle des mots qui expriment des notions d'ordre psychique ; les termes qui designent des phenomenes physiques ont en general une signification trop claire pour pouvoir fitre troubI6e.

ne considere nullement que la pensee soit necessairenient moins claire si la metaphore fondamentale recoit sa pleine valeur d'image : au contraire.

Une bonne image rend plus claire la metaphore fondamentale. Pensons par exemple a I'image par laquelle Plotin veut exprimer comment I'absolu, sans qu'aucune de ses parties se dissipe par emanation, pent etre la cause de tout : c'est celle du soleil qui rayonne sa lumiere sans rien perdre. Laissant de cote Tinexactitude de cette theorie physique, nous reconnaitrons que i'image choisie par Plotin est bonne et exprime sa pensee d'une fagon claire. Si cette idee elle-meme est insoutenable, la faute n'en est pas a I'image, mais si I'inconsistance de I'idee saute aux yeux, le merite en revient a I'image. Une pensee obscure se retranche volontiers derriere des metaphores plus incolores. C'est pourquoi les images ont joue un si grand r6le en philosophic. En realite la discussion roule toujours sur une image. Et il n'y a pas lieu de le deplorer. II ne peut en etre autrement. Si une image nous parait trop grossiere, il faut lui en substituer une autre plus adequate. La lourdeur et I'inexactitude ne resident pas dans I'image m^me en tant qu'image; mais quand elles existent dans la pensee, elles sont mieux revelees par I'image que par des expressions plus neutres.

Cette question, comme on le voit aisement, est liee de la facon la plus intime a celle de la nature du concept. Au fond de la these de M. Eucken il y a une facon de comprendre le concept que je ne puis considerer comme juste.

Le defaut de I'opinion courante adoptee par M. Eucken au sujet de la nature du concept consiste, selon moi, en ce que Ton s'est attache tout d'abord au contenu figure du concept, si je puis ainsi dire, et qu'on a considere la nature de ce contenu comme ayant une im-

portance essentielle. Ainsi on a observe avant tout que les images representatives concretes, par exemple celles de certains animaux, s'affaiblissent et se schematisent lorsque nous voulons nous rcpresenter un animal en general. II semble que le contenu sensible et concret de la conscience doive s'eliminer dans la formation du concept. En effet, celui-ci ne doit admettre que ce qui est semblable et commun. On reconnait generalement que ce residu commun ne pent etre distille a I'etat de purete parfaite et se trouve toujours additionne de quelques elements concrets ; mais on incline a penser que plus ces survivances sont reduites, plus le concept est pur. Et si Ton considere seulement le contenu figure ou schematique, je trouve que cette opinion est a la fois naturelle et necessaire. IVlais alors on est conduit a exiger une epuration des concepts poussee jusqu'au point oil le concept cherche a s'emanciper totalement du concret, et Ton tombe par la sous la critique que Berkeley adressait a I'abstraction. Gar on doit accorder tout au moins a Berkeley que le general ne pent etre represente comme separe du concret : nous ne pouvons nous imaginer un triangle qui ne serait ni rectangle, ni isocele, ni scalene ; nous n'avons pas de representations abstraites dans ce sens.

Mais en fait il n'est pas d'une importance essentielle pour notre comprehension du concept que le contenu figure soit plus concret ou plus schematise (Voir mon Manuel de Psychologies § 13, iv). C'est la distinction entre I'essentiei et I'accidentel qui est le veritable contenu d'un acta aboutissant a un concept; cet acte est essentielle ment un acte de jugeinent. Si Ton maintient ce point de vae, la concretion et Tabstraction ne sont plus en conflit. On n'a pas besoin des lors d'exiger que I'accidentel soit tenu a I'ecart de la representation. II pent fort bien se trouver present sous une forme assez

abregee, parce que parfois il n'est pas besoin d'une forme plus complete. Nous sommes si familiarises avec certains groupes de representations qu'il suffit a notre pensee de les effleurer en toute hMe pour que nous sachions tout de suite de quoi il s'agit. Nous n'avons pas besoin de nous representer toute la serie des mammiferes chaque fois que nous parlous d'eux. Mai& ilne s'ensuit pas necessairement que nous commettions une faute si notre pensee reussit a apercevoir en un clin d'oeil un peu plus que le strict indispensable. Et precisement quand nous voulons constituer une notion nouvelle ou considerer une notion dans un rapport nouveau, nous devons la rafraichir. La plupart du temps notre pensee suit les chemins connus, et alors il est naturel et commode qu'elle opere avec un contenu figuratif reduit. Mais quand il s'agit de penser quelque chose de nouveau, il faut une plus grande richesse. Pour etablir une distinction nouvelle entre I'accidentel et I'essentiel, il est necessaire de convoquer I'accidentel et de le passer en revue. Et c'est aussi pourquoi, comme le constate M. Eucken, « ce sont principalement les grands penseurs positifs, les grands esprits createurs c^ui se servent volontiers d'images ».

