‹ La logique de Port RoyalChapitre 45 sur 170 · OBSERVATIONS IMPOIITAMTES TOUCHANT LA DÉFINITION DES MOTS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS IMPOIITAMTES TOUCHANT LA DÉFINITION DES MOTS

Après avoir expliqué ce qne c'est que les définitions des noms, et combien elles sont utiles et nécessaires, i! est important de faire quelques observations sur la manière de s'en servir, afin de ne pas en abuser.

La première est qu'il ne faut pas entreprendre de définir tous les mots, parce que souvent cela serait inutile, et qu'il est même impossible de le faire. Je dis qu'il ecrait souvent inutile de déGnir certains noms ; car, lorsque l'idée que les hommes ont de quelque chose est distincte, et que tous ceux qui entendent une langue forment la mCme idée en entendant prononcer un mot, il serait inutile de le (îéûnir, puisqu'on a déjà la fin de la définition, qui est que le mot soit attache h une idée claire et distincte. C'est ce qui arrive dans les choses fort simples dont tous les hommes ont naturellement la môme idée; de sorte que les mois par lesquels on les signifie sont entendus de la même sorte par tous ceux qui s'en servent, ou, s'ils y mPlent quelquefois quelque chose d'obscur, leur principide attention néanmoins va toujours b ce qu'il y a de clair ; et ainsi tous ceux qui ne s'en servent que pour en marquer l'idée claire, n'ont pas sujet de craindre qu'ils ne soient pas entendus. Tels senties mots i'èire, (le pensée, d'étendue, A'égatité, de durée ou de temps, et autres semblables. Car, encore que quclques- UDB obscurcissent l'idée du temps par diverses pr()poBilions qu'ils en forment, et qu'ils appellent définitions, comme que le temps est la mesure du mouvement selon l'antériorité et la postériorité ', néanmoins ils ne s' arrêtent pas eux-mêmes à cette définition, quand Us entendent

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temps, et n'en conçoivent antre chose que co jïi?QiiIureUement tons les autres en conçoivent : ot ainsi ,es savants et les ignorants entendent la mèdie chose, cl avec la même facilité, quand on leur dit qu'un cheval est Dioias <Ie temps & faire une lieue qu'une tortue. ! Je dis de plus qu'il sarait impossible do déAnir tous les inols ; car, pour défliiir un mot, on a nécessairement be- )goin d'autres mots qui désignent l'idée à laquelle on veut attacher ce mol; et, ai l'on voulait aussi définir les mots Idont on se serait servi pour l'explication de celui-là, on en aurait encore besoin d'autres, et ainsi à l'inlhii. 11 faut donc nécessairement s'arrêter à des termes primilifa çpi'on ne définisse point; et ce serait un aussi grand dcfftut, de vouloir trop définir que de ne pas assez définir, parce que, par l'un et par l'autre, on tomberait dans la confusion cpie l'on prétend éviter*.

La seconde observation est qu'il ne faut point changer s définitions déjà reçues, quand on n'a point sujet d'y trouver à redire; car il est toujours plus facile de faire ■entendre un mot, lorsque l'usage déjà reçu, au moins parmi les savants, l'a attaché à une idée, que lorsqu'il l'y faut attacher de nouveau, et le détacher de quelque autre idée avec laquelle on a accoutumé de le joindru. C'est pourquoi ce serait une faute de changer les déOnîtîoiis reçues par les malhtîmaticiena, si ce n'est qu'il y

eût quelqu'une d'embrouillée, et dont l'idi^e n'aurait pas été désignée assez nettement, comme peut-être celle de l'angle et de la proportion dans Euclide '.

La, troisième observation est que, quand on est obligé de définir un mot, on doit, autant que l'on peut, s'ac- ■commoder à l'usage, en ne donnant pas aux mots des Bens tout à fait éloigm^s de ceux qu'ils ont, et qui pourraieat même être contraires à leur étymologle, comme

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fvi^,,r, HO'Ktyi. 4""^, "nf Lu™^™ ïblubieB, qui lODt en grand nombci

' ÏEuprtt giomâirique.

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qui dirait; : J'appelle pariLll^lojranimo une Pgure Icrmînée par trois ligties ; mais se conlenlaEl pour l'ordinaîrô de dépouiller les mots qui ont doux sens, de l'un de ces Bens pour l'attachei- uniquemeut à l'autre. Comme la cîaa-leur signiflanl, dans l'usage commun, et le sentiment que nous avons, et une qualité que nous nous imaginons dans le l'eu tout à fuit semblable h. ce que nous soûlons ; pour éviter cette nraliiguïttî, je puis me servir du nom de chaleur, eu l'appliquant à l'nne de ces idées, et le détacbaiit de l'autre ; comme si je dis : J'appelle chaleur le sentiment que j'ai quand je m'approche du feu, et donnant à la cause de ce sentiment, ou un nom tout à l'ait diffiii-ent, comme serait celui d'ardeur, ou ce mÈma nom, avec quelque addition qui le détcrmîuti et qui le dislingue de chaleur prise pour le seoliment, comme qui dirait la chaleur virtuelle'.

La raiaon de cette observation est que les hommes, ayant une fois atlachô une idée h, un mot, ne s'en défont pas facilement; et ainsi leur ancienne idée, revenant toujours, leur fait aisément oublier la nouvelle que voua voulez leur donner eo définissant ce mot; de sorte qu'il serait plus facile de les accoutumer h. un mol qui ne bîgniDerait rien du tout, comme qui dirait ; J'appelli-. ùara une figure terminée par trois lignes, que de les accoutumer h dépouiller le mot Aa parallélogramme de ridée d'une figure dont les cûIéb opposés sont parallt-lcs, poui' lui faire siguiHcr une figure dont les côtés ne peuvent ûti'e parîdltles.

C'est un défaut dans lequel sont tombas tous If s chilliistes, qui ont pris plaisir de changer les noms ft, la plupari des choses dont ils parlent, sans aucuno utilité, et de leur en donner qui signitlcnt déjà d'autres choses qui n'ont nul véritable rapport avec les nouvelleB idées auxquelles ils les lieut. Ce qui donne môme lieu h quelquesuns du faire des raisonnemoutsndicuîes, comme est celui d'une pci-sonne qui, s'imaginant que lu pesie était un

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