‹ La logique de Port RoyalChapitre 41 sur 170 · I. Siint Thomns d'Aquiu {ai · texte numérisé non relu

I. Siint Thomns d'Aquiu {ai

PREMIÊns ÏABTIB. 77

!S autl-psonl pour eux les mCDies mouvements d'estime it d'admiration; de sorte que l'on considÈre leur état, lon-seulemeut environné de toute la pompe et de toutes commodités qui y sont jointes, mais aussi do tous jugements avnntageux que l'on forme des riches, et ne l'ou connaît par les discours ordinaires des hommes ' par sa propre expt^rience.

C'est proprement ce faotfime ', composé de tous les adirateurs des riches et des grands, que l'on conçoit™ jivîronner leur trflne, et les regarder avec des sentË lents intérieurs de crainte, do respect et d'abaissemeilH ai fait l'idole des ambitieux, pour lequel ils travaille^ Dute leur vie et s'exposent à tant de dangers. Et pour montrer que c'est ce qu'ils recherchent i, l'ils adorent, il ne faut que considérer que, s'il n'y avai . monde qu'un homme qui pensât, et que tout le reste ' ceux qui auraient la figure humaine ne fussent que des atues automates, et que de plus ce seul homme rniaonible, sachant parfaitement que toutes ces statues qui i ressembleraient extérieurement seraient entièrement ivées de rulBon et de pensée, sût néanmoins le secret I les remuer par quelques ressorts, et d'en tirer tous » services que nous lirons des hommes, ou peut bien oire qu'il se divertirait quelquefois aux divers raouveeuts qu'il imprimerait à ces statues; mais certaineent il ne mettrait jamais son plaisir et sa gloire dans . respects extérieurs qu'il se ferait rendre par elles; il serait jamais flatté de leurs révérences, et même il în lasserait aussitôt que l'on se lasse des marionnettes;

" "',e qu'il se contenterait ordinairement d'en tirer J s services qoi lui seraient nécessaires, sans se soucîerl (lasser un plus grand nombre que ce qu'il en au- j it besoin pour son usage.

Ce n'est donc pas les simples effets extérieurs de l'o- 1 ce des hommes, séparés de la vue de leurs pen-j ses, qui sont l'objet de l'amour des ambitieux;

iiDlipent-ètre i Bioon,

3 des idola,9

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veulent commanricr à des liommes et non b. des aiito niak's, et leur plaisir consiste dans la vue des inouvfti ments de craÏQte, d'estime et d'admiration qu'ils excitcnl dans les autres'.

C'est ce qui Tait voir que l'iilée qui les occupe est auss^ vaine et aussi peu solide que celle de ceux qu'on appelle proprement hommes vains, qui sont ceux qui se repais^ sent de louaugcs, d'acclamations, d'Ologes, de titres e' des autres choses de cette nature. La seule chose qui le^ eu dislingue est îa différence des mouvements et des JU'S gements qu'ils se plaisent d'exciter; car, au lieu que le| hommes vains ont pour but d'exciter des mouvemenfJ d'amour et d'estime pour leur science, leur éloquenc leur esprit, leur adresse, leur honte, les ambitieux veu leut exciter des mouvements de terreur, de respect ( d'abaissement sous leur grandeur, et des idées couFormeil h ces jugements par lesquels on les regarde comme terJ ribles, élevés, puissants. Ainsi les uns et les autref niotlent leur bonheur dans les pensées d'aiil luî ; mais leâ uns choisissent certaines pensées, et les aulres d'autreâ^

Il n'y a rien de plus ordiniiire que de voir ci fantômes, composés des faox jugements des hommes donner lebranle aux plus grandes entrepri-^cs, et servir â principal objet h toute la conduite de la vie des hommes

Cotte vuleui-, si estimée dans le monde, qui fait qiss ceux qui passent pour braves se précipitent sans crainta dans les plus grands dangers, n'est souvent qu'un e~ de l'application de leur esprit i ces images vides efl creuses qui le remplissent, l'eu de personnes niépi-iseï^ aérieuscnient la vie; et ceux qui semliletil alTronler l' mort avec tant de hardiesse h une brtche ou dans uni balaillo tremblent comme les aulres, et souvent plus qia les autres, lorsqu'elle les attaque dans leur lit. Mais q qui produit la générosité qu'ils font paraître en quelquw vcnconlres, c'est qu'ils envisagent, d'une part, lesrfti Icrios que l'on fait des îàcfies cl, de l'autre, les louange

t. Cei [icBiicis lli>M9 funl TccmliiaUro. diiiB ca clio[vltra, la n

pnRMtftnB PARTIE. lO

[u'on donne aui vdlluuls hoiimies; el ce douLle TaniiTip, les occupant, ks délomne de la considéraiion des ^ngars et do la mori'.

C'est par celU? ruison que ceux qui ont plus sujet de ■pire que les hommes les regardent, étant plus rcniidis lu vue de ces jugements, sont plus vaillants et plus Snéreux. Ainsi les capitaines ont d'ordinaire plus de Jurage que les soldats*, et les geutilshommes que ceux il ne le sont pas, parce qu'ayant plus d'Iioniieur à per- « cL i acquérir, ils en sont aussi plus vlvPmL>nt toutes. Les mêmes travaux, disait un grand capitaine, ne int pas également pénibles à un général d'armée et i n soldat, parce qu'un géni^ral est soutenu par les juements de toute une arm^e qui a les ycu:c sur lui, au tu qu'un soldat n'a rien qui le soutÎBone que l'espérance jino petite récompense et d'une basse rCputulion de on -soldat, qui ne s'étend pas souvent au àiAk de la jompagnie'.

' Qu'est-ce que se proposent ces gens qui bâtissent des luisons superbes beaucoup au-dessus de leur condition ; de leur Fortune? Ce n'est pas la simple commodité l'ils yrechercbent; cette magnificence excessive ynuit lus qu'elle n'y sert, et il est visible aussi que s'ils étaient !uls au monde, ils ne prendraient jamais cette peine, ton plus que s'ils croyaient que tous ceux qui verraient ^irs maisons n'eussent pour eux ijue des sentiments de lÉpris. C'est donc pour des hommes qu'ils travaillent ^ pour des hommes qui les approuvent. Us s'imaginent tous ceux qui verront luurs palais concevront des Sûovements de respect et d'admiration pour celui qui est. le maître; et ainsi ils se représentent à eux-mCmes milieu de leurs palais, envh'onnés d'une troupe de ËDS qui les regardent de bas en haut, et qui les jugent

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SO lOGIOUB.

gmiids, puissants, hfureux, magnifiques; et c'est poto-^ cette i^ée qui les remplit qu'ils font ces grandes dispenses I et prennent toutes ces polnes.

Pourquoi croil^on que l'on charge les carrosses de ce I grand nombre de laquais? Ce n'est pas pour le service | qn'on en lire, ils incommodent plus qu'ils ne s mais c'est pour exciter en passant, dans ceux qiû les J voient, l'idée que c'est une personne de grande condition | qui passe; et la vue de cette idée qu'ils s'imaginent que I l'on se formera envoyant ces carrosses satisfait la vanité j de ceux à qui ils appartiennent.

Si l'on examine de même tous les états, tous les em- | plois et toutes les professions qui sont estimés dans le | inonde, on trouvera que ce qui les rend agréables, et ce 1 qui soulage les peines et les fatigues qui les accompa- I gnent, est qu'ils préseotent souvent à l'esprit des mou- ï veraents de respect, d'estime, de crainte, d'admiration, que les autres ont pour nous ' .

Ce qui rend, au contraire, la solitude ennuyeuse h la plupart du monde est que, les séparant de la vue des ] liommes, elle les sépare aussi de celle de leurs jugements I et de leurs pensées. Ainsi, leur cœur demeure vide et I alfamé, étant privé de cotte nouFriture ordinaire, et ne .1 li-ouvant pas dans soi-même de quoi se remplir. Et c'est J pourquoi les philosophes piûens ont jugé la vie solïlaire i si insupportable, qu'ils n'ont pas craint de dire que leur 1 Sage ne voudrait pas posséder tous les biens du corps I et de l'esprit, h condition de vivre toujours seul et de ne j parler de son bonheur avec personne. H n'y a cpo la religion chrétienne qui ait pu rendre la solitude agi^atile, parce que, porfant les hommes & mépriser ces vaines | idées, elle leur donne en m6me temps d'autres objets plus capables d'occuper l'esprit, et plus dignes de remplir 1 le cœur pour lesquels ils n'ont point besoin de la vue et ] du commerce des hommes.

Mais il faut remarquer que l'amour des hommes ne es J

I. Lo ii«iiohiiaI k In BunLnliilill ti'n 1 lirnenti ansai àgoïstei ^m n vrais eiptication ilani des Hti- 1 jiBrls ici NicoId.

PREMiflIlE PARTIE. Bl

termine pas proprpmcTit à conniiitre Ips pens^ps fit les sentiraents des autres, mais qu'ils s'en acrvent 6fiiilpmp.nt pour agrandir el pour rehauBsor l'idée qu'ils ont d'euxtoâmes, en y joignant et incorporant toiitos ces idf^es ilrangères, et s'irnaginant, par une illusion grossitre, [a'îls sont réellement plus grands parce qu'ils sont dans ine plus grande maison et qu'il y a plus de gens qiii les jdmirent, quoique toutes ces choses qui sont hors d'eux, at toutes ces pensées des autres hommes, ne mettant rien ;eo eui, les laissent aussi pauvres el aussi misérables qu'ils étaient auparavant.

On peut découvrir par là ce qui rend agréables aux jmmes plusieurs choses qui semblent n'avoir rien d'elles-niômes qui soit capable de les divertir el de leur plaire; car la raison du plaisir qu'ils y prennent est quo l'idée d'eux-raCmes se représente à eux plus grande qu'ji l'ordinaire par quelque vaine ctrcoostance que l'on y joint.

■ On prend plaisir àparler des dangers que l'on a courus, parce qu'on se forme sur ces accidents une idée qui nous représente à nous-mêmes, ou cumme prudents, ou Comme favorisés particuJifereraeul de Dieu. On aime à parler des maladies dont on est guéri, parce qu'on so représente à soi-même comme ayant beaucoup de force lour résister aux grands maux ' .

On désire remporter l'avantage en toutes choses, et Déme dans les jeux de hasard, ofi il n'y a nulle adresse, 6rs même qu'on ne joue pas pour le gain, parce quo l'on ftint à son idée celle d'heureux : il semble que la fortune lit fait choix da nous, et qu'elle nous ait favorisés comme lyant égard à notre mérite. On conçoit même ce bonbieur prétendu comme une qualité permanente qui donne droit d'espérer à l'avenir !e mSme succès ; et c'est pourquoi il y en a que les joueurs choisissent, et avec qui ils aiment mieux se lier qu'avec d'autres, ce qui est entiè-

rement ridicule : car on peut liien dire qu'un homme* J {^é heureux jusqu'à un cerlnin moment; mais, pûurlji I raDJnenl suivant, il n'y u quIIb probatiiiti^ plus grande 1 (jn'il la soît que ceux qui ont él6 les plus malheureu

Ainsi, l'esprit ùe ceux qui n'aiment quB le monde n'a i pour objet en efTet que de vains fantômes qui l'amiisent et l'occupent inisérablcment, et ceux qui passent pour IfsH plus sages ne se repaîssenl, aussi bien que les autres, que d'illusions et Je songes. Il n'y a que ceux qui rup- | portent leur vie et leurs actions aux choses étemelles que i l'on puisse dire avoir un objet solide, réel etsubsîsiant, ' étant vrai à IV'gard de tous les antiçs qu'ils aiment la va^ nilf5 et le néant, et qu'Cs courent après la fausseté et le i incnsons'e.

CnAPITRE XI

n UNE II HE

Nou d j\ d q 1 nécessité que nous avons J

d'user d f, t p ur nous faire entendre fait 1

que nous attacbons tellement nos idées aux mots, que | Bouvenl nous considérons plus les mots que les choses '. Or, c'est une des causes les plus ordinaires de la confusion do nos pensées et de nos discours.

Car il faut remarquer que, quoique les hommes aient souvent de diirérontcs idées des mêmes choses, ils se servent néanmoins des miîmes mots pour les exprimer, comme l'idée qu'un piiilosoplie païen a de la vertu n'est pas k même que celle qu'en a un théologien, et néanmoins chacun exprime son idée par le même mot de vei-lu.

De plus, les mf^mes hommes en différents âges ontcoiisidéré les uiémes chusos en des manîtrcs Irès-différouLct^, et néanmoins ils ont toujours rasseEiiblé toulCB

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