CHAPITRE XV
H y a encore une autre remarque trÈs-importante h fmresurlacroyance des événements: c'est qu'entre les circonstances qu'on doit considérer pour juger si on doit les ou ne pas les croire, il y en a qu'on peut appeler Ses circonstances communes, parce qu'elles se rencontrant an beaucoup de faits, et qu'elles se trouvent incomiparablcmenl plus souvent jointes à la vérité qu'à la fausieté; et alors si elles ne sontpoint contre-balancées par Vauti'cscirconslancesparticuli&res qui affaiblissent ou qui liiient dans notre esprit les motifs de croyance qu'il rail de ces circonstances communes, nous avons raison le croire ces événements, sinon certainement, au moins IWfr-probablement : ce qui noua suffit quand nous soia- [^ obligés d'i!njuger,car comme nous nous devons con- ^nter d'une certil ude morale dans les choses cpii ne sont ma susceptibles d'une certitude métaphysique, lors aussi [ue noua no pouvons pas avoir une entitre certitude molale, le mieux que nous puissions faire, quand nous somnes engagés à prendre parti, est d'embrasser le plus pro- Wble, puisque ce seraitun renversement de îa raison ù'embrasser le moins probable'.
Que si, au contraire, ces circonstances communes qui nous auraient portés à croire une cbose se trouvent jointes k d'autres circonstances particulières qui ruinent dans notre esprit, comme nous venons de dire,les motifs de croyance qu'il tirerait de ces circonstances communes, on qui même soient telles qu'il soit fort rare que de senir jlables circonstances ne soient pas accompagnées de fana-
3ri2 LOGIQUE.
srlrs, nous n'avons plus alors la m6mc raison de croire cr't c'vénonicnt : mais ou noti-o esprit domoure en suspens, si les circonslances particulières ne font qu'affaiblir le poids des cii*constanccs communes; ou il se porte à croire que le fait est faux, si elles sont telles qu'elles soient ordinairement des marques de fausseté. Voici un exemple qui peut éclairtir celle remarque.
C'est une circonstance commune à beaucoup d'actes d'ôtrc signés par deux notaires, c'eslrà-dire par deux personnes publiques quiont d'ordinaire grand intérêt à ne l)oint commeltrc de fausseté, parce qu'il y va non-seulement de leur conscience et de leur honneur, mais aussi de Irur bien et de leur vie. Cette seule considération suffit, si nous ne savons point d'autres particularités d'un contrat, pour croire qu'il n'est point antidaté ; non qu'il n'y en puisse avoir d'antidatés, mais parce qu'il est certain que de mille contrats, il y en a neuf cent quatre-vingtdix-n(;uf qui ne le sont point : de sorte qu'il est inconiparablement plus probable que ce contrat que je vois est l'un des neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, que non pas qu'il soit cet unique qui entre mille peut se trouver antidaté. Que si la probité des noUiires qui l'ont signé m'est parfaitcuKMit connue, je tiendrai alors pour très-certain qu'ils n'y auront point commis de fausseté *.
Mais si h celte circonstance comnmne d'éti'e signé par deux notaires, qui m'est une raison suffisante, quand elle n'est point combattue par d'autres, d'ajouter foi à la date d'un contrat, on y joint d'autres circonstances particulières, comme que ces notaires soient dilliimés pour être sans honneur et sans conscience, et qu'ils aient pu avoir un grand intérêt à cette falsification, cela ne me fera pas encore conclure que ce contrat est antidaté, mais dîmi-. nuera le poids qu'aurait eu sans cela dans mon esprit la signature des deux notaires pour me faire croire qu'il ne le serait pas. Que si, de plus, je puis découvrir d'autres
1. Pascal, auquel les logiciens de Poit-lloyal ont fait une foule d'emprunts, est rinventeor du calcul des
probabilités , dans lequel on détermine mathématiquement le nombre de chances favorables ou eontrairca.
OUATBIÈMP, PARTIE. 363
preuTBB positives de cette antidate, ou par témoins," ou pai des arguments IrÈs-forts, comme aeraill'impuissance où un homme aurait été de prôter vingt mille ccus en un temps où l'on montrerait qu'il n'aui'ait pas eu cent écus vaillant, je me déterminerai alors k croire qu'il y a de la fausseté dans ce contrat ; et ce serait une prétention trèsdéraisonnable de vouloir ni'oliliger, ou h ne pas croire ce contrat antidaté, ou h reconnaître que j'avais tort de supposer que les autres où je ne voyais pus les mfimea marques de la fausseté ne l'étaient pas, puisqu'ils pouvaient l'être comme celui-là.
On peut appliquer tout ceci à des malifres qui causent souvent des disputes parmi les doctes. On demande si un livre est véritablement d'un auteur dont il a loujoura porté le nom, ou si les actes d'un concile sont vrais ou 3Uppo!=és.
Il est certain que le préjugé est poui" l'auteur qui est depuis longtemps en possession d'un ouvrage, et pour la vérité des actes d'un concile que nous lisons tous les jours, et qu'il faut des raisons considérables pour nous faire croire le contraire, nonobstant ce préjugé.
C'est poui'quai un fort habile liomme ùa ce <«iD|ja a;ant voula nioii' tP^ que la lettre de saint Cypricn an pape Ëlienue aiir te Eujcl de IkUrlien, évèqiie d'Arles, n'est pas de ce saint martyr, il n'en a pu persuader lessavanls, aea conjccturea ne leur ayant paa parnasBCiforleâ pour Olei' à saint Cyprieii one piËoe qni a lotijoura porlJ son nom, et qut a uns parfaite rosse tnblance de style avec ses ouvrages.
C'est ËU vain suebI que Blondel et Satnnaise, ne pouvant répondre i l^gnment qu'on Ûre des ieUres de saint Ignace pour la supériorité de f ÉvSqne BU<^e9sus des pr6t(U dès l« commencemant de l'Église, ont voulu prétendre pc toutes ces lettrei élaieut supposées, selon même qu'elles onl ttë iuipriniÈos par isaac Voaeius el Ussérius sur raacien DUnUKi'U grec lie lu 1Ii!)lmth^qlIe is Florence ; ils ont èlè réfutés giar cent même de leur parli, parce ([n'avonant, comnie ils font que nous avons les mêmes lettres qui oui été ciléea par Eusèlie, par saint Jérdme, par Tliéodoret, et même par Origine, i! ti'y a nulle apparence que les lotiras de saint Ignace, ayant élé ipcueillies par saint Polycarpc, ce» véi'ilalilus lettres soient disparues, «t qu'on en ail supposé d'antres dans le Ifîinps qui a'est passé entre saint Polycaipe et Origêne, on EusMe ; outre qnï ces lollres de saint Ignace, que nous avons maintenant, ont UD certain caractère da stuutelé et de simplicité si pro^ia t. t: