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CHAPITRE XVI

CË LA DÉFISITION QU'OH ATPELLE DÉFINmON DE CHOSES.

Nous avons parlé fort au long, dans la première partie, des définitions des noms, et nous avons montré qu'il ne fallait pas les confondre avec les définitions des cboses; parce que les définitions des noms sopt arbitraires, au Heu que les définitions des choses ne dépendent point de nous, mais do ce qui est enfermé dans la véritable idée d'une chose, et ne doivent point Être prises pour principes, mais Être considérées comme des propositions qui doivent souvent être confirmées par raison, et qui peuvent 6tre combattues. Ce n'est donc que de cette dernière sorte de définition que nous parlons en ce lieu.

n y en a deux sortes : l'une plus exacte, qui retient le nom de définition ; l'autre moins exacte, qu'on appelle description '.

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La plus exftote est celle qui explique la nature d'une cbosepar ses altrihuts essentiels, dont ceux qui sont communs s'appellent jen)-e,ttcoiHqui sont propres (/r//e>ewre*.

Ainsi on définit l'homme un animal raisonnaile ; l'esprit, une substance qui pense : le corps, une suistance élendue; Dieu, l'être parfait. 11 Tant, autant qu'on le peut, que ce qu'on met pour genre dans la définition, soit le genre prochain' du défini, et non pas seulement le genre éloigné.

On définit aussi quelquefois parles parties intégrantes, comme lorsqu'on dit que l'homme est une chose composée d'un esprit et d'un corps. Mais alors même il y a quelque chose qui tient lieu de genre, comme le mot de chose composée, et le reste tient lieu de différence.

La définition moins exacte qu'on appelle description, est celle qui donne quelque connaissance d'une chose par les accidents qui lui sont propres, et qui la déterminent assez pour en donner quelque idée qui la discerne des autres.

C'est eu cette manière qu'on décrit les herbes, les fniits, les animauï, par lenr figure, par leur grandeur, par leur couleur et autres semblables accidents. C'est de cette nature que sont les descriptions des poBtes et des orateurs.

Ily a aussi des définitions ou descriplions qui se font parleBcauses,par la matière, par laforme, parlafin, etc., comme si ondéflnit une horloge, une machine de fer composée de diverses roues, dont le mouvement réglé est propre à marquer les heures.

n y a trois choses nécessaires à une bonne définition ; qu'elle soit universelle, qu'elle soit propre ', qu'elle soit daire.

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1" Il faut qu'une déflnUioE soit universelle, c'est-àdire qu'elle comprenne tout le déflni. C'est pourquoi la "'"nilion commune du temps, ([ue c'est ta mesure du muitxement, n'est peut-être pas bonne, parce qu'il y a grande ipparence que le temps ne mesure pas moins le repus que [e mouvement, puisqu'on dit aussi bien qu'une cbose t i5té tant de temps eu repos, comme on dit qu'elle s'est remuée pendant tant de temps; de sorlc qu'il semble ' gue le temps ne soit autre chose que la durée de lu créature en quelque état qu'elle soit.

2° 11 faut qu'une définition soit propre, c'estrà-dire qti'elle ne convienne qu'au défini. C'est pourquoi la déûnition commune des éléments, un corps simple corruptible, ne semble pas bonne ; car les corps célestes n'étwit

s moins simples que les éléments par le propre aveu de ees philosophes, on n'a aucune raison de croire qu'il ne s dans les deux des altérations semblables & telles qui se font sur la terre, puisque, sans parler des «omÈtes, qu'on sait maintenant n'Être point formées Ses exbalaisons de la terre, comme Arislote se l'était imaginé, on a découvert des taches dans le soleil, qui s'y forment et qui s'y dissipent de la même sorte que nos nuages, quoique ce soient de bien plus g'rands corps.

3' B faut qu'une définition soit claire, c'est-à-dire Qu'elle noua serve à avoir une idée plus claire et plus dis-

a chose qu'on définit, et qu'elle nous en fasse,

autant qu'il se peut, comprendre la nature ; de sorte ^'elle puisse nous aider à rendre raison de ses principales propriétés. C'est ce qu'on doit principalement considérer dans les définitions, et c'estce qui manque à une .grandepartie des définitions d'Aristote.

Car qui est celui qui a mieux compris la nature du j- mouvement par celle définition : Actm entis in potentia qualenus inpotenlia, l'acte d'uu Ctre en puissance en tant qu'il est en puissance ' ? L'idée que la nature nous en

I, Aristotb, Mi^Wp^ujEïiJt.yi. Li litre eonaidêréo iodofjCDddinmanl àa

fournit n'est-elle pas cent fois plus claire que celle-là? et à qui servit-elle jamais pour expliquer aucune des propriétés du mouvement * ?

Les quatre célèbres défiaitioos de ces quatre premières qualités, le sec, Vhumide, le chaud, le froid, ne sont pas meilleures.

Le seCf dit-il, est ce qui est facilement retenu dans ses bornes, et difficilement dans celles d'un autre corps : Quod $uo termino facile continetur, difficulter alieno *.

Et ïhumide, au contraire, ce qui est facilement retenu dans les bornes d*un autre corps, et difficilement dans les siennes : Quod suo termino difficulter continetur, facile alieno.

Mais premièrement ces deux définitions conyiennent mieux aux corps durs et aux corps liquides qu'aux corps secs et aux corps humides; car on dit qu'un air est sec et qu'un autre air est humide, quoiqu'il soit toujours facilement retenu dans les bornes d'un autre corps^ parce qu'il est toujours liquide; et de plus, on ne voit pas comment Aristote a pu dire que le feu, c'est-à-dire la flamme^ était sèche selon cette définition, puisqu'elle s'accommode facilement aux bornes d'un autre corps; d'où vient aussi que Virgile appelle le feu liquide : Et liquidi simul ignis^. Et c'est une vaine subtilité de dire avecCampanelle*, que le feu étant enfermé, aut rumpit, aut rvmpitur; car ee n'est point à cause de sa prétendue sécheresse, mais parce que sa propre fumée l'étouffe, s'il n'a de l'air. C'est pourquoi il s'accommodera fort bien aux bornes d'un autre corps» pourvu qu'il ait quelque ouverture par oii il puisse chasser ce qui s'en exhale sans cesse.

Pour le chaud, il le définit, ce qui rassemble les corps semblables et désunit les dissemblables : Quod congregat homogenea et disgregaî heterO" genea.

Et le froid, ce qui rassemble les corps dissemblables et désunit les semblables : Quod congregat heterogenea et disgregat homogenea^. C'est ce qui convient quelquefois an chaud et an froid, mais non pas toujours, et ce qui de plus ne sert de rien à nous faire entendre la vraie cause qui fait que nous appelons un corps chaud et un antre froid; de sorte que le chancelier Bacon avait raison de dire que ces définitions étaient sem<

fondes. Elle s'applique non au monvement proprement dit, mais au changement^ au deoenir: elle veut dire que le changement est un passage do la puissance à l'acte. — Voir, dans notre Histoire de la philosophie^ le chapitre consacré à Aristote.

1. Leibnitz, Nouveaux EssaiSy UT, « La dcûnition d*Âristote, n'est pas

si absurde qu'on pense, faute d'entendre quo le mot grec xivr,(xiç chez lui no signifiait pas ce que nous appelons mouvement, mais ce qu« nous expri-

merions par le mot changement» d'où vient gu'il lui donne une définition si abstraite et si métaphysique ; an lieu que ce que nous appelons mouvement est app^é chez lui 70^, latio, et so trouve entre les espèce» du changement ( TÎ|ç xivf,(Tiw;). »

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