De Utilitate credendij cap. XI
OUATillÈME PARTIE. 349
mais Cfsar, Pompiîe, Cicfiron, Virgile, ont été, et si ce 11(3 sont point des personnagos feints comme ceux des Amadis '.
H est vrai (pi'il est souvent assez difficile de marqnep précisément quand la foi humaine est parvenue à cette certitude, gI quand oUe n'y est pas encore parvenue : et c'est ce qui fait tomlier les hommes en deux égarements oppo- ■ i,dont l'un est de ceux qui croient trop légèrement sur moindres bruits, et l'autre de reux qui mettent ridiculement la force de l'esprit à ne pas croire les cboses les mieux attesliîea lorsqu'elles clmquent les préventions de leur esprit; mais on peut néanmoins marquer de certaines bornes qu'il faut avoir passées pour avoir cette certitude bumaine, et d'autres au delà desquelles on l'a^certainement, en laissant un milieu entre ces deux sortes de 'l)omes, qui approche plus de la certitude ou de l'incertitude , selon qu'il approche plus des unes ou des autres.
Que si l'on compare ensemble les deux voies générales qui nous font croire qu'une chose est, la raison et lafoi, il est certain que la foi suppose toujours quelque raison ; car, comme dit saint Augustin dans sa lettre xxn' et en beaucoup d'autres lieux, nous ne pourrions pas nous porter k croire ce qui est au-dessus de notre raison, si la raison mémene nous avait persuadés qu'il jades choses que noua faisons Lien de croire, quoique nous ne soyons pas encore capables de les comprendre : ce qui est principalement vrai à l'égard de !a foi divine, parce que la vraie raison nous apprend que Dieu étant la vérité même, il ne peut nous tromper en ce qu'il nous révèle de sa nature
iimalpA animas hAbefemaa, Vt ergo I qnihusdun reboa ad doeUimm <B-
t. «Abeil tumque nt hu in
juBndg ïalebimpa, fidea prBoidal ra-
'uliùBli copiai tiaertctM luccui- hi)»
iL^UB rUioni. ™l. . [Eput. CXX.p
on ilo SOS myîît^^es. D'où il paraît qiiVncore que nous sDvniis oblicrés tic captiver notre entendement pour obéir à Jj:scs-Ciihist, C(jmmc dit saint Paul, nous ne le faisons I as néanmoins aveuglément et dc'Taisonnablement, ce qui fst Torigine de toutes les fausses religions, mais avec connaissance de cause, et parce que c'est une action raisonnable que de se captiver de la sorte sous l'autorité ih. Dieu, loi*squ'il nous a donné des preuves suEQsanles , pomme sont les miracles et autres événements prodi- L'i.-nx, qui nous ol)li,i,'ent de croire que c'est lui-même qui a découvert aux hommes les vérités que nous devons croire.
Il est certain, en second lieu, que la foi divine doit avoir plus de force sur notre esprit que notre propre raison ; et cela par la raison môme qui nous fait voir qu'il faut toujours préférer ce qui est plus certain à ce qui l'est moins, et qu'il est plus certain que ce que Dieu dit est véritable que ce que notre raison nous persuade, parce que Dieu est plus incapable de nous tromper que notre raison d'être trompée ^.
Néanmoins à considérer les choses exactement, jamais ce que nous voyons évidemment et par la raison ou par le fidèle rapport des sens n'est opposé à ce que la foi divine nous enseigne; mais ce qui fait que nous le croyons, c'est que nous ne prenons pas garde à quoi doit se terminer l'évidence de notre raison et de nos sens. Par exemple, nos sens nous montrent clairement dans l'Eucharistie de la rondeur et de la blancheur ; mais nos sens ne nous apprennent point si c'est la substance du pain qui fait que nos yeux y aperçoivent de la rondeur et de la blancheur : et ainsi la foi n'est point contraire à l'évidence de nos sens lorsqu'elle nous dit que ce n'est point la substance du pain qui n'y est plus, ayant été changée au corps de Jésus-Curist par le mystère de la transsubstantiation,
1. Ârnauld ne s'aperçoit pas qu'il fait ici un cercle vicieux. «Il est plus certain que ce que Dieu dit est véritable que ce que notre raison nous persuade ; » mais comment savons-nous
que Dieu a dit telle ou telle chose, sinon par la raison? Les témoins qui le rapportent sont des honmies et parlent à des hommes.