TROISIÈME PARTIE. 22a
c'est ce qui est fort ordinaire, parce qu'elle se sous-entend facilement, iHant assez marquée pai' les propositions particulières où l'on traite ciiaque partie.
Et de plus, afin que la conclusion soit rciiiermÉc dans ,les prémisses, il faut soua-enlendre partout quelque 'çhûse de général qui puisse convenir îi tout comme dans le premier ;
Si on agit bien, on offensera les hommes, ce yui est faucheux; Si on agit mal, on offemùra les dieux, ce qui est fâcheux
Donc il est fâcheux, en toute manière, de se mêler des affaires de la république.
Cet avia est fort important pour bien Juger de la force
d'un dilemme. Car ce qui fait, par exemple, que celui-là
" 'est pas coneluanl, est qu'il n'est point faciieux d'of-
mser les hommes quand on ne peut l'éviter qu'en oITen-
ini Dieu.
La deuxième observation est qu'un dilemme peut 6tre
icieuxprinci[ialementpar deux défauts. L'un est, quand
i disjonctivu sur laquelle il est fondé est dCfectueuse,
Jie comprenant pas tous les membres du tout que l'on
livise.
Ainsi le dilemme pour ne point se marier ne conclut las, parce qu'il peut y avoir des femmes qui ne seront )a8 si belles qu'elles causent de la jalousie, ni si laides ifi'elles déplaisent.
, C'est aussi, par cette raison, un trfcs-faux dilemme que lelui dont se servaient les anciens philosophes pour ne lojnt craindre la mort'. Ou notre âme, disaient-ils, périt ivec le corps; et ainsi, n'ayant plus de sentiment, nous se- •on» incapables de mal; ou si r&me survit au corps, elle ■£ra plus heureuse qu'elle n'était dans le corps : donc la mort n'est point à craindre. Car, comme Montaigne* a fort bien remarqué, c'i^tuit un grand aveuglement de na
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pas voir qu'on peut concevoir un troisième état entre ces doux-là, qui est que r/lniL», demeurant après le corps, se trouvât dans un état de tourmcut et de misère, et qui donne un juste sujet d'appréhender la mort, de peur de tomber en cet élat.
L'autre défaut, qui empoche que les dilemmes ne coucluont, est quand les conclusions particulières de chaque partie ne sont pas nécessaires. Ainsi, il n'est pas nécessaire qu'une belle femme cause de la jalousie, puisqu'elle peut être si sage et si vertueuse, qu'on n'aura aucun sujet de se défier de sa fidélité.
Il n'est pas nécessaire aussi qu'étant laide, elle déplaise à son mari, puisqu'elle peut avoir d'autres qualités si avantageuses d'esprit et de vertu qu'elle ne laissera pas de lui plaire.
La troisième observation est que celui qui se sert d'un dilemme doit prendre garde qu'on ne puisse le retourner contre lui-môme. Ainsi Aristote témoigne qu'on retourna, contre le philosophe qui ne voulait pas qu'on se mêlât des affaires publiques, le dilemme dont Use servait pour' le prouver; car on lui dit :
Si on s'y gouverne selon les règles corrompues des hommes, on contentera les hommes;
Si on garde la vraie justice, on contentera les dieux :
Donc on doit s'en mêler.
Néanmoins ce retour n'était pas raisonnable; car il n'est pas avantageux de contenter les hommes en offensant Dieu.
CHAPITRÉ XVU
DES LIEUX ou DE LA MÉTHODE DE TROUVER DES ÂRGUMEIÏTS. COMBIEN CETTE MÉTUODE EST DE FEU d'uSAGE.
Ce que les rhétoriciens et les logiciens appellent lieux, loci argumentorum, sont certains chefs généraux, aux-