11 y a entre les metaphores fondamentales et les images le meme rapport qu'entre I'abstrait et le concret. L'image a la metaphore fondamentale pour dessin de fond, mais contient en outre beaucoup d'elements non essentiels. On peut demander avec raison que la pensee soit libre vis-a-vis de ces elements ; — mais non pas, selon moi, en eloignant leur representation de la conscience, mais en les tenant a part de I'essentiel au moyen d'un acte de jugement. Si ce discernement n'a pas lieu, l'image est nuisible a la pensee, que la faute en soit a l'image elle-meme ou au iecteur. Si l'image n'est pas parfaitement juste, son centre de gra-

vile reposera sur un element non essentiel. Et, d'autre part, il peutarriver que rintelligence du lecteur ne soit pas assez eduquee pour discerner entre Tessentiel et I'accessoire dans une image. Tout le monde n'a pas I'oeil suffisamment sensible aux analogies eloignees pour faire ce discernement. Si done nous ne rencontrons pas le veritable point de ressemblance, nous irons chercher la ressemblance dans les accidents.

II faut rendre a la metaphore fondamentale et a Timage ce qui appartient a chacune. II est dangereux en general de s'en tenir a I'expression la plus nue. Derriere elle on est, il est vrai, bien protege contre un adversaire, mais on Test mal contre I'erreur. Les expressions abstraites doivent pouvoir etre eclaircies par des exemples ou des images. Et Ton ne doit pas oublier qu'une image est en meme temps un exemple. La relation qu'exprime une metaphore fondamentale se retrouve dans d'innombrables faits concrets dont I'un est rendu par I'image. D'autre part on ne doit pas non plus, dans un expose scientifique, sarreter a I'image, mais on doit chercher a la reduire a une metaphore fondamentale, si Ton veut absolument satisfaire a toutes les exigences, et si on le peat. Je dois avouer pour mon compte qu'une bonne image me parait en general suffisamment claire; il n'est pas dit qu'on ne perde pas quelque chose quand on reduit I'image a une forme plus etriquee.

Le rapport de ressemblance qu'exprime une image peut etre plus ou moins eloigne de I'identite parfaite.

M. Hoffding' pose les degres suivants : 1" la ressemblance adequate, qui est a la base de reconnaissance pure et simple; 2' la ressemblance de qualite, dans laquelle certaines particularites seulement sont communes, par exemple m6me couleur, meme odeur ou meme forme; 3" la ressemblance de relation ou analogic. On ne saurait tracer de frontiere nette entre ces trois sortes de ressemblance, mais elles designent des points essentiels sur I'echelle graduee. La ressemblance adequate est rarement ou, en principe, n'est jamais complete. Quand je reconnais une personne, tous ses traits ne sont guere les memes, et en tous cas intervient une difference de temps etd'espace. L'image en cire d'une personne, si fidfele qu'on la prend pour la realite, offre, cela va sans dire, une ressemblance adequate; mais une image parfaitement fidele que je sais etre une image, un bon portrait, n'a qu'une resbiance de qualite avec I'original. Plus lointaine est la ressemblance entre la colonne de nuage d'un volcan et la oiuie d'un pin. Encore beaucoup plus lointaine est la similitude que Fritz Renter decouvre entre les quatre membres de la famille Pomuchelskopp et le chiffre 1822 ; cependant elle est de meme nature et pas beaucoup plus lointaine que celle qu'un enfant croit decouvrir entre la lettre Z et une oie. « Le bouleau, vierge aux cheveux flottants » — cette image se fonde elle aussi sur une ressemblance de forme, c'est-a-dire de contour et de maintien, ainsi que de mouvement, mais la ressemblance est si eloignee qu'en fait c'est une simple analogic. 11 en est de meme, a un plus haut degre encore, de la « ressemblance d'impression * », qui vient s'ajouter aux autres : il y a une ressemblance

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