TROISIÈME PARTIE
tmoinB pompeux; mais elle le rond aueai plus vif, pluaj Érieux, plus clair et plus Jigne d'un bonnÈlo liomme : impression en est bien plus forte et pics durable; an lieu Bfi celle qui naît simplement de ces périodes si ajustées * tellement euporlîeielle, qu'elle a'âviiiiouit presque aus- Wt qu'on les a entendues.
m. C'est un défaut trÈs-ordinnîre parmi les hommes de Iger léméraireraent des actions et des intentions des tttres,et l'on n'y lomlie guÈre que par un mauvais raiinnement, par lequel en ne connaissant pas assez di»*J notement toutep les causes qui peuvent produire queli^ ne elTet, on attribue cet effet prëcisëment à unecauBBjJ ttsqa'il peut avoir été produit par plusieurs autres ; "çn l'on suppose qu'uno cause qui, par accident, ) L vn certain efFct en une rencontre, et [ étant joint Wu^eurs circonstances, le doit avoir en toutes roi^ totres*.
Un homme de lettres br trouve do m6me sentimen tt'nnhérétiqueaurunematiÈre deccitique indépendant^ ia controverses de la religion; un adversaire malicieui" 1 conclura qu'U a de l'inclination pour les hérétiques a ■ 1 U lo conclura léméiairoment et malicieusemeolj que c'est peut-ôtre la raison et la vérité qui l'aiM igont dans ce sentiment.
iÙh écrivain parlera avec quelque force contre une opwS i qu'il croit dangereuse. On l'accuscpa sur cela del 16 et d'animosi té contre les auteurs qui l'ont avancée: î ce sera injustement et témérairement, celle force itiv&nt naître de z61e pour la vérité aussi bien que de îlje contre les pcreonnea.
Un homme esl ami d'un raiîchant : donc, conclut-on, ii V lié d'intérêt avec lui, et il est parlicipant de s
: cela ne s'ensuit pas ; pmif-étreles a-t-il ignorés^ i peut-ôlro n'y a-t-il pointpns f!c part. \
On manque de rendre quelque civilité h ceux à qui oiti
(Ml doit : c'est dit-on, un orgueilleux et un insolent ; mais ce n'est peut-ôtre qu'une inadvertance ou un simple oubli.
Toutes ces choses extérieures ne sont que' des signes équivoques, c'est-à-dire qui peuvent signifier plusieurs choses ; et c'est juger témérairement que de déterminer ce signe à une chose particulière, sans en avoir de raison particulière ; le silence est quelquefois signe de modestie et de jugement, et quelquefois de bôtise ; la lenteur marque quelquefois la prudence, et quelquefois la pesanteur de l'esprit; le changement est quelquefois signe d'inconstance, et quelquefois de sincérité : ainsi c'est mal raisonner que de conclure qu'un homme est inconstant, de cela seul qu'il a changé de sentiment, car il peut avoir eu raison d'en changer.
rV. Les fausses inductions par lesquelles on tire des propositions générales de quelques expériences particulières sont une des plus communes sources des faux raisonnements des hommes. Il ne leur faut que trois ou quatre exemples pour en former une maxime et un lieu commun, eLpour s'en servir ensuite de principe pour décider toutes choses.
Il y a beaucoup de maladies cachées aux plus habiles médecins, et souvent les remèdes ne réussissent pas; des esprits excessifs en concluent que la médecine est absolument inutile, et que c'est un métier de charlatan.
Il y a des femmes légères et déréglées : cela suffit à des jaloux pour concevoir des soupçons injustes contre les plus honnêtes, et à des écrivains licencieux pour les condamner toutes généralement.
Il y a souvent des personnes qui cachent de grands vices sous une apparence de piété : des libertins en concluent que toute la dévotion n'est qu'hypocrisie.
Il y a des choses obscures et cachées, et l'on se trompe quelquefois grossièrement. Toutes choses sont obscures et incertaines, disent les anciens et les nouveaux pyrrho-
TUOiaiÈME PARTIE. SSô
niens, et nous ne pouvons connaître !.i viiritti d'aucune chose avec certUude '.
H y a de rinégalilé|dans quelqties actions des hommes ; cela suffit pour en faire un lieu commun, dont personne ne soit excepté ; « La rîûson, disentrils, est si mani]u6 et si aveugle, qu'il n'y a nulle si claire facilité qui lui soit BSseK claire ; l'aisé et le malaisé lui sont tout un, tous sujets également; et la nature, en général désavoue sa juridiction. Nous ne pensons ce que nous voulons qu'à ^^'instant que nous le voulons ; nous ne voulons non li- ,l)rement, rien alisolument, rien constamment *. »
La plupart du monde ne saurait représenter lea défauts ou les bonnes qualités des autres que par dos propositions générales et excessives. De quelques actions par- "ticnliferes on en conclut l'habitude; de trois ou quatre fautes, on en fait ime coutume : ce qui arrive une l'ois le mois ou une fois l'an, arrive tous les jours, à toutchcure, .àtout^momentdans les discours des hommes, tant ils ont :pcu de soin de garder dans leurs paroles les bornes de la vérité et do la justice.
V. C'est une [faiblesse et une injustice que l'on con- :âamne souvent et que l'on évite peu, de juger des conseils parles événements, et de rendre coupables ceux qui ont pris une résolution prudente, selon les circonstances qu'ils pouvaient voir, de toutes les mauvaises suites qui en sont arrivées, ou par un simple hasard, ou par la malice de ceux qui l'on traversée, ou par quelques autres rencontres qu'il ne leur était pas possible de prévoir. Nonseulement les hommes aiment autant fitre heureux que sages, mais ils ne font pas de différence entre heureux et sages,ni entre malheureux et coupables. Cette distinction leur paraît trop subtile'. On est ingénieux pour trouver les Taules que l'on s'imagine avoir attiré les mauvais succès ; et comme les astrologues, lorsqu'ils savent un certain
accident, ne manquent jamais de trouver Taspect des astresqui Taproduit, on ne manque aussi jamais de trouver après les disgrâces et les malheurs, que ceux qui y sont tombés les ont mérités par quelque imprudence. Il n'a pas réussi, il a donc tort. C'est ainsi que Ton raisonne dans le monde, et qu'on y a toujours raisonné, parce qu'il y a toujours eu peu d'équité dans les jugements des hommes^ et que, ne connaissant pas les vraies causes des choses, ils en substituent selon les événements, en louant ceux qui réussissent et en blâmant ceux qui ne réussissent pas.
VL Mais il n'y a point de faux raisonnements plus fréquents parmi les hommes que ceux où l'on tombe, ou en jugeant témérairement de la vérité des choses par une autorité qui n'est pas suffisante pour nous en assurer, ou en décidant le fond par la manière. Nous appellerons l'un le sophisme de l'autorité * et l'autre le sophisme de la manière.
Pour comprendre combien ils sont ordinaires, il ne faut que considérer que la plupart des hommes ne se déterminent point à croire un sentiment plutôt qu'un autre par des raisons solides et essentielles qui en feraient connaître la vérité, mais par certaines marques extérieures o1 étrangères qui sont plus convenables, ou qu'ils jugent plus convenables à la vérité qu'à la fausseté.
La raison en est que la vérité intérieure des choses est souvent assez cachée; que les esprits des hommes sont ordinairement faibles et obscurs, pleins de nuages et de faux jours, au lieu que ces marques extérieures sont claires et sensibles : de sorte que, comme les hommes se portent aisément à ce qui leur est plus facile, ils se rangent presque toujours du côté où ils voient ces marques extérieures qu'ils discernent facilement.
Elles peuvent se réduire à deux principales : l'autorité de celui qui propose la chose, et la manière dont elle
1. Comparez les pages qui suivent avec celles de Pascal sur lautoritéen matière de philosophie et avec les
chapitres analogues de Malebranche dans la Jiechercke de la vérité*
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fest proposée ; et ces deux voies de persuader sont ai puissantes, quelles emportent prestpie tous le3 esprits. Ainsi Dieu, qui voulait que la connaissance cerlaine ^es mystères de la foi pût s'acquérir par les plus simples â'entre les fidf-Ies, a eu la bonté de s'accommoder à cette folblesge.de l'esprit des liommes, en ne la faisant pas dé- Kïndre d'un examen particulier de tous les points qui l proposés h croire, mais en nous donnant pour Ègle certaine de la vérité l'autorité dcl'Église universelle uînous les propose, qui, étant claii'e et évidente, roire les esprits de tous les embarras où les engageraient lêcessairement les discussions particulières de ceamys- Ères.
Ainsi, dans les choses de la foi, l'autorité de l'Église unîerselle est entièrement décisive ; et tant s'en faut qu'elle .uisse Cire un sujet d'erreur, qu'on ne tombe dans l'ep- «ir qu'en s' écartant de son autorité et en refusant de s'y Biraetlre.
On tire aussi, dans les maliÈres de religion, des arguicnts convaincants, de la mani&re dont elles sont propo- ^^ i. Quand on a vu, par exemple, en divers siÈcIes de Église, et principalement dans le dernier, des bomnios Oî tâchaient déplanter leurs opinions par le fer et par ÈSang; quand on lésa vus armés cootrel'Église, parle idiisme, contre les puissances temporeDes parla révolte; mnd on a vu des gens sans mission ordinaire, sans liracles, sans aucunes marques extérieures de piété, et lutôt avec dos marques sensibles de dérèglement cnLraiudre de changer la foi et la discipline de l'Église, e manière si criminelle était plus que suffisante pour E faire rejeter par toutes les personnes raisonnables et onr empCcher les plus grossières de les écouter ', Mais dans les choses dont la connaissance n'est pas bsolument nécessaire, et que Dieu a laissées davantage a discernement de la raison de chacun en particulier, 'autorité et la manière ne aoni pas si considérnblos, et
bllo qua • \t fer «I le eaag ■ UmboI empluyii da put al
elles servent souvent à engager plusieurs personnes h des jugements contraires à la vérité.
On [n'entreprend pas ici de donner des règles et des bornes précises de la déférence qu'on doit h l'autorité dans les choses humaines, mais de marquer seulement quelques fautes grossières que Ton commet en cette matière.
Souvent on ne regarde que le nombre des témoins, sans 'considérer si ce nombre fait qu'il soit plus probable qu'on ait rencontré la vérité, ce qui n'est pas raisonnable. Car comme un auteur de ce temps * a judicieusement remarqué , dans les choses difficiles et qu'il faut que chacun trouve par soi-même, il est plus vraisemblable qu'un seul trouve la vérité que non pas qu'elle soit découverte par plusieurs. Ainsi ce n'est pas une bonne conséquence : cette opinion est suivie du plus grand nombre des philosophes , donc elle est la plus vraie.
Souvent on se persuade par certaines qualités qui n'ont aucune liaison avec la vérité des choses dont il s'agit. Ainsi, il y a quantité de gens qui croient sans autre examen ceux qui sont les plus âgés, et qui ont plus d'expérience dans les choses mômes qui ne dépendent ni de l'âge ni de l'expérience , mais de la lumière de l'esprit.
La piété, la sagesse, la modération, sont sans doute les qualités les plus estimables qui soient au monde, et elles doivent donner beaucoup d'autorité aux personnes qui les possèdent, dans les choses qui dépendent de la piété, delà sincérité, et môme d'une lumière de Dieu, qu'il est plus probable que Dieu communique davantage à ceux qui le servent plus purement ; mais il y a une infinité de choses qui ne dépendent que d'une lumièro humaine, d'une expérience humaine, d'une pénétration humaine, et dans ces choses ceux qui ont l'avantage de l'esprit et de l'étude méritent plus de créance que les