‹ La logique de Port RoyalChapitre 2 sur 170 · LA LO&IQUS, OU L'ART DE PENSER · texte numérisé non relu

LA LO&IQUS, OU L'ART DE PENSER

» La logique est l'art de bien conduire sa raison dans la connaissance des choses, tant pour s'instruire soi-même que pour en instruire les autres.

» Cet art consiste dans les réflexions que les hommes ont faites sur les quatre principales opérations de leur esprit, concevoir, juger, raisonner et ordonner.

» On appelle concevoir la simple vue que nous avons des choses qui se présentent à notre esprit, comme nous nous représentons un soleil, une terre, un arbre, un rond, un carré, la pensée, l'être, sans en former aucun jugement exprès; et la forme par laquelle nous nous représentons ces choses s'appelle idée.

» On appelle juger l'action de notre esprit par laquelle, joignant

soit ronde.

it tirs miiportéeà Die», cl que la vertu des (laitiia ue liiiéUit pas rappariée, Il en conclat que la vertu dea psîena n'élsit pas une véiilnliie v(![|ii.

» ùw ii|i;ii!Ueid Dcdanncr* l'action de l'eapiil par laquelle, ataoltiir un mtme sdji'I, uDinme sur le corpa LuniHin, dlveriea IdÈei, diyèr» Jugenienls et divers raisouuenients, il les disposa en lu manière U plus propre [lour faire connallre ce aujel. C'est ce qu'an appelle encore mitkvdi.

a De lont Ce que nous venons de dire, il s'enguil que la logique peut" Être divÎEÉe eu quatie psrlles, aelon les diveries riiUetions que l'ur "-" Hur ce» quatre opéraliong de l'eapril.

LES niFLEIlOHS sus LES IDÉE!

e La deuiiËme, selou ta prlDCi^jalu dîiïéreace des ubjets qu'elles rejpfdsenlcnl:

u La iroinifïme, selon lenr simplicité on compoiillon, eâ anus tmiterong

>i Ui qiujii'itme, eeton leur étendue on restriction, c'eal-à-dire leur univrJsnFité, fiiirticularité, singularité:

u La cLiiqiiii:iue, selon leur dai'l^ et ùbËCUj'itâ, oudiatinctiooelcauru-

CltAPlTtlE I". — Des Idtes seloD lenr nature et lenf originB.

«Le mot A'iilfttMAa nomljre de ceix qui icnlsi elairs qu'on no pcitt les expliquer par d';iulres, parce qu'il n'y ou u point de plus cla'™ "' dB plus siiniile».

n lt:iiE luut ve qu'on peut faire pour empêcher qu'on ne s'; trompe, eel de marquer la fausae inleUigeuce qu'on pourrait duouer A 'uiot.

a La pluuart croient lie pontoir concevoir une choee quand ila ne Il peaveot [uiaginei-, c'cat-E-diro sa la repréeeoter soui nue image {. portlICi cumoie s'il u'jr avait en nous que cette Gcule uiauiËre de penser Mit concevoir.

» Lortqne je m'imagine uu triangle. Je ue le con';.oit pat leulemeut comme une flgure terminée par trois ligaes droites : niafa, outre cers, je cDUâiiK^rc cea Ituia lignes comme preaeulea, pr la force fit l'iptilieaiioji iiil^rii^ure de mon epipril, et c'est proprement ce qui «'appelle iiniigiiier. <J"e ai je veux penser k une tlpive de mille sngles. je cfln> i:(>ij t<l<iii. à la vérité, que c'est nne itL-iufl comnoséu de mille cfllén,^ »wii hi:\li}mml qne Je con;oia qu'un triangle est une ligure compuii'i du Iriitâ iJ-iéi seulement: mais Je ue puia m'iuiaeiner las mille cAld! de celle ligure, ni pour «Inii dire les regarder comme présents avec les yeu\ du luon esprit.

Il gue coDcevons-nons nlut clairement que notre [ipnsée lorsque nous,

ScnsciiB? El cepeailaoi il e<it Impotslble île s'imagiuer une peuEéo, ni 'eu peindre uucuue image dans outre cerveau.

ANALYSE DE LA LOGIQUE DE POKT-ROYAL. vi!

, » C'est ce qui fait voir la fausseté de deux opinions qui ont été

'^' avancées par des philosophes de ce temps (Ilobbes et Gassendi).

» La première est q^ue uous n'avons aucune idée de Dieu, car si nous n'en avions aucune idée, en prononçant le nom de Dieu nous n'en con-

cevrions que ces quatre lettres, D,i,e,u, et un Français n'aurait rien davantage dans Tcsprit en entendant le nom de Dieu, que si, entrant dans une 8yna{,'ogue et étant entièrement ignorant de la langue hébraïque, il entendait en hébreu Adonal ou Elolia.

» Si nous n'avions t)oint Tidée de Dieu, sur quoi pourrions-nous fonder toutee que nous disons de Dieu, comme, qu'il n'y en a qu'un,

3u'il est éternel, tout-puissant, tout bon, tout sage, puisqu'il n'y a rien e tout cela enfermé dans ce sou Dieu?

. » La seconde de ces fausses opinions est ce qu'un Anglais a dit: «Que le raisonnement n'est peut-être autre chose qu'un assemblage et enchaînement de noms par ce mot est. D'où il s'ensuivrait que, par la raison, nous ne concluons rien du tout touchant la nature des choses, mais seulement touchant leurs appellations (Ilobbes).

» Les diverses nations ayant donné divers noms aux choses, et même aux plus claires et aux plus simples, comme à celles qui sont les objets de la géométrie, ils n'auraient pus les mêmes raisonnements touchant les mêmes vérités, si le raisonnement n'était qu'un assemblage de noms par le mot est.

» Nous voyons donc assez ce que nous entendons par le mot d'idée : il ne reste plus qu'un mot à dire de leur origine.

» Toute la question est de savoir si toutes nos idées viennent de nos sens, et si l'on doit pa^i^er pour vraie cette maxime commune : Nihil eut in intalleda quodnon i.rÎHS fuerit in senau,

» C'est le sentiment d'un philosophe (Gassendi) qui est estimé dans le monde, et qui commence sa logique par cette proposition : Oirmis idea orlum diicit a sensibus ; « Toute idée tire son origine des sens. »

» Il n'y a lien que nous concevions plus distinctement que notre pensée même, ni de proposition qui puisse nous être plus claire que celle-là : Je peiisej donc je suis. Or, nous ne pourrions avoir aucune certitude de cette proposition, si nous ne concevions distinctement ce que c'est qxi'ctre et ce que c'est que pemer. Si donc on ne peut nier que uous n'ayons en nous les idées de l'être et de la pensée, je demande par quel sens elles sont. entrées : sont-elles lumineuses ou colorées, pour être entrées par la vue? d'un son grave ou aigu, pour être entrées par l'ouïe? d'une bonne on mauvaise odeur, pour être entrées par l'odorat? de bon ou mauvais goût, pour être entrées par le goût? froides ou chaudes, dures ou molles pour être entrées par l'attouchement?

CnAPITRË II. — Ses idées, considérées selon lears objets.

» Tout ce que nous concevons est représenté à notre esprit, ou comme chose, ou comme manière de chose, ou comme chose moditlée.

» C'est ce qui se comprendra mieux par des exemples.

» Quand je considère un corps, l'idée que j'en ai me représente une chose ou une substance, parce que je le considère comme une chose qui subsiste par soi-même, et qui n'a point besoin d'aucun sujet pour exister.

» Mais quand je considère que ce corps est rond, l'idée que j'ai de la rondeur ne me représente qu une manière d'être, ou un mode que je conçois no pouvoir subsister naturellement sans le corps dont il est rondeur.

ANALYSE DE LA LOGIQDE DE POnT-nOYAL.

CllAPlTHE 111. — Des dii cUigories d'Arlitola.

D On peut rupporler i cette conEidérïtion ûes idéos selon leurs objets les dii catégories d'ArUtole, puisque ce ue sont giie diverses elassM ttusiDsIles ce [ibihisopbe a Tonlu rédoii'e tous les ubjets de nos jtcaaiies, en coinpreniuil toutes les siibaïnnces eodj la première, et tous les ^^ accidents sous les neuf autres. Voici les qualre plus impcrtanles :

Page 1