‹ La logique des sciences moralesChapitre 18 sur 114 · XXX NOTICE SUR STUART MILL · texte numérisé non relu

XXX NOTICE SUR STUART MILL

penseurs les plus éminents de son pays et de son temps.

On pourrait dire que son esprit valait mieux que sa doctrine. Il semble que toute sa carrière de penseur se résume dans une série d'efforts pour briser la coquille d'une philosophie trop étroite au moule de laquelle son esprit s'était formé et dont il avait accepté les linéaments essentiels. Cette discordance partielle entre le fond de sa personnalité et les théories qui le recouvrent, se fait tout d'abord sentir, nous, l'avons vu, dans la crise de 1826, et elle se développe à travers tous ses ouvrages. Les inconsistances de sa philosophie ne sont donc pas, à proprement parler, le résultat d'une sorte de syncrétisme fait d'emprunts,, de concessions à une doctrine extérieure, bien que son esprit infiniment loyal soit en effet toujours prêt a s'ouvrir à la thèse adverse. Ces notes parfois discordantes sont au contraire les plus personnelles ; ce qui paraît surajouté est peut-être le produit le plus spontané. Et ainsi sa pensée ne présente pas le modèle d'une solide systématisation, mais elle nous donne un exemple dont la portée philosophique est aussi réelle et dont la valeur morale est peut-être supérieure : celui d'une conscience et d'une probité intellectuelle capables de mettre la complète expression du sentiment intime et vivant au-dessus des mérites d'une belle construction, et de ne faire aucun sacrifice aux idola iheatri.

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