‹ La logique des sciences moralesChapitre 11 sur 114 · DE STUART MILL XIX · texte numérisé non relu

DE STUART MILL XIX

voyage en France. II en avait peut-être le premier reconnu publiquement la haute valeur et y avait fait d'importants emprunts. Le savant physicien Brewster avait sans doute, dès 1838, rendu hommage au théoricien des sciences qu'était Comte. Mais il avait fait à l'égard du philosophe de graves et fâcheuses réserves qui devaient être particulièrement pénibles à Comte. Brewster félicitait son pays « de posséder des institutions qui empêchent de pareilles opinions d'empoisonner les sources de l'instruction morale et religieuse ». (LiTTRÉ, ihid.y p. 259.) En France, Comte se trouvait méconnu et l'était en effet. L'éclatant témoignage de Mill (dont les formules admiratives furent d'ailleurs atténuées dans les dernières éditions), en s'adressant à l'homme tout entier et particulièrement au philosophe, était pour Comte « la première récompense publique qu'il recevait de ses longs et difficiles labeurs; et cette récompense fut vivement sentie ». (Littré.)

La correspondance de Mill avec Comte, commencée en 1841 sur le ton de l'admiration mutuelle, ne tarda pas à révéler des dissentiments assez graves dans Tordre sociologique et politique, notamment en ce qui concerne la question de la situation sociale et du rôle possible des femmes (F. le présent livre, ch. v, § 3, note 9). L'esprit très entier de Comte devait mal s'accommoder de l'indépendance gardée par Mill, qu'il se flattait d'avoir conquis comme un véritable disciple. Mill n'en fut pas moins l'intermédiaire bénévole grâce auquel Grote, Molesworth et Raikes Currie accordèrent, deux années de suite, un subside à

Comte, lorsqu'il eut perdu sa situation d'examinateur à l'École polytechnique (1844). Mais, ce subside ne pouvant indéfiniment durer, Mill eut aussi la pénible mission d'en annoncer à Comte lu cessation. Comte, qui avait déjà érigé ce bienfait en un devoir et conçu à cette occasion toute une théorie sur les devoirs des riches àl'égarddes philosophes, en fut vivement froissé et fit bien injustement retomber son ressentiment sur Mill; leur correspondance cesse en 1846. C'était l'année de la mort de Clolilde de Vaux, et les idées du philosophe français, sous l'influence des sentiments mystiques que cette mort même consacrait et fortifiait, allaient s'écarter de plus en plus de la direction que Mill pouvait consentir a suivre.

La composition du livre VI de la Logique et la lecture de Comte tournaient l'esprit de Mill du côté de la sociologie. Un instant il songe à reprendre son idée de l'Éthologie (ch. v) et a en faire l'objet d'un ouvrage nouveau. Mais sans doute II ne se sent pas mûr pour cette œuvre difficile, car il entreprend l'^conomie politique, quî fut publiée au commencement de 1848, Voici comment il en parle lui-même [Mémoires, tr. Gazelles, p. 226), et, ce qui nous intéresse particulièrement ici, comment il définit sa conception de la science économique dans ses rapports avec la science sociale en général : « Le succès rapide de mon Économie politique a fait voir que le public avait besoin d'un livre de ce genre et y était préparé. La première édition, une édition de mille exemplaires publiée en 1848, fut vendue en moins d'un an. Une autre édition tirée au même nombre païut au prlii-

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