CHAPITRE XI
Éclaircissements complémentaires sur la science
de l'histoire.
§ 1. — l'existence de lois REGISSANT LES FAITS HISTO- RIQUES EST CONFIRMEE PAR LA STATISTIQUE.
La doctrine que les précédents chapitres visaient à établir et à élucider — l'affirmation de lois générales que la philosophie peut découvrir, et qui régissent les phénomènes sociaux dans l'ensemble de leur série, en d'autres termes le cours de l'histoire — est depuis bien des générations familière aux esprits scientifiques du continent, et, dans ce dernier quart de siècle, elle a passé de cette sphère spéciale dans celle du journalisme et de la discussion politique courante. Chez nous cependant, à la date de la première publication de ce traité, cette doctrine était presque une nouveauté, et les habitudes dominantes de la pensée historique étaient loin d'y préparei* les esprits, bien au contraire. Depuis lors, un grand changement s'est produit, provoqué surtout par l'important ouvrage de M. Buckle*. Cet écrivain, avec une vi-
l.N(5à Lee, près de Londres, 1821, deuxième de 1861; œuvre înterrom-
mort en 1862. Son premier ouvrage pue d'ailleurs par une mort préma-
est une Histoire de Charles /•«■, parue turée et dont ces deux volumes ne
Tannée même de la première édition devaient former que l'introduction,,
do la Logique de Mill (1843). L'œuvre complétée seulement par quelques
({tii a fait son renom est son Histoire fragments écrits n l'avance. Cf. A^
de la civilisation en Angleterre, dont Comte et le Positivisme, p. 115. le premier volume est de 1857, et le
- UCLAinCISSEMENTS
j;ueui' toute particulière, a jeté ce grand [irincipe, appuyé iples nombreux et frappants, dans l'arène de la discussion populaire ; il l'a ainsi proposé à des déliais où prenaient part tels adversaires et assistaient tels spectateurs qui n'en auraient jamais soupçonné l'existence, s'ils avaient dû en Être informés par les spéculations de la pure. Ce fut l'origine de quantité de conlrover- «es, aboutissant non seulement à familiariser la majorité 4es esprits cultivés avec ce principe, mais aussi ù dissiper fusions et les méprises dont il ne pouvait manquer d'être pour un temps obscurci, et qui en compromettaient la valeur aux yeux de ceux qui l'acceptent, comme elles- ^ont une pierre d'achoppement pour ceux qui le repoussent,
tous tes obstacles qui empéclient des esprits distingués d'admettre unanimement l'idée que les faits histori-
sont soumis à des lois scienliliques, te plus essentiel est toujours celui que lui oppose la doctrine du libre arbitre, en d'autres termes la négation de la validité, dans le domaine des votitions humaines, de la loi de causation invariable; car, si on la nie, le cours de l'histoire, résultant des résolutions humaines', ne peut être soumis à des lois, puisque les votitions dont il dépend ne peuvent être ni prévues ni soumises à une formule quelconque de régularité, même après l'événement'. J'ai déjà discuté
a. C'est cette BocondopppmissB que