‹ La logique de Port RoyalChapitre 126 sur 170 · TROISIÈME PARTIE. 27ii · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 27ii

ploie toutes sorteB fi 'arguments "bons ou mauvais, afin qu'il y en ait pour l<3uL le monde; et l'on passe quelquiifois jusqu'à dire des ctioses qu'on sait bien tUru absolument fausses, pourvu qu'elles servent à la Cn qu'on se propose. En voici quelques exemples.

Une personne intelligente ne soupçonnera jamaisMontaigne d'avoir cru toutes les rêveries de l'astrologie judiïiaii'o ; cependant quand U eu a besoin pour rabaisser Bottiiment les hommes, il les emploie comme de bonnes ms. « Aconsidi5rer,dit-il,ladominalionetpuissanea que ces corps-là ont non-seulement sur nos vies et condi- 'Jons de notre fortune, mais sur nos inclinations mêmes, jn'ils régissent, poussent etagitent à la merci de leurs nflnences, pourquoi les priverions-nous d'ûme, de vie el (discours? M

Veut-il (îdlruire l'avantagé que les hommes ont surles (jetas par le commerce de la parole, il nous rapporte des jontes ridicules et dont il connaît l'extravagance mieux juo personne, et eu tire des conclusions plus ridicules. « D y en a, dit-il, qui se sont vanlÉs d'entendre le lanage des bËtes, comme Apollonius Tyanéus ' ,Mdlampus % 'irésiaB',TliaJBs, et autres; et puisqu'il est ainsi, comme disent les cosmographes, qu'il y a des nations qui reçoivent un cbieu pour roi, il faut bien qu'ils donnent certaine interprétation à sa voix et à ses mouvements. «

L'on conclura, par cette raison, que quand Caligula fit ion cheval consul, il fallait bien que l'on entendît les ordres qu'il donnait dans l'exercice de cette charge ; mais aurait tort d'accuser Montaigne de cette mauvaise ponaéquence : son dessein n'était pas de parler raisonnaïilement, mais de faire un amas confus de toutce qu'on ^at dire contre les hommes ; ce qui est néanmoins un yicB très-contraire à la justesse do l'esprit et h. la sincérité d'un hoFnme de bien,

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MAlampus, OiU par néBioda «a | diua In Irotjédiu d'OMitm.

Oui pourrait do môme souffrir cet autre raisonnement du même auteur sur le sujet des augures que les païens tiraient du vol des oiseaux, et dont les plus sages d'entre eux se sont moqués : De toutes les prédictions du temps passé, dit-il, les plus anciennes et les plus certaines étaient celles qui se tiraient du vol des oiseaux : nous n'avons rien de pareil ni de si admirable; cette règle, cet ordre du branler de leur aile, par lequel on tire des conséquences des choses à venir, il faut bien qu'il soit conduit par quelque excellent moyen à une si noble opération : car c'est prêter à la lettre que d'attribuer ce grand effet à quelque ordonnance naturelle, sans l'intelligence, le consentement et le discours de celui qui le produit, et c'est une opinion évidemment fausse. »

N'est-ce pas une chose assez plaisante que de voir un homme qui ne tient rien d'évidemment vrai ni d'évidemment faux, dans un traité fait exprès pour établir le pyrrhonisme et pour détruire l'évidence de la certitude,* nous débiter sérieusement ces rêveries comme des vérités certaines, et traiter l'opinion contraire d'évidemment fausse? Mais il se moque de nous quand il parle de la sorte, il est inexcusable de se jouer ainsi de ses lecteurs, en leur disant des choses qu'il ne croit pas, et que l'on ne peut pas croire sans folie.

11 était sans doute aussi bon philosophe que Virgile, qui n'attribue pas môme à une intelligence qui soit dans les oiseaux les changements réglés qu'on voit dans leurs mouvements selon la diversité de l'air, dont on peut tirer quelque conjecture pour la pluie et le beau temps, comme l'on peut voir dans ces vers admirables des Géorgiques :

Haud equidem credo quia sit divinitus illis Ingenium, aut rerum fato prudentia major :

Verum ubi tcmpestas et cœli mobilis huiuor Mutavere vias, et Jupiter humidus Âustris Dcnsat, erant qu» rara modo, et quœ deusa, relaxât, Vertuntur species animorum et pectora motus Nunc hos nunc eilios, dum nubila ventus agebat, Coucipiunt : bine ille avium concentus in agris, Et loitœ pecudes, et ovantei gutture corril.

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