‹ La logique de Port RoyalChapitre 159 sur 170 · DES MIRACLES · texte numérisé non relu

DES MIRACLES

La règle qui vient d'être expliquée est, sans doute, très-importante pour bien conduire sa raison dans la croyance des faits particuliers ; et, faute de l'observer, on est en danger de tomber en des extrémités dangereuses de crédulité et d'incrédulité.

Car il y en a, par exemple, qui feraient conscience de douter d'aucun miracle, parce qu'ils se sont mis dans l'esprit qu'ils seraient obligés de douter de tous s'ils doutaient d'aucuns, et qu'ils se persuadent que ce leur est assez de savoir que tout est possible à Dieu, pour croire tout ce qu'on leur dit des effets de sa toute-puissance.

D'autres, au contraire, s'imaginent ridiculement qu'il y a de la force d'esprit à douter de tous les miracles, sans en avoir d'autre raison, sinon

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l'on en a son ve d t rn conté qui ne ae sont pas trouvéavéritalileB, et qn'i) y a pas plu» de sujet de croira les uns qno lea aulres. La disposilion des praiaiers cet bien tneillenre qae celte des derniers ; aie il est vrai nÈanmoins q^e les uns et les autres raisuuiient égale-

Ds se jeltent as part et d'autre sur les lieux communs. Les premiers $n font Evr la pnissaace et snr )a bontA de Dlen, sur les mlraeles certains i;a1l3 apportent pour preuve de ceux dont on doute, et sur l'avengteluent des libertins, qui ne vculeat croire que ce qui est proporâ leur raison. Tout cela eat fort bon en soi, mais IrÈs-faiblepout ersuader d'un miracle en pailiculier, puisque Dieu ne fiit pas . qu'il peut faire ; que ce n'e;t pas un argument qu'un miracle soit '.trr'né, de ce qu'il en est arrivé de semblables en d'autres occasions ; et 'on peut elre fort bien disposé k croire ce qui est au-dessus de la son, sans Être obligé de croire tout ce qu'il pMt aux hommes de nous raconter comme étant au-dessus de la raison.

Les derniers font des lieux communs d'une autre sorte : c La vérSlâ

dit l'un d'eux) et le measanf^o ont leurs visages conlormee, le port,

agoflt et les alliu'es pareilles; nous les regardons de même icil. l'ai vu

" naissance de plnsÎRurs miracles de mon temps. Encore qu'ils s'MouF-

nt en naissant, nous ne laissons pas de prévoir le train qu'ils eussent

prie, s'ils eussent vécu Icnr dge: car il n'est que de trouver le bout du

"' on dévide tanl qu'on veut, et il y a pins loin de rien à la pins pelite

mouile qu'il n'y a de celle-lk jusqu'à la plus granJe. Or, les

irejniers qui sont abreuvés de ce commencement d'étrangete, venant k

emer leur bistoire, sentent, par les oppositions qu'on leur fait, oii loge

) dinScuUi da la persuasion, et vont calfeutrant cet endroit de quelque

iïce busse. L'erreur particulière fait premièrement l'erreur publique,

t i son tour, après, l'erreur publique (kit l'erreur particulière. Ainsi

nt oe bilimcnl, s'ètoffant et se formant de main en main, de ma-

que le pins éloigné témoin en est mieux instruit que le plus voisin,

et le dernier informé mieux persuadé que le premier, d

Ce discours est ingénienx, et peut être utile pour ne pas se laisser ^n)(iorter h. toutes sortes de bruits ; mais il y aurait de l'extra vAgance l'en conclure généralement qu'on doit tenir pour suspect lont ce i;ni ^ lil des miracles, car 11 est ccrlalu que cela ne reganle au plus que ce 'W ne sait que par des bruit communs, sons remonter jusqu'à l'on^ne; il but avouer qu'il n'y a pas grand sujet de s'assurer de ce qu'on Mis linnlt ipe de cette sorte.

Mais qui ne voit qu'on peut faire aussi nn lien commun opposé ti ceiui-Ià, qui sera pour le moins aussi bien fondé? Car, comme il y a ■ miracles qui se trouveraient peu assurée si l'on remonlall jua- (|n'îl la source, il y en a aussi qui s'étouffent dans la mémoire dos âmes, on qui trouvent peu de croyance dans leur esprit, parce qu'ils «uUnt pus prendre la peine de s'en inrornier. Wolre esprit n'est . sujet i «ne seule espèce de maladie: il y en a do différeules et de tontes ciinlraires. Il y a une sotte simplivilé qui croit les clioset Ica

. ODATHIÈMS PAHTIB.n cnrant mort sims baptême dont U luire obtint k r&anti'ection pat les prières qu'ulle en Bt à saiot Èlieuae, en lui disaut avec una grande foi ; Saint maHii; Ttndti-moi nm fil). Vous «ave qui }t ne iemande m oia gii'a;!n gu'ii nt boiÏ pas «lÉnuUimon! séparé dt Dieu. Ce l'apporta coinniB une chose dont il était irâs-assurË, dans l'il lit à BOQ peuple, sur le onj^t i^'"^ ^utcc miracle trËsiosigue pi venait d'arriver en cq monciil-lfa même dans l'église où il prècbait, lequel il décrit focl au long dans est endroit de la Cité de Dieu.

Il dit que sept trËres et trois sœurs, d'une houuète luioille Ai Cèx^réi û Cappadoce, aynnt ^lé maudilapar leur méie ponruDetninreqQ'ilsM .avuent Taite, Dieu les avait panis de cette peine, qu'ils élaienC cootlnuel'fmeat agités, et dans le sommeil même, par nn borrible trunlilenient de tonl le corps: ce qui était si diiTonnc, que, ne pouvant plus BoutTrir la vue des personnes de leur counaissaoce, ils avaient tous quitté leur pa;s pour s'en aller de divers celés, et qn'aîiui l'on de tee Frères, appelé Paul, et l'une de see sœuts, appelée Palladie, étsiaot ), et s'étaut Tait remarquer par bute la ville, on avait appris d'eux la cause de leur mallleur; que ie propre jour de PSqaes, la frire, priant Dieu devant les barreaux de la chapelle de Saint-ËlienDé, .tonitia tout d'un coup dans un assonpissemeat pendant lequel on s'aperçut qu'il ne tremblait plus; et s'élant réveillé parraitement aain, il se s l'église un grand bruit du peuple, qui iouaïl Dieu de ce miracle et qui courait t saint Augu|tin, lequel se préparai! il dire la messe, ■.pOur l'avertir de ce qui s'était passé.

' ■ Après, dit-il, que les cris de réjouissance furent passés et que

K friture sainte eut été lue, je leur dis peu de cboae sur la fête et sur .ï' grand sujet de joie, parce que j'aimai mieux leur laisser, non pas ' entendre, mais considérer l'éloqucDce do Dieu dans col ouvrai^e divin, li ensuite ehei moi le frère qui avait été guéri ; je lui lis conlflr le aon histoire, je l'obligeai de l'écrire, et le lendemain je promis an 'e que je la lui ferais réciter le jour d'après. Ainsi le troisième is Pdqaes, ayanl fait mettre le frère et la sœur sur les degrés fcalln que tout le peuple put voir dans la sœor, pi avait encore *[ilile Iremblemeal, de quel mal le frère avait été délivré par U H Dieu, je (ts lire le récit de leur histoire devant le peuple, et li aller. Je commençai alors b prêcher sur ce sujet (on a le ^ i est le *î3"), et tont d'un coup, lorsque je parlais encore, i'cH de joie a'élève du c6t6 de la chapelle, et on m'amène la |Ui, étant sortie de devant moi, y était allée et ; avait été parfai- ElfuËrie en la mime manière que son frère; ce qui causa nne telle Kfuml le peuple, qu'il peine pouvait-on supporter le brait qu'ils

d|li vealu rapparier toutes les partltnlaritês de ce miracle ponr mère les plus incrédules qu'il y aurait de la folie b le révoquer BUtSfltussi bien que tant d'autres que ce salut raconte au mi~ '~ litj-ctr, supposé qne les choses eoleat arrivées comme il le rt

oqu érwt ' J

SfiO LOGIQUE.

il n'y a pftint de personnes raisonnaLles qui n*y doivent reconnaître le diiJL'i ili* MiiMi, ri ainsi tout ce qui resterait à l'incrédulité serait de diiiitcr du (cinuiKuaKe même de saint Aujnistin, de s'imaginer qu'il a 'dWvrc la >crité pour autoriser la religion chrétienne dans l'esprit des p.jïcn» : or, c'est ce qui ne peut se dire avec la moindre couleur :

Premièrement, i»ar»:e qu'il n'est point vraisemblable qu'un homme judicieux eût voulu mentir en des choses si publiques, où il aurait pu t'irt* convaincu de mcn>(»nge par une infmité de témoins: ce qui n'aurait I>n tourni'r qu'à lu honte de la religion chrétienne; secondement, i)arcc qu'il n'y eut jamais personne plus ennemi du mensonge que ce sainte suititut en matière de religion, ayant établi par des livres entiers, iiMn-soulement (ju'il n'est jamais permis de mentir, mais que c'est un criiuc horrible de le faire, sous prétexte d'attirer plus facilement les hnmmes à la fui.

Kt c'est ce qui doit causer un extrême étonncmcnt de voir que les hérétiques de ce temps, qui regardent saint Augustin comme un homme très-êclairé et très-sincère, n'aient pas considéré que la manière dont ils ]»arlcnt de l'invocation des saints et de la vénération des reliques, comme d'un culte superstitieux et qui tient de l'idolâtrie, va à la ruine do toute la religion : car il est visible que c'est lui ôter on de ses plus solides fondements que d'ûter aux vrais miracles l'autorité qu'ils doivent avoir pour la contirmation de la vérité ; et il est clair que c'est détruire entièrement cette autorité des miracles, que de dire que Dieu en fasse pour récompenser un culte superstitieux et idolâtre. Or, c'est proprement ce que les hérétiques font, en traitant, d'une part, le culte que hs ralhtdjjpn's rendent aux saints et à leurs reliques, d'une superstition criminelle; et ne pouvant nier, de l'autre, que les plus grands amis de Dieu, tel qu'a été saint Augustin, par leur propre confession, ne nous aient assuré que Dieu a guéri des maux incurables, illuminé des aveu. gles et ressuscité des morts, pour récompenser la dévotion de ceux qui iuvoiiuaient les saints et révéraient leurs rehques.

Eu vérité, cette seule considération devrait faire reconnaître à tout homme de bon sens la fausseté de la religion prétendue réformée.

Je me suis un peu étendu sur cet exemple célèbre du jugement qu'on doit faire de la vérité des faits, pour servir de règle dans les rencontres semblables, parce qu'on s'y égare de la même sorte. Chacun croit que c'est assez pour les décider de faire un lieu commun, qui n'est souvent composé que de maximes, lesquelles non-seulement ne sont pas universellement vraies, mais qui ne sont pas même probables, lorsqu'elles sont jointes avec les circonstances particulières des faits que l'on examine. Il faut joindre les circonstances et non les séparer, parce qu'il arrive souvent qu'un fait qui est peu probable selon une seule circonstance, qui est ordinairement une marque de fausseté, doit être estimé certain selon d'autres circonstances ; et qu'au contraire, un fait qui nous paraîtrait vrai selon une certaine circonstance, qui est d'ordinaire jointe avec la vérité, doit être jugé faux selon d'autres qui affaiblisscut celle-là, comme on l'expliquera dans le chapitre suivant.

OUATniÊMIi PARTIE.

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