DB STUÀRT MILL XXIX
montrent un côté de Mill que ses autres œuvres laissent à peu près entièrement dans Tombre. Mill nous dît lui-même qu'il est une des rares personnes de son pays et de son temps dont on puisse dire, non pas qu'elles ont abandonné les croyances religieuses, mais qu'elles n'en ont jamais eu (Mém.^ p. 41). On comprend par là qu'il n'ait guère été amené à entamer des discussions sur des problèmes qui, au moins par certains côtés, ne se posaient pour ainsi dire pas intérieurement à lui, mais seulement du dehors. Il n'en est que plus intéressant, malgré les inévitables lacunes d'une critique abordée en de telles conditions, de voir ce libre esprit à la recherche d'une forme de pensée et de sentiment religieux qui pût le satisfaire : il oscille de l'idée d'une religion de l'Humanité, où se fait sentir l'influence du Comte d'après 1850, malgré tout profondément subie, et déjà sensible dans Y Utilitarisme y à l'idée d'un théisme où la toute-puissance et le caractère absolu du Dieu de la métaphysique sont sacrifiés au maintien des attributs moraux, et où une place, plus considérable qu'on ne s'y serait attendu, est faite à l'imagination et aux sentiments qu'elle peut nourrir.
Mill mourut à Avignon le 7 mai 1873, après une courte maladie. Deux ans auparavant, comme il tenait les cordons du poêle aux funérailles de son ancien ami Grote, qu'on enterrait à l'abbaye de Westminster, il disait à M. Bain : « Dans peu de temps on me jnettra aussi en terre, mais tout autre sera la cérémonie. » Il disait vrai : quelques amis inconnus et
étrangers furent seuls à suivre le cercueil d'un des