QUATRIÈME PARTIE, 3S
!et que nous n'y voyons plus cpie les espèces et les B,ppfilences du pain qui demeurent, quoique la sulistance n'y Boii. plus, Notre raison , de mùrae, nous fait voir qu'un seul eorpa 'est pas en nifime temps en divers lieiix ni deux corps on 11 même lieu ; mais cela doit s'entendre de la condition aaturelle des corps, parce que ce serait un défaut de raison de s'imaginer que, notre esprit étant Uni, il pût jomprendre jusqu'où peut aller la puisBance de Dieu lui est Infinie; et ainsi lorsque les hérétiques, pourdépuire les myst&rea de la foi, comme la Trinité, l'IncarlatioD et l'Eucharistie, opposent ces prétendues impos- Sihllités qu'ils tirent de la raison, ils s'éloignent en cela lême vi^lement de la raison, en prétendant pouvoir lOmprendre par leur esprit retendue infinie de la puislancô de Diea', C'est pourquoi il suffil de répondre ii rotûs c«s objections ce que saint Augustin dit sur le (^jetmômedelapénétiation des corps : Sed nova sunt, idinsolila sunt, sed contra naturx cui-sum notissimum mt, quia magna, gm'a mira, quia divina; eCeo magisvera, srM, firma.
cuÂPiTRE xm
lUËLQUES RÈGLES FOUrt BIEN CDKDDIItE SA RAISON DANS LA CROÏANCK DES JÏVliiNEHENTS QUI Dli^FECJDENX DE LA FOI UUKAINK.
t'usiige le piiis ordinaire du ton sens et de cette
juissanco de notre ftme qui noua fait discerner le vrai
d'avec le fuus n'est pas dans les sciences spéculalivca
luxquolles il y a si peu de personnes qui soient obli-
Ses de s'appliquer'; mais il n'y a guère d'occasion où
i. l'olyoelion poiil un ruloiimcr : I ï. Arnould ne sa d"iite point dn
idenL oniiuni jtlu ijiiu^cui qui la culslioiu BsieuUflqU«s. sdI, itttm lei aecrot) ilo UiBu. 1
on romploie plus souvent et où elle soit plus nécessaire, que dans le jugement que Ton porte de ce qui se passe tous les jours parmi les hommes.
Je ne parle point du jugement que Ton fait si une action est bonne ou mauvaise, digne de louange ou de blâme, parce que c'est à la morale à le régler, mais seulement de celui que Ton porte touchant la vérité ou la fausseté des événements humains ; ce qui seul peut regarder la logique soit qu'on les considère comme passés, comme lorsqu'il ne s'agit que de savoir si on doit les croire, ou ne pas les croire ; ou qu'on les considère dans le temps à venir conmie lorsqu'on appréhende qu'ils n'arrivent ou qu'on espère qu'ils arriveront : ce qui règle nos craintes et nos espérances.
Il est certain qu'on peut faire quelques réflexions sur ce sujet, qui ne seront peut-être pas inutiles, et qui pourront au moins servir à éviter des fautes où plusieurs personnes tombent pour n'avoir pas assez consulté les règles de la raison.
La première réflexion est qu'il faut mettre une extrême différence entre deux sortes de vérités : les unes qui regardent seulement la nature des choses et leur essence immuable, indépendamment de leur existence; et les autres qui regardent les choses existantes, et surtout les événements humains et contingents, qui peuvent être et n'être pas quand il s'agit de l'avenir, et qui pouvaient n'avoir pas été quand il s'agit du passé. J'entends tout ceci selon leurs causes prochaines, en faisant abstraction de leur ordre immuable dans la providence de Dieu; parce que, d'une part, il n'empêche pas la contingence, et que de l'autre, ne nous étant pas connu, il ne contribue eu rien à nous faire, croire les choses.
Dans la première sorte de vérités, comme tout y est nécessaire, rien n'est vrai qu'il ne soit universellement vrai; et ainsi nous devons conclure qu'une chose est fausse, si elle est fausse en un seul cas.
Mais si l'on pense se servir des mêmes règles dans la croyance des événements humains, on n'en jugera jamais
OTIATRIÈMB PARTIE.
que Taussement, si ce n'est par hasard, et on ytavn miHo faux raisonoements.
Car ces événements étant contingents de leur nature, il aérait ridicule d'y chercber une vérîtji nécessaire; et ainsi un homme serait tout à fait déraisonnable, qui n'en voudrait croire aucun que quand on lui aurait Tait voir qu'il serait ahsolument nécessaire que la chose se fût passée dek sorte'.
Et il ne sei'ait pas moins déraisonnable s'il voulait m'ohliger d'en croire quelqu'un, comme serait la conversion du roi de la Chine à la religion chrétienne, par cette seule raison que cela n'est pas impossible ; car un autre qui m'assurerait du contraire pouvant se servir de la môme raison, il est clair que cela ne pourrait ma déterminer à croire l'un plutôt que l'autre.
Il faut donc poser pour une maxime certaine et indubitable dans cette rencontre,'que la seule possiliililÈ d'un événement n'est pas une raison suffisante pour me le faire croire; et que je puis aussi avoir raison de le croire, quoi que je ne juge pas impossible que le contraire soit arrivé; de sorte que de deux événements je pourrais avoir raison de croire l'un et de no pas croire l'autre, quoique je les croie tous deux possibles.
Mais par oEi me déterminerai-je donc à croire l'un plutôt que l'autre, si je lesjuge tous deux possibles? Ce sera par cette maxime ;
Pom- juger de la vérité d'un événement, et me déterminer à le croire ou à ne pas le croire, il ue faut pus le considérer nûment et en lui-mÉme, comme on ferait une proposition de géométrie ; mais il faut prendre garde à toutes les circonstances qui l'accompagnent, tant intfrrienrea qu'extérieures. J'appelle circonstances intérieures celles qui appartiennent au fait même, et extérieures celles qui regardent les personnes par le témoignage desquelles nous sommes portés à lecroù'e. Cela étant fait, si toutes ces circonstances sont telles qu'il n'arrive ja-
35i LOGIQUE.
mais, on fort r«irement, que de pareilles circonstances soiriit ficrornpaprnt'fts de fausseté, notre esprit se porto nalurrllement à croire que cela est vrai, et il a raison de 1(» faire, surtout dans la conduite de la vie, qui ne demande pas une plus grande certitude que cette certitude morale, et qui doit môme se contenter en plusieurs rencontres delà plus grande probabilité*.
Que si, au contraire, ces circonstances ne sont pas telles qu'elles ne se trouvent fort souvent avec la fausseté, la raison veut ou que nous demeurions en suspens, ou que nous tenions pour faux ce qu'on nous dit, quand nous ne voyons aucune apparence que cela soit vrai, encore que nous n'y voyions pas une entière impossibilité.
On demande, par exemple, si l'histoire du baptême de Constantin par saint Sylvestre • est vraie ou fausse. Baronius la croit vraie ; le cardinal du Perron •, l'évoque Sponde *, le P. Pétau ', le P. Morin • et les plus habiles gens de VÉirlise la croient fausse. Si l'on s'arrêtait h. la seule possiijililé, on n'aurait pas droit de la rejeter , car elle ne contient rien d'absolument impossible ; il est même possible, absolument parlant, qu'Eusèbe', qui témoigne le contraire, ait voulu mentir pour favoriser les ariens, et que les Pères qui l'ont suivi aient été trompés par son témoignage : mais si l'on se sert de la règle que nous venons d'établir, qui est de considérer quelles sont les circonstances de l'un ou de l'autre baptême de Constantin, et qui sont celles qui ont plus de marques de vérité, on trouvera que ce sont celles du dernier ; car d'une part, il n'y a pas grand sujet de s'appuyer sur le témoignage d'un écrivain aussi fabuleux qu'est l'auteur des actes de saint Sylvestre, qui est le seul ancien qui ait parlé du baptême de Constantin à Rome ; et, de l'autre,
1. Excellente analyse des conditions de la probabilité historique.