‹ La logique de la poésieChapitre 29 sur 30 · LA PERSONNALITE 18S · texte numérisé non relu

LA PERSONNALITE 18S

dune facon une avant d'etre compiis d'une fagon personnelle. Un soi-disant etat emotif de Tame qui n'a pas regu la plenitude individuelle n'est pas un veritable etat de sentiment. Ses ingredients ne se sont pas rassembles en un tout. C'est pourquoi tout esprit a la i'ois sensible et sincere s'efforce d'instinct de parvenir a cette conception personnelle. U sentau fond de lui ([u'il nest pas arrive au bout avant d'etre parvenu la. Et il en est ainsi meme s'il s'agit de choses qui sont en soi impersonnelles- Gar meme celles-la sont en definitive en relation avec la personnalite. Nous n'avons pas toujours besoin de les considerer dans cette relation. II ne serait pas bon qu'un naturaliste, un geographe, un sociologue, etc., se tinssent pour obliges de les considerer toujours de la sorte. Mais a mesure que nous voyons les choses de haut et en grand, nous les voyons en relation avec la personnalite. Pour moi du moins, je suis absolunient certain que la necessite d'une empreinte personnelle en poesie est en connexion etroite avec la necessite d'une conception synthetique de la vie.

II est certain en tout cas qu'on ne saurait etre indifferent au rythme,a I'intonation dans un expose ; et cela meme s'il s'agit d'un expose scientifique et pedagogique, — je n'ai pas besoin de parler des exposes artistiques. Ce n'est pas par souci de I'emotion et du sentiment que je presente cette idee et cette exigence ; car je sais bien que beaucoup considereraient que si I'emotion est eliminee, la perte n'est pas grande. Mais je vols la chose d'un point de vue purement intellectuel, explicatif. 11 y a des choses qui ne peuvent se dire sur n'importe quel rythme. Avec quelle delicatesse doit proceder le traducteur de la Bible pour conserver au texte son ton special sans lequel ce qui est grand et puissant deviendrait plat ! Certains etats de I'ame ne

peuvent se decrire ni se communiquer a d'autres sans qu'on y mette le ton juste. Par exemple, un maitre qui au cours d'une legon de litterature veut faire comprendre a ses eleves le sentiment intime contenu soit dans une oeuvre poetique soit dans un caractere de poete, doit, pour ce nioment-la du moins, se laisser envahir veritablement par le sentiment en question, de facon a pouvoir I'interpreter avec sa personnalite ; car il ne pourra le faire avec les mots seuls. G'est pourquoi la personnalite, comme I'instinct nous en a deja avertis, a une importance si considerable. C'est pourquoi certains individus n'ont aucune action sur leurs eleves. lis ne peuvent leur infuser les dispositions d'espritvoiilues parce qu'ils sont incapables de les traduire, parce que meme si leurs paroles les decrivaient avec justesse, leur physionomie et leur intonation en donneraient un commentaire inexact. Des matieres telles que I'enseignement moral et religieux ou la litterature ne conviennent pas a de tels maitres. Et en effet, meme a un point de vue purement intellectuel, ils sont hors d'etat de donner en de tels sujets I'enseignement voulu. lis feraient mieux de choisir des matieres de caractere plus positif. Non pas qu'ils ne soient pas assez intelligents ; mais ils n'ont pas assez de personnalite.

On encourt peut-etre I'accusation de pedantisme esthetique, si Ton critique du point de vue du rythme un travail qui n'appartient pas a la litterature proprement dite. Je ne puis cependant nier que le rytiime revele souvent du premier coup ce que vaut un auteur. Par exemple, il m'arrive de feuilleter chez un libraire un livre qui se presente a premiere vue comme quelque chose dans le genre de Nietzsche : un peu de sagesse pratique mise en aphorismes. Apres tout, pourquoi pas ? Si un auteur est un maitre en ce genre de production, le genre est bon. Je lis quelques lignes..., et je doisavouer

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