TB0131ÈME PARTIE. 2BI
et magnifique queCic(5ron appelle abundanlem ionantihus verùia uberibusque senlenliis ; car 'û est étrange combien un faux raisonnement se coulo doucement dans la suite ■d'une période ipii remplit bien l'oreille, ou d'une flguro qui QOus surprend et ijui nous amuse à la regarder.
Non-seulement .ces ornements nous dérobent la vue des faussetés qui se môlent dans le discours, mais ils y engagent insensiblement, parée que souvent elles sont nécessaires pour la justesse de la période ou de la figure : lûnsi, quand on voit un orateur commencer une longue gradation ou une antithèse à plusieurs membres, on a Bujet d'ûtTO sur ses gardes, parce qu'il arrive rarement qu'il s'en lire sans donner quelque contorsion h la vérité pour l'ajuster à la figure : it en dispose ordinairement comme l'on ferait des pierres d'un bâtiment ou du métal S'une statue; il la taille, il l'éfend, il raccourcit, il la ï^guîse selon qu'il lui est nécessaire pour la placer dans le vain ouvrage de paroles qu'il veut former ' .
Combien le désir de faire nnepoinlea-t-il fait produii'e le iaassea pensées? Combieula rime a-t-elle engagé de ïena à mentir? Combien l'affectation de ne se servir que les mots de Cicéron, et de ce qu'on appelle la pure latilité, a-t-elle fait écrire de sottises h. certains auteurs .taliens? Qui ne rkait d'entendre dire à Bembo' qu'un jape avait été élu par la faveur des dieux immortels, ieorum irmnortatium beneficm? ^ y a môme des poètes [ui s'imaginent qu'il est de l'essence de la poésie d'jntroîuire des divinités païennes; et un poète allemand, aussi ion versificatem' qu'écrivain peu judicieux, ayant été épris, avec raison, par François Pie de la Mirande'; d'aiBÎr fnit entrer dans un poÊme oiiil décrit des guerres de ebiétiena contre cii retiens toutes les divinités du paganisme, et d'avoir mÉlé Apollon, Diane, Mercure, avec le ape, les lecteurs et l'empei'our, soutient nettement que
1. Cumpanicequa dilPniuJ, iIkue 1 3. I>bila«ipb« nitiliqus. ncnu da ■ Pméei. ni; i» feu*tei feniira { ruineux Je»u Piii Hb U Ulrudala iibI Lni l« itïle. nruiiasail de ...u\cair d„t Ihèat» i»
i. Viene Bomha (1479-1017) iLsU unwl ro ic.Mi.
sans cela il n'aurait pas été poëte, en so servant, pour le prouver, do cette étrange raison que les vers d'Hésiode, d'Homère et de Virgile sont remplis des noms et des faibles de ces dieux, d'où il conclut qu'il lui est permis de faire de môme.
Ces mauvais raisonnements sont souvent imperceptibles h ceux qui les font, et les trompent les. premiers : ils s'étourdissent par le son de leurs paroles : l'éclat de leurs figures les éblouit et la magnificence de certains mots les attire, sans qu'ils s'en aperçoivent, à des pensées si peu solides, qu'ils les rejetteraient sans doute s'ils y faisaient quelque réflexion.
Il est croyable, par exemple, quec'estlemot de vestale qui a flatté un auteur de ce temps, et qui l'a porté à dire à une demoiselle, pour l'empêcher d'avoir honte de savoir le latin, qu'elle ne devait pas rougir de parler une langue que parlaient les vestales : car s'il avait considéré cette pensée, il aurait \u qu'on aurait pu dire avec autant de raison à cette demoiselle qu'elle devait rougir de parler une langue que parlaient autrefois les courtisanes de Rome, qui étaient en bien plus grand nombre que les vestales, ou qu'elle devait rougir de parler une autre langue que celle de son pays, puisque les anciennes vestales ne parlaient que leur langue naturelle. Tous ces raisonnements, qui ne valent rien, sont aussi bons que celui de cet auteur; et la vérité est que les vestales ne peuvent servir de rien pour justifier ni pour condamner les filles qui apprennent le latin.
Les faux raisonnements de cette sorte, que Ton rencontre si souvent dans les écrits de ceux qui affectent le plus d'être éloquents, font voir combien la plupart des personnes qui parlent ou qui écrivent auraient besoin d'ôlre bien persuadées de cette excellente règle, qfi^ilny arien de beau que ce qui est V7m^; ce qui retrancherait des discours une infinité de vains ornements et de pensées fausses. Il est vrai que cette exactitude rend le style plus sec
l. « Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable, » dit Boilcau